Les lieux du Son à Santiago

trova7 Les lieux du Son à Santiago

Santiago de Cuba est le berceau du Son.

Aujourd’hui encore, cette musique est très vivante dans la ville, où de nombreux orchestres se produisent dans une dizaine de lieux, principalement nocturnes, que je vous propose de découvrir avec moi. (pour vous orienter sur une carte de Santiago, cliquez sur le lien suivant : carte).

Casa de la trova

A tout seigneur tout honneur : commençons par la Casa de la Trova, sans nul doute le temple le plus prestigieux de la musique traditionnelle à Santiago.

Une très grande partie des lieux de musique et de danse de Santiago sont regroupés dans un espace très restreint : quelques pâtés de maisons entourant la place Cespedès, qui est aussi le cœur de la vieille ville. (pour quelques impressions prises sur le vif, cliquez sur : Cespedes ). C’est là qu’on trouve notamment La Casa del Coro Madrigalista, la Case Artex et… la Casa de la Trova. Celle-ci est une longue maison aux murs bleu ciel à un étage, munie au rez-de chaussée de plusieurs grandes portes-fenêtres, et, au premier étage, d’un balcon couvert orné de fines colonnes et d’une rambarde en fer forgé.

 trova2On peut venir y écouter de la musique traditionnelle tous les soirs et presque tous les après-midi dans trois salles différentes : deux au rez-de chaussée (salle principale, en bordure de la rue, et patio de Virgilio) et une au premier étage. Au début de l’année 2011, une troisième salle s’est ouverte au rez-de chaussée, dans un lieu mitoyen : l’antique café de Virgilio, qui fut en fait la Casa de la Trova originelle avant d’être transformé, il y a une quinzaine d’année, en boutique pour touristes (voir annexe et aussi article pour de belle photos du quartier de Tivoli).

 Les concerts du milieu de journée ont lieu dans les salles du bas. Entre 12 heures et 14h30, les orchestre s’y succèdent : les plus importants (quintets et plus) dans la salle principale, les plus petits (duo et trios) dans le patio et le café de Virgilio. Comme l’entrée est libre, les cubains peuvent y assiter. Le public est donc composé d’un mélange très sympathique d’artistes (souvent avec leurs instruments, car ils vont ou ils reviennent de donner un autre concert dans le coin), d’afficionados cubains et de touristes en proportion raisonnable. On peut (un peu) danser devant l’orchestre. Comme le salon principal donne sur la rue, le public vient aussi s’agglutiner, à l’extérieur, le long des grilles de fer qui orne les grandes portes-fenêtres. C’est extrêmement agréable et pas du tout galvaudé.

trov6 Les soirées ont lieu dans la salle du haut, le Salon de los Grandes, qui est aussi la salle la plus spacieuse. Très étirée en longueur, elle est bordée d’un grand balcon où l’on peut aller prendre le frais quand la chaleur à l’intérieur devient trop insupportable. C’est aussi là que se produisent les groupes les plus connus. On peut danser devant l’orchestre. Seul réserve (de taille) : le prix d’entrée est dissuasif pour la plupart des cubains. On se retrouve donc un peu entre touristes, ce qui nuit à l’authenticité et à l’ambiance du lieu.

Casa de la Trova
206 Calle Heredia
Entre San Pedro et Hartmann
65 26 89

Pour quelques impressions prises sur le vif, cliquez sur les liens suivants : trova1, trova2, trova3).

Casa Artex

Située dans la calle Heredia, à deux pas de la Casa de la Trova et en face du Musée du Carnaval, la Casa Artex offre deux lieux de concert, un peu sur le modèle de La casa de la trova, mais seulement en rez-de-de-chaussée.

Depuis la rue, on rentre, en montant quelques marches étroite,s dans une grande salle aux allures de vieux café, qui fait aussi office de boutique de souvenirs. En milieu de journée, à partir de midi, puis de 17 heures, on peut y écouter agréablement des orchestres de musique traditionnelle, en compagnie de cubains attablés autour d’une bière ou d’un verre de rhum.

