La France Big Brother : La dictature intellectuelle des médias est-elle une réalité ?

ImageDans mon prochain ouvrage, « La dictature insidieuse », je compte exposer l’hypothèse selon laquelle l’idéologie diversitaire et multiculturaliste se serait infiltrée au coeur même de l’appareil d’Etat et de son leadership politique, conduisant au vote de lois liberticides, destructrices des valeurs traditionnelles et de l’identité nationale, et ce contre le souhait profond de la majorité de la population.  Désireux d’approfondir cette thématique, je me suis procuré le livre de Laurent Obertone, « La France Big Brother ». Celui-ci développe l’idée selon laquelle la population française serait soumise, via les médias, à un conditionnement de masse définissant les limites de ce qu’il est permis de penser et de dire. Une dictature du « politiquement correct » visant à discréditer, voire criminaliser toute pensée conservatrice déviante sur des sujets tels que les rapports homme-femmes, le mariage pour tous ou l’immigration.

Quoique ce livre s’intéresse davantage au monde des médias qu’à celui de la vie politique et de l’action administrative, il constitue cependant un complément précieux de mes propres analyses, en montrant comment le dressage idéologique de toute une population au discours du « politiquement correct » permet de faciliter la mise en œuvre d’une politique de destruction systématique de la nation dans toutes ses composantes (mémoire, valeurs communes, institutions, homogénéité ethnique…). En même temps, son caractère quelque peu outrancier, véhément, empli d’imprécations et d’accusations ad hominem contre les personnes auxquelles l’auteur est politiquement opposé, donnent à cet ouvrage un caractère violent et excessif qui discrédite quelque peu les intéressantes thèses dont il est porteur.

Le fameux roman de Georges Orwell, 1984, constitue une référence majeure de la littérature anti-multiculturaliste récente. C’est ainsi que la « Théorie de la dictature » de Michel Onfray est conçu comme une longue paraphrase de cette œuvre.  « La France Big Brother » s’en inspire également de manière systématique, tant par des citations placées en exergue de chaque chapitre comme autant de clés de lecture, que par le style d’écriture agressif et comminatoire adopté par Obertone, qui rappelle fortement les injonctions brutales des agents de la dictature orwellienne s’adressant à leurs prisonniers en cours de rééducation politique. L’idée sous-jacente est que nous serions entrés dans une ère de contrôle total de la pensée, exercée par le pouvoir politique à travers des médias entièrement à sa solde.

Le livre est construit en une dizaine de chapitres présentés sous forme d’autant de lettres fictives, adressées par différents membres du « parti unique » à un « monsieur moyen » dont nous comprenons vite qu’il n’est autre que nous-même. Ces lettres détaillent les différentes formes d’aliénation auxquelles leur destinataire est exposé et qu’il doit apprendre à aimer (là, je résume, hein, ça ne veut pas dire que j’approuve tout) :

–                     La domestication par une société devenue si protectrice qu’elle en devient le maître absolu d’individus dégénérés par la dépendance.

–                     La négation des pulsions vitales les plus profondes de la nature humaine  – comme par exemple la compétition pour le pouvoir et donc pour l’accès aux femelles, permettant au plus aptes de se distinguer auprès d’elles et de contribuer ainsi à l’amélioration de la qualité de l’espèce par la plus large transmission de leur patrimoine génétique.

–                      L’invention d’une fausse réalité, fictive et mensongère, permettant la légitimation du projet général  d’assujettissement, et s’accompagnant d’une mise hors d’état de nuire systématique, par toutes sortes de procédés manipulatoires ou d’intimidation, des porteurs de pensée dissidente.

–                     Le formatage, par des journalistes stipendiés,  de la pensée du public, sommé d’aimer ceux qu’il doit considérer comme les « bons » (les minorités, les migrants, les non-occidentaux, les femmes), et d’autre part, de détester les « mauvais » (les réactionnaires bornés, les mâles blancs hétéro).

–                     La négation des fondements biologiques des différences de comportements entre hommes et femmes, conduisant à un projet totalitaire d’indifférenciation sexuelle qui fausse, par une lutte absurde contre des soi-disant « discriminations » pourtant souvent parfaitement justifiées,  tous les mécanismes naturels de spécialisation sociale.

–                     Le dressage-formatage de la pensée par le système éducatif, chargée de diffuser une pseudo-morale progressiste (égalitariste, anti-raciste, féministe, hostile à la compétition, etc.) ; ceci  permettant, à travers cette éducation-endoctrinement, de créer des clones aux idées conformes et de diaboliser les déviants, mais aboutissant aussi à un effondrement du niveau scolaire opportunément masqué par un refus affiché des hiérarchies et des sanctions.

–                     La complicité de fait entre entre philosophes, journalistes et hommes politiques médiatisés dans la diffusion d’une idéologie égalitariste qui finalement ne conduit qu’à  brimer les individus de talent, asservir la liberté, et spolier les travailleurs les plus actifs par une fiscalité confiscatoire destinée à financer le train de vie des grands et petits rentiers de l’Etat.

–                     La dégénérescence de l’esthétique et la négation du sentiment spontané de la beauté, à travers la promotion, à coup de subventions et d’achat publics ruineux, d’un « art d’avant-garde » laid, anti-naturel et à la limite permanente de l’escroquerie.

–                     Le développement en chaque individu d’une double-pensée à caractère schizophrénique où coexistent – notamment au sein des élites multiculturalistes – : d’une part une bien-pensance obligatoire faite d’ouverture d’esprit et d’attitudes anti-discriminatoires affichées mais factices ; et d’autre part des peurs cachées mais légitimes conduisant à des comportements dissimulés mais bien réels de repli  sur soi.

