Beat Street : un film de fiction sur le Hip Hop des années 1980

Dans le ghetto dégradé du Bronx, un chaleureux petit groupe de jeunes, noirs et hispaniques, est réuni par une passion commune pour le Hip Hop : Kenny (Guy Davis) est DJ, son petit frère Lee (Robert Taylor) est breaker, Ramon (Jon Chardiet) est taggueur. Un soir au night-club Roxy, Kenny rencontre Tracy (Rae Dawn Chong), une chorégraphe venue de Manhattan Downtown. C’est le début d’une relation orageuse. Mais le destin va tragiquement frapper…
Ce film réalisé en 1984 constitue à ma connaissance le premier long métrage de fiction abordant le Hip Hop dans toutes ses dimensions (Djing, Rapping, Breaking, Graffiti). Le fameux film Style Wars, réalisé un an plus tôt, était en effet plutôt un documentaire consacré à l’art du graffiti.
Il y a un je ne sais quoi d’un peu trop bien léché dans ce film qui l’empêche de rendre totalement compte du caractère âpre et transgressif de la culture hip hop de l’époque et de la difficulté de vivre dans le ghetto. Bien sûr, les rues du Bronx dans lesquelles se promènent nos héros sont visiblement défoncées, les immeubles abandonnées ou squattés dans lesquels ils organisent leurs soirées clandestines sont dûment décatis, les souterrains du métro dans lesquels les bandes de breakers se défient sont incontestablement étouffants. Mais tout cela garde un côté propret et gentillet d’où sont gommées les pathologies sociales dont souffrait alors – et dont souffre toujours – le Bronx : violence, racisme, misère et drogue. Et même lorsque l’un des personnages est tué par accident au cours d’une bagarre, le film ne nous fait pas vraiment ressentir la montée de violence qui conduit à cette issue tragique. L’un des grands spécialistes du genre, Nelson George, estimait de ce fait dans son livre Hip Hop America qu’il avait en partie échoué à rendre compte de l’esprit rebelle du Hip hop et de l’atmosphère de marginalité du ghetto, lui préférant d’autres longs métrages plus récents, comme Boy’z n the hoodMenace II society, The show ou Ball Hoop Dreams.
Ceci dit, Beat Street est aussi plein de qualités. Il nous permet tout d’abord d’apprécier dans des scènes d’anthologie quelques-uns des artistes de Hip Hop les plus talentueux de l’époque, comme Le DJ Afrika Bambaataa avec les Soulsonic force et le Rock Steady Crew,  le DJ Grand Master Flash avec le MC Melle Mel et les Furious Five, le trio The Treacherous three, le groupe de breakdancers New York City Breakers… Le DJ Kool Herc, vénéré par tous comme le fondateur du genre, fait même une brève apparition. Nous pénétrons également dans ce qui fut au cours des années 1980 le temple du Hip Hop à Manhattan Downtown, jouant un rôle décisif dans sa diffusion hors de son berceau du Bronx : le Night-ClubRoxy de Chelsea. Le film nous fait enfin comprendre le caractère multiforme de la culture Hip hop, associant musique, danse et graffiti.
Quant à la relation difficile entre Kenny et Tracy, elle fait assez bien ressentir le gouffre social et culturel qui, malgré toute leur bonne volonté et leur attirance mutuelle, sépare les hippeurs instinctifs du ghetto des artistes d’avant-garde « branchés » du New-York Dowtown.
Ce film constitue donc l’important témoignage d’une époque, qu’on pourra regarder avec intérêt, malgré ses limites, comme une première introduction à un genre qui a bouleversé la physionomie de la culture populaire nord-américaine et même mondiale au cours du dernier demi-siècle.

Fabrice Hatem

Beat Street, film musical de fiction réalisé par Stan Lathan, 104 minutes, 1984.

Pour visionner le film en version intégrale, cliquez sur : Beat Street

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