Les concerts de l’après-midi et du soir se déroulent au fond, dans un grand patio fleuri à ciel ouvert, surmonté par une sorte de balcon-promenade où l’on peut se réfugier si l’on veut passer quelques instants paisibles à l’écart du public.

 artex2Il y a aussi de sympathiques descargas gratuites le dimanche après-midi, que je vous conseille de ne manquer à aucun prix si vous voulez goûter à la chaleur d’une ambiance authentiquement cubaine (règle d’or du touriste à Cuba : moins l’entrée est chère, plus c’est bien).

J’y ai passé de très agréables moments, à peine troublés par l’irruption soudaine de quelques jineteras un peu collantes avec lesquelles je vous déconseille de lier conversation.

Casa Artex
Calle Heredia, 304
Entre Calvario y Carniceria
A midi, 17 heures et 21 heures

Casa del coro Madrigalista

La Casa del Coro Madrigalista est une maison basse en rez-de chaussée, aux murs soigneusement crépis en ocre, donnant sur une petite place en face du Musée Baccardi. Comme son nom l’indique, c’est le quartier général d’un chœur très réputé de Santiago, le Coro Madrigalista.

Dans une grande salle aux murs roses, donnant sur un petit jardin, vous pouvez y écouter, principalement le soir, des chanteurs et des orchestres de musique traditionnelle. La programmation y est cependant nettement moins abondante et surtout moins clairement indiquée qu’à la Casa de la Trova ou qu’à la Casa Artex, ce qui la place un peu à l’écart des circuits nocturnes.

Casa del coro Madrigalista
Calle Carniceria, 555 (en face du Musée Baccardi).

casa musicaCasa de la musica

 Située à deux pas de la place Cespedes, dans la direction du port, cette institution, comme toutes les Casa de la musica du pays, appartient à l’EGREM, le producteur public de musique enregistrée. Créée il y a une petite dizaine d’années, elle est beaucoup plus petite et intime que ses grandes soeurs de la Havane.

Assis autour de petites tables, dans un lieu entièrement clos, sans fenêtres, vous pouvez y écouter des orchestres de Salsa et de Rumba, qui jouent sur une petite estrade, juste en face de vous. Entre les tables et l’orchestre, un espace vide sert de piste de danse.

Mis à part quelques groupes de Rumba, La programmation offre cependant une place beaucoup moins importante à la musique traditionnelle que la casa de la trova. Ici, on entend plus souvent de la Salsa et du Reggeaton. C’est l’un des lieux de rendez-vous favoris de la jeunesse Santiaguera « branché » – et capable de payer les deux CUC d’entrée – ainsi que des touristes venus à Santiago pour la danse.

Casa de la musica
Calle Corona, 564
Entre Enramada et Aguilera
Tél : 65 22 27
A partir de 22 heures

Las claqueta

Située à 50 mètre de la place Cespédès, Las Claqueta, comme la Casa de la Musica, appartient à l’Egrem. On y danse tous les soirs au son de la musique vivante. C’est un sorte de patio-cafeteria à ciel ouvert, situé derrière un bâtiment assez moderne abritant, je crois, des locaux universitaires. On y accède, depuis la rue, par une grande grille blanche.

Après avoir traversé un assez large espace vide, on monte sur une sorte de grande estrade où sont disposées tables et chaise, devant une scène couverte où il est agréable de se réfugier, en cas de pluie, tout près des musiciens.

 La programmation fait une large place, comme à la Casa de la musica, à la Salsa et au Reggaeton. Mais on peut également y écouter des orchestres de musique traditionnelle : Rumba et Son.

claq1Las Claqueta est le lieu de rendez-vous par excellence des groupes de jeunes touristes étrangers, venus à Santiago pour participer à un stage de Salsa, et désireux de mettre en pratique le soir ce qu’ils ont appris pendant la journée.

