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Entre autoritarisme et chaos

La baisse du niveau des élèves français en maths : une catastrophe historique

23 mars 2021

Année après année, les études comparatives internationales mettent en évidence une baisse du niveau relatif (et même absolu) des élèves français en mathématiques. Si ce phénomène se poursuit, il constituera pour notre pays une catastrophe historique.

Je vais essayer de vous expliquer pourquoi.

Les salariés français sont pour les entreprises parmi les plus chers du monde. Et cela, non parce que leur salaire net serait particulièrement élevé, mais parce que les prélèvements sociaux en viennent considérablement accroître le coût pour l’employeur.

Or, dans un monde de concurrence globalisée, les entreprises (je parle des multinationales) ont le choix de localiser leurs activités productives (c’est-à-dire les emplois qu’elles rémunèrent) où elles veulent sur la planète.

Dans ces conditions, elles n’emploieront en France que des salariés dont le niveau de productivité justifie leur coût salarial très élevé.

C’est ce qui explique le niveau extrêmement élevé de la productivité horaire chez les salariés français. Ceux-ci sont en effet EN MOYENNE, très productifs, non parce que les Français seraient intrinsèquement plus intelligents et travailleurs que les autres, mais parce que les entreprises qui le pouvaient ont déjà transféré à l’étranger les emplois peu productifs (ou bien mis la clef sous la porte si elles ne pouvaient pas le faire). En conséquence, les travailleurs français pas suffisamment bien formés pour justifier des niveaux de salaires plus élevés qu’ailleurs (ou plus exactement dont la formation n’est pas tellement meilleure que celles de salariés étrangers moins coûteux) ont ainsi été condamnés à une exclusion définitive du marché du travail sous l’effet-ciseau de la concurrence mondialisée et de la pression fiscale sur les salaires spécifique à la France.

C’est ainsi que nous avons progressivement réduit à la marginalité et au désespoir nos ouvriers non qualifiés, puis nos ouvriers qualifiés, puis nos employés de base (via la délocalisation des tâches administratives), puis nos patrons de PME (qui ne pouvaient pas délocaliser comme les multinationales), etc.

Ne sont donc plus aujourd’hui capables en France d’affronter la concurrence des salariés étrangers, en justifiant leur coût salarial comparativement élevé par une productivité également très élevé, qu’une poignée d’ingénieurs, de concepteurs de logiciels ou de spécialistes financiers. Bref, des compétences qui supposent un bon niveau de formation supérieure reposant, en totalité ou en partie, sur un bon niveau de mathématiques.

Si ce niveau s’effondre, si la France est déclassée sur ce plan au niveau international, elle perd de ce fait le dernier avantage comparatif qui permettait non seulement de maintenir sur notre sol des millions d’emplois qualifiés, mais également de financer via les prélèvements fiscaux et sociaux pesant sur ceux-ci la survie des ex-travailleurs marginalisés chaque jour plus nombreux.

Donc – je simplifie bien sur – notre niveau en maths constitue, à terme, via l’existence d’un important noyau de travailleurs surqualifiés, notre dernière garantie contre une nouvelle explosion du chômage de masse et un effondrement de notre système de protection sociale.

Or, cet avantage est en train de disparaître sous nos yeux, à la fois qualitativement (la baisse du niveau moyen des élèves français) et quantitativement (la Chine forme chaque année à peu près 40 fois plus d’ingénieurs que la France, et – à vérifier – plus d’ingénieurs que l’Europe et les Etats-Unis réunis).

Or, nous adoptons face à cette menace quasi-existentielle la même attitude de déni que toutes les élites de sociétés à bout de souffle menacées d‘effondrement (je pense aux aristocrates conservateurs de l’Ancien régime ou aux propriétaires terriens indolents de la Russie de Nicolas II par exemple) : nous refusons de voir en face la réalité d’un monde qui change en nous enfermant dans l’illusion d’une supériorité que nous croyons intrinsèque, et, partant, éternelle. Nous continuons, comme les aristocrates français de la fin du XVIIIème siècle ou les personnages de Tchekhov, à dilapider notre patrimoine pour profiter encore un peu de la douceur de vivre pendant que les bases mêmes de notre prospérité sont ébranlées par l’émergence de nouveaux acteurs (hier la bourgeoisie, aujourd’hui les Chinois) mieux adaptés aux réalités du monde.

Et, en général, ce genre d’illusions se termine très mal pour ceux qui s’en bercent trop longtemps.

Nous ne pourrons pas durablement, en effet, être à la fois nuls en maths, coûter très cher à nos employeurs et exposer ceux-ci sans protection à la concurrence internationale de salariés bons en maths et bon marché. Il faut donc choisir : soit fermer les frontières, soit baisser les niveaux de salaires et de protection sociale, soit redevenir bons en maths (« bons en maths » étant évidement ici une synecdoque pour « bien éduqués » ou « bien formés »).

Comme la fermeture des frontières est, grosso modo, irréaliste, comme la baisse des protections sociales et/ou des salaires serait humainement inacceptable et politiquement dévastatrice, il ne nous reste donc qu’à considérer comme une priorité nationale la restauration du niveau scolaire de nos enfants. CQFD, comme disent les mathématiciens. �7��

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