–                     L’encouragement à des attitudes de complet déni de la réalité, notamment sur les questions suivantes : 1)  phénomènes migratoires de masse modifiant en profondeur la composition ethnique de la population ; 2) adhésion obligatoire à une idéologie de la tolérance et de la valorisation de la diversité, conduisant à abaisser le niveau des défenses immunitaires de la société contre les agressions et invasions extérieures ; 3) négation des conséquences désastreuses des évolutions précédentes en matière de criminalité, de sentiment du bien commun et de lien social.

–                     L’exercice d’un contrôle social permanent par la surveillance généralisée du Web et la collecte systématique d’informations sur la vie, les opinions, les fréquentations, les actes de chaque individus ; cette oppression occulte tous les instants conduisant à la forte hausse des comportements d’anxiété ou de dépression et des maladies mentales.

L’ouvrage se conclut par un appel au soulèvement contre ce « Big brother » oppressif – une entité diffuse, insaisissable, impossible à identifier et à localiser, qui ne règne que par la résignation passive des individus isolés. C’est donc à chacun d’entre nous qu’incombe, selon l’auteur, la responsabilité de se révolter pour sauver la France et le monde occidental de la mortelle agression du multiculturalisme diversitaire.

La lecture de ce livre a provoqué chez moi la même réaction paradoxale que j’avais eu à lecture du livre de MIchel Onfray, « Théorie de la dictature » – ouvrage qui défend d’ailleurs un peu la même thèse en utilisant de plus une formule rhétorique assez similaire, fondée sur une référence constante au roman de Georges Orwell, 1984.

D’un côté, mon cerveau gauche, celui du raisonnement logique, est un peu agacé par  le caractère violent et imprécatoire de l’ouvrage, truffé d’affirmations aussi brutalement assénées qu’elles sont peu argumentées et d’attaques personnelles souvent insultantes voire à la limite de la diffamation, qui le décrédibilisent sur un plan strictement intellectuel. Sans même parler des thématiques un peu « border-line » faisant référence à l’amélioration des patrimoines génétiques par la sélection des plus aptes ou encore au caractère dégénéré de l’art d’avant-garde. Je ne suis pas nécessairement en désaccord total avec ces idées, mais elles rappellent tout de même parfois d’un peu trop près les sinistres théories nazies pour ne pas provoquer en moi un mouvement de recul.

Mais c’est justement cette violence, ce jaillissement imprécatoire, cette manière de violer systématiquement tous les tabous du « politiquement correct », qui fait la force du livre. En s’adressant à notre cerveau droit, celui des sentiments et des instincts, il  ouvrant brutalement  l’esprit du lecteur à des perspectives originales, dont il réalise soudain quelle ne sont pas totalement dénuées d’intérêt en dépit des fatwah « politiquement correctes » dont elles sont l’objet. Comme un chien fou, désireux de retrouver sa liberté de loup sauvage,  Obertone, aboie, mord, se jette tête baissée contre les murs de la prison dorée où nous sommes enfermés, déchire les délicats rideaux roses qui nous cachent le ciel d’orage derrière des fenêtres cadenassées, et finalement parvient à s’enfuir en brisant bruyamment quelques vitres au passage, non sans nous inspirer le vague désir de leur suivre dans sa quête de liberté intellectuelle.

En même temps, cet animal d’Obertone continue à me faire un peu peur par l’expression d’une violence verbale qui parfois semble sur le point de réveiller de très vilains fantômes. Et la question, lancinante pour moi, que me pose finalement cet étincelant et dérangeant ouvrage est de savoir s’il existe vraiment, pour une pensée à la fois conservatrice, tolérante et républicaine, un espace politique entre ces deux totalitarisme opposés que sont, d’une part le Charibde d’un multiculturalisme destructeur maquillé aux couleurs attrayantes de la diversité, et, d’autre le Scylla d’un néo-fascisme autoritaire, dissimulé sous le masque séduisant de la liberté d’esprit,

Mais ce qui est sûr c’est que l’ouvrage d’Obertone a ouvert à une dimension nouvelle ma propre réflexion sur le totalitarisme diversitaire : alors que j’avais jusqu’ici limité celle-ci à l’analyse de l’appareil d’Etat et de sa gouvernance politique, je me sens désormais sommé de m’intéresser à l’influence exercée par les médias sur les esprits.

Laurent Obertone, La France Big Brother, le Mensonge c’est la vérité, 2016, Postface de Philippe Verdier, éditions La Mécanique Générale, Québec, 443 pages

Nb : cette fiche de lecture s’inscrit dans mon actuel travail de rédaction d’un ouvrage intitulé « La dictature insidieuse », où je tente de mettre à jour les mécanismes par lesquels l’Etat français contemporain réduit peu à peu nos libertés. Pour tester mes hypothèses de travail, je suis en ce moment amené à lire un grand nombre d’ouvrages, récents ou plus anciens, portant sur ces questions. Comme les autres comptes rendus de lecture du même type que je publierai au cours des semaines suivantes, le texte ci-dessous ne porte donc pas directement sur l’ouvrage lui-même, mais sur la manière dont il confirme ou infirme les thèses que je souhaite développer dans mon propre livre, et que je présente au début du compte-rendu sous la forme d’un encadré liminaire, afin de les tester à l’aune de cette nouvelle lecture).

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