Las Claquetta
Calle Santo Tomas, 654
Entre Maro et Heredia
A partir de 22 heures

Pour quelques impressions prises sur le vif;, cliquez sur : claqueta

Terrasse de l’hôtel Casa Granda

Bien sûr, la musique ne constitue pas le principal centre d’intérêt des touristes attablés autour d’un mojito sur cette très beau café-terrassa surplomblant la place Cespedès. Mais les orchestres de Son qui s’y produisent l’après-midi, plusieurs fois par semaine, sont d’excellente qualité. Vous pouvez vous asseoir tout près d’eux, inviter une touriste à danser… L’ambiance peut parfois devenir très sympathique. Comme peu de monde les écoute en général, les musiciens seront très sensibles à vos applaudissements et tous prêts à interpréter vos thèmes favoris.

Hotel Casa Granda
Plaza Cespedes
Calle Heredia, 201
Entre San Pedro y San Felix
Tél : 65 30 21

 Patio de Los dos Abuelos

Si la place Céspedes constitue le principal foyer musical de Santiago, il ne concentre cependant pas toutes les activités nocturnes de la ville. Il existe en effet quelques centres secondaires, dont notamment la place de Marte, située à quelques centaines de mètres du centre historique, dans la partie de la ville qui s’est développée à partir du début du XIXème siècle. On trouve là quelques lieux assez réputés, comme le Salon del Son ou le Patio de los Dos Abuelitos.

Le trajet vers ce dernier établissement m’a donné l’occasion d’une jolie balade vers un quartier de Santiago, qui quoique très central, est situé au dehors de la vieille ville coloniale où j’avais jusque-là limité mes pérégrinations. J’ai ainsi pu apprécier la vie nocturne trépidante de la longue rue Aguilera, reliant la place Céspedes à la place de Marte. Tous les cinquante mètres à peu près, une puissante musique, interprétée dans la majorité des cas par un orchestre, invite à s’arrêter à la terrasse d’un café ou à pénétrer dans le patio d’une maison aux portes largement ouvertes. La jolie Plaza Dolores, à mi-chemin du trajet, constitue à cet égard une halte particulièrement tentante.

patrio4 Après 10 minutes de marche, on débouche sur la place de Marte, un grand espace rectangulaire aménagé en son centre en un lieu de promenade arboré, orné de statues, de gloriettes et de colonnades. Cela fait un peu penser à une ville d’eau européenne du siècle dernier. Les Santiagueros y déambulent tranquillement, en famille ou en couple. Un vieux Monsieur fait faire lentement le tour du jardin aux petits enfants dans une carriole miniature tirée par un âne. Un sentiment de paix profonde se dégage de cet endroit très silencieux – d’autant que la circulation automobile y est très modeste, comme d’ailleurs dans tout le reste de Santiago.

 Une fois traversé le jardin, on ne tarde pas à repérer, à peu près au milieu de la rangée de façades basse qui bordent la place sur son côté extérieur, une petite maison sans étages : c’est le Patio de los Dos Abuelos. Ses murs sont couverts de peintures naïves représentant la ville de Santiago, et percés par une grande fenêtre dont le cadre bleu ciel offre un joli contraste avec les tonalités ocre et pastel de la fresque. Après avoir monté les quelques marches d’un escalier extérieur, on pénètre dans le petit salon d’entrée, ornée de nombreuses toiles, car c’est aussi un lieu d’exposition de peinture contemporaine. On débouche ensuite dans un joli patio à ciel ouvert très long et assez étroit, orné d’une luxuriante végétation qui lui sert pratiquement de toit et recouvre presque entièrement l’un de ses longs murs.

 Au fond du patio, se trouve la petite scène de spectacle, bordée par un grand comptoir lumineux derrière lequel se trouvent les cuisines. Et, derrière cette scène, on trouve sur le mur du fond un bas – relief et le texte d’un poème qui donnent la solution à une énigme : Pourquoi ce nom étrange, Le Patio de los Dos Abuelos, Le patio des deux aïeux ? Il s’agit en fait d’une référence aux origines métissées, Noire et Blanche, du peuple Cubain, si bien évoquées dans le très beau poème de Nicolas Guillern, celui qui justement est reproduit sur le mur du Patio :

Les deux aïeux

Ombres que seules peuvent voir mes yeux
Vous m’escortez, mes deux aïeux.
Lances aux pointes faites d’os
Tambours de cuirs et de bois
Mon aïeul Noir
Large fraise blanche sur le cou
Et grise armure de guerre
Mon aïeul Blanc

 Le bas – relief illustre la même idée : il représente en effet un visage divisé en deux, dont la partie gauche appartient à un homme blanc et la partie gauche à un Noir.

