Balada para mi Muerte

ferrer Editeur : La Salida n°30, octobre-novembre 2002

Auteur : Fabrice Hatem

Balada para mi Muerte, de Horacio Ferrer

Balada para mi muerte est l’un des fruits de la grande communion artistique qui a uni Astor Piazzolla à deux autres grandes figures du renouveau tanguero des années 1960 et 1970 : le poète Horacio Ferrer et la chanteuse Amelita Baltar.

C’est en écoutant West Side Story de Leonard Bernstein en 1958 à Broadway que Piazzolla eut l’idée de créer un opéra populaire à partir du tango, associant poésie, chant, musique instrumentale et vocale. Il avait rencontré Horacio Ferrer quelques années plus tôt. Celui-ci connaissait et admirait le musicien depuis qu’il l’avait entendu jouer dans l’orchestre de Troilo. Enthousiaste animateur d’un mouvement de renouveau tanguero à Montevideo, la Guardia Nueva, il avait organisé pour lui un hommage lors de son passage en Uruguay vers 1956. Piazzolla, enthousiasmé par l’accueil de 300 jeunes rassemblés par Ferrer, avait alors noué avec lui une amitié qui s’était manifesté de diverses manières : correspondance épistolaire, organisation de concerts de Piazzolla à Montevideo, visite de Ferrer à la famille de Piazzolla à Mar del Plata.

Ferrer avait publié vers 1965 un recueil de poèmes, intitulé Romancero Canyengue, dont il avait dédié l’une des œuvres, Una, à Piazzolla. Celui-ci lui fit alors part, à l’occasion d’une visite du poète en Argentine, en 1967, de son projet d’opéra. Ferrer, très enthousiasmé, se mit à écrire une première trame dès son retour à Montevideo. Piazzolla vint le rejoindre en janvier 1968 dans une villa de Parque del Plata en Uruguay, où ils s’isolèrent pendant plusieurs semaines. C’est dans un climat de collaboration passionnée et de fusion artistique que naquit María de Buenos Aires.

Les deux artistes étaient engagés dans des démarches novatrices parallèles. Ferrer voulait créer une nouvelle poésie de Buenos-Aires, imprégnée de surréalisme. Piazzolla voulait renouveler le tango en profondeur. Il dit un jour à Ferrer : « tu fais avec les mots ce que je fais avec la musique ».Tous les deux se sentaient en même temps profondément portègnes.

María de Buenos Aires fut créée le 8 mai 1968 à la salle Planeta de Buenos Aires, avec la chanteuse Amelita Baltar dans le rôle titre. Ferrer et Piazzolla, faute de producteurs pour les financer, s’étaient lourdement endettés pour pouvoir faire le spectacle. Malgré l’opposition des conservateurs, la critique fut bonne. Le couronnement fut le fameux concert donné au Luna Park. Mais, au bout d’un mois, la salle était vide et la pièce fut un échec commercial.

La collaboration entre les artistes se poursuivit par la suite. Ce sont au total plus de 20 poèmes de Ferrer qui furent mis en musique par Piazzolla. Quant à Amélita Baltar, elle devint la seconde femme du maître..

Pour en savoir plus, on pourra lire les témoignages recueillis par Jean-Luc Thomas dans son ouvrage « Les chemins du Tango » et dans « Astor », de Diana Piazzolla, dont sont tirées la plupart des informations de cet article.

De la traduction en général et de Ferrer en particulier, une mini-interview avec Françoise Thanas

« La poésie de Ferrer est difficiles à traduire. Tout d’abord, le sens logique n’est pas toujours évident dans cette poésie inspirée par le surréalisme, et il ne faut pas chercher à un donner un à toute force. D’autre part, la traduction « mot à mot » ne permet pas de conserver la vibration, la musicalité du texte original qu’il faut parvenir à sentir en espagnol pour ensuite la retraduire en français. Il faut privilégier la reconstruction des rythmes, des assonances. On peut pour cela être amené à changer des mots ou des expressions (« humble » plutôt que « petite » – pequena ; « combat » plutôt que « balles » – balas – ; « ivre d’amour » plutôt que « énamouré », etc.), à inverser des mots, voire des vers entiers.

Le lunfardo représente une difficulté supplémentaire : la moins mauvaise solution consiste à la traduire par un mot argotique de la même époque, qui a la même saveur et évoque des environnements urbains assez proches : faubourg parisien et arrabal portègne.

Enfin, pour bien traduire un auteur, il est préférable de le bien connaître, car une œuvre reflète le caractère de celui qui l’écrit. Cadicamo était un homme distingué, courtois, avec une manière de vivre qui se reflète dans ses textes. Ferrer est simple, affectueux, mais aussi enthousiaste et spontané. Comme sa poésie ».

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Pour retrouver cet article dans son intégralité, ainsi que le poème commenté, cliquez sur le lien suivant : autour

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