Fresques murales, exposition de peinture contemporaine, poésie, sculptures : l’endroit est visiblement tout autre chose qu’un night-club ordinaire. En effet, le Patio de los Abuelos a été conçu, dès sa création, un 1994, comme un lieu de spectacle dédié à la culture populaire cubaine traditionnelle – musique et danse notamment. L’idée venait de Arnaldo Hart Davalos, qui fut aussi le premier ministre cubain de la Culture.

 L’endroit a beaucoup patio5de charme ; les spectacles – comme d’ailleurs à peu près partout à Santiago – sont d’excellente qualité et restent pour l’essentiel fidèles à l’authentique culture populaire. Malheureusement, le prix d’entrée, quoique modeste pour nos bourses, est prohibitif pour la plupart des cubains. Le public est donc pour l’essentiel composé de touristes de passage.

Le lieu fonctionne tous les soirs à partir de 21 heures ou 22 heures selon les soirs. Il y a aussi des « descargas » gratuites le dimanche après-midi.

Patio de los dos Abuelos
Plaza de Marte
Perez Carbo, 5
62 33 02

 salonsonSalon del son

Cette salle au décor moderne est située à deux pas de la Plaza de Marte.

On peut y écouter de la musique traditonnelle in vivo tous les soirs, à partir de 21 heures.

Casa del son
Calle Enramada, 616
(au coin de la plaza de Marte)

Casa de la tradición de Tivoli

Tivoli était le quartier français de Santiago, situé sur le haut d’une colline en face de la bahia. Même si les français sont partis depuis longtemps, elle a gardé une forte couleur locale, avec son entrelac de petites et de maisons à un étage dont certaines semblent être le vestiges de ce qui fut autrefois une maison de maître ou un théâtre, avec ses balcons et ses colonnades. Le quartier fur également un lieu de rencontres de trovadores, avec des petits cafés et ses petites places. C’est là, dans la rue du Géneral Rabo à deux pas de l’ancien commissariat de Santiago, assailli par les castristes en 1956, que se trouve la casa de las tradiciones. Elle se présente comme une jolie petite maison un étage toute crépie de bleu, assez étroite en apparence, mais dont la superficie se développe en fait tout en longueur.

 C’était autrefois une maison familiale, qui fut racheté en 1997 par un artiste de la télévision cubaine, Raul Pomares, pour en faire un centre de culture populaire. La salle de spectacle est entièrement décorée, un peu à l’instar de la casa de la Trova, de dizaines de photos et tableaux évoquant l’histoire de la Trova et de ses principaux interprètes.

La salle principale est divisée en deux parties par une sorte de petite colonnade centrale. Il y a aussi, sur le côté, une troisième salle où il est possible de s’isoler un peu plus si on désire papoter tranquillement, légèrement à l’écart de la musique et des danseurs.

Le restaurant et la cuisine se trouvent en quelque sorte retranchés derrière le mur du fond de la salle principale, communiquant avec elle par une sorte de petite alvéole. Une disposition plutôt agréable car elle facilite la communication avec les serveurs et permet d’éviter les trop longues attentes.

Située un peu à l’écart du lieu de concentration touristique principal que constitue la place Cespedes, au bout d’une rue étroite et mal éclairée, relativement peu mentionnée dans les guides touristiques, la Casa de las Tradiciones est beaucoup moins fréquentée par les touristes étrangers que la Casa de la Trova. Elle est aussi un peu moins chère et donc plus accessible aux cubains. C’est à la fois un avantage et un inconvénient, comme j’ai pu en faire moi-même l’expérience.

 D’un côté, nous aimons tous la couleur locale, l’authenticité et les contacts directs avec les populations du coin et les artistes. La programmation de la Casa de las Tradicionnes est aussi bonne que celle des autres lieux de musique de Santiago, et l’étroitesse des lieux fait que l’on peut y jouir d’une intimité particulièrement forte avec les musiciens : en fait, on danse pratiquement à côté d’eux. De plus, comme le public est plutôt clairsemé et que le lieu invite à la conversation, on a vite fait de lier gentiment connaissance avec tout le monde.

Mais le point noir du lieu est sa faible fréquentation, qui donne parfois à l’endroit un aspect assez triste : les musiciens jouant, l’air un peu ennuyés, devant une salle presque vide. La forte proportion de jineteras au sein du maigre public cubain ajoute encore au caractère un peu glauque de l’endroit.

 Vous pouvez donc aller un soir à la Casa de las Tradicionnes, pour écouter de la bonne musique dans un lieu qui pourrait être très agréable s’il était davantage et mieux fréquenté. Mais je vous conseille de vous y rendre en groupe mixte d’au moins trois à quatre personnes. Ceci pour éviter de vous faire trop importuner, pour fournir aux artistes une base de public minimale et aussi peut-être pour garantir votre sécurité en cas de sortie tardive de ce lieu un peu isolé.

Pour en savoir plus sur la Casa de Las Tradicionnes, cliquez sur : casa

Casa de las Tradicionnes
Calle General Rabi, 154
Entre Princessa et San Ferdinando
Tous les jours à partir de 21 heures – tél : 65 38 92

Piano-bar

Situé dans la Carretera del Caney, c’est un restaurant, où se produisent différents groupes musicaux.

Piano-bar
Carretera del Caney

cari4Casa del caribe

Lieu culturel dédié aux musiques et danses traditionnelles des Caraïbes, cette belle maison coloniale (ou plutôt ces deux maisons coloniales, car il existe une annexe , appelée Casa de los Caribes 2), offre une programmation extrêmement riche, où le Son proprement dit n’occupe cependant qu’un place assez marginale. C’est le quartier général du festival des Caraïbes, qui rassemble tous les ans, début juillet, des groupes folkloriques venus des 22 pays de la région.

Casa del caribe
Calle 13, esq. 8 ,154
Tél : 64 36 09

 Cafe cantante

Il situé à l’intérieur du théâtre Heredia, c’est un lieu de restauration animé par des orchestres de musique tradtionnelle.

Cafe cantante
Teatro Heredia
Plaza de la Revolucion

 melia1Hotel Mella (bar panoramique)

Au dernier étage de l’hôtel Mella, se trouve un luxueux bar-restaurant, depuis lequel on peut jouir d’une magnifique vue panoramique sur Santiago, offre des spectacles de Son certains soirs de la semaine, notamment le jeudi.

Hotel Mella
Av. de las Américas y Calle M
Tél : 68 70 70

Fabrice Hatem

Annexe – Réouverture d’un lieu traditionnel de la trova santiaguera : le patio de Virgilio

La Trova ou chanson santiaguera constitue l’un des plus beaux fruits du génie populaire cubains. A l’image de ses créateurs, des gens le plus souvent d’origine modeste, elle élut toujours domicile, depuis son apparition au XIXème siècle, dans des lieux simples : des maisons minuscules, des chambres pauvres dans des habitations collectives appelés cuarterias, des épiceries, des kiosques à tabac, des café miteux, et bien sur les maisons closes du quartier de Barracones, près du port. Dans ces humbles lieux, les trovadores puis les soneros se réunissaient pour jouer de la guitare, chanter… et boire. Car « La trova sin trago se traga », « Sans un verre, la trova s’étrangle ».

yaimaA la fin des années 1960, le plus connu de ces lieux s’appelait « La Peña de Virgilio ». Il était animé par Virgilio Palais, dont la vie porte témoignage du caractère profondément populaire de la Trova. Virgilio Palais passa sa jeunesse à fabriquer des cigares… et à jouer de la guitare. Plus tard, il devint vendeur ambulant de bimbeloterie, puis installa en 1958 une sorte de petit kiosque où il vendait des cigares, de biscuits et du rhum bon marché dans l’entrée d’une maison de la rue Heredia, située à deux pas de la place Cespedes (photo ci-contre, la chanteuse Yaima montre le lieu exact où se trouvait ce kiosque). Il servait aussi quelques verres et quelques cafés aux clients. Pendant ses heures de désoeuvrement, il jouait de la guitare et chantait. Sa clientèle : des maçons (comme le fut Nico Saquito), des tabaqueros (comme le fut Compay Segundo), des chauffeurs (comme le fut Miguel Matamoros).

L’un des habitués s’appellait Anselmo Lainati. Il n’était alors que le réceptionniste de l’hôtel Casa Grande, situé à deux pas de là, au coin de la place Cespedes. Mais il avait une jolie voix. Quand il chantait, les gens rentraient dans le kiosque de Virgilio pour l’écouter. D’autres trovadores, comme Angel Almenares ou Ramon Marquez, commencèrent à fréquenter le lieu, qui s’agrandit en 1968 en déménageant dans une petite boutique mitoyenne, renommée « La Peña de Virgilio ». Désormais, la clientèle – y compris les touristes de l’hôtel Casa Grande, avec leurs poches bourrées de devises fortes – venaient exprès pour la musique, tout en consommant en quantité le rhum et le tabac toujours en vente dans le lieu. Quelques articles publiés dans la presse locale accrurent encore la popularité de cette Peña.

casatrovaPuis Virgilio quitta ce monde. En 1998, les autorités de la ville décidèrent de donner plus de lustre à sa Peña en agrandissant le lieu. La maison mitoyenne, celle justement où Virgilio avait tenu ses première peñas improvisées au pied d’un escalier, faisait parfaitement l’affaire. Au rez-de chaussée, à la place d’une caféteria, on installa une première salle, nommée la Trovita, aux murs ornés des magnifiques collections de peintures et de photographies de Virgilio. Dans la cour intérieure, on créa un joli patio, le Patio de Virgilio. Au premier étage, qui avait jusque-là servi de lieu d’habitation, on installa une grande salle bordée d’un grand balcon en bois, El salon de los grandes, destiné aux concerts du soir. On renomma le tout « Casa de la Trova Pepe Sanchez », en l’honneur de l’un des premiers – et des plus illustres – trovadores de Santiago. En peu de temps, celle-ci devint l’un des foyers les plus prestigieux et les plus actifs de la culture populaire cubaine. Par contre, la « véritable » Peña de Virgilio fut un peu dénaturée, puisque transformée en une boutique sans âme d’objets touristiques.

 Mais la fièvre de l’authenticité et du retour aux sources a aussi touché Cuba. Beaucoup de trovadores et d’afficionados, aux premiers rangs desquels Eliades Ochoa, réclamaient à cor et à cris depuis des années le retour de la « Peña de Virgilio » dans son berceau originel. Les travaux commencèrent fin 2010. Le 26 janvier 2011, la Peña rouvrit ses portes. C’est aujourd’hui un lieu charmant, auquel des décorateurs talentueux et amoureux de la Trova ont su donner un grand parfum d’authenticité en ornant les murs des magnifiques collections de Virgilio revenues à leur lieu d’origine (photo ci-contre). Nous avons eu l’émotion d’y entendre chanter, s’accompagnant de sa guitare, le trovadore Baldo Saez, aujourd’hui âgé d’environ 45 ans, devant une photo de lui accrochée au mur, prise 25 ans plus tôt dans la vieille Peña.

Casa de la Trova
206 Calle Heredia
Entre San Pedro et Hartmann
65 26 89

Pour en savoir plus sur la trova santiaguera et la casa de la Trova :
Lino Betancourt Molina, La trova en Santiago de cuba, Apuntas históricos, Ediciones Andante Editora Musical de Cuba, La Habana, 2005.
http://www.infotur.cu/noticia.aspx?not=994
http://www.cubarte.cult.cu/periodico/otros-medios/18479/18479.html

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