Le tango de la vieille garde

ImageCe très beau roman nous conte, en quatre tableaux étalés sur 40 années, les amours à éclipses de deux personnages hors du commun : une riche héritière sans tabous et un danseur de Tango mondain qui se transformera au fil des ans en gentleman cambrioleur. Nous passons ainsi, au fil des pages, d’un paquebot transatlantique des années 1920 à un luxueux hôtel d’Italie du sud où est organisé, en 1966, un championnat international d’échecs, et des bouges sordides de Barracas aux palaces de la Côte d’Azur où se déroule en 1937, entre agents des puissances totalitaires, une guerre secrète qui préfigure le conflit mondial sur le point d’éclater. Max et Mecha se trouvent ainsi mêlés, sans toujours le vouloir, à des événements dramatiques dont la violence ne fera qu’alimenter leur impossible amour.

Des quatre tableaux entrelacés de cette aventure haute en couleurs, c’est le second qui a le plus intéressé l’historien du Tango qui veille en moi. S’y trouve en effet décrite l’atmosphère de l’un de ces bouges de Barracas comme il en existait beaucoup en début du XXème siècle, et qui constituèrent alors d’accueillants berceaux pour le Tango naissant : mauvais garçons accompagnés de filles faciles,  fumeries d’opium semi-clandestines, et bien sur petit orchestres de Tango jouant des « tangos de la vieille garde », simples et bien adapté à la danse. L’auteur décrit avec talent l’atmosphère de ce lieux mal fréquentés et dangereux des quartiers déshérités de Buenos-Aires, à mi-chemin entre cafés, salles de danses et maisons closes, où le Tango trouva ses marques au début du XXème siècle, avant de migrer vers les cabarets plus huppés du centre-ville.

Tout le reste du livre est d’ailleurs imprégné du souvenir de cette époque, à travers l’omniprésence d’un thème musical, Le tango de la vieille garde, composé par l’un des personnages du roman, le musicien Armando de Troeye, premier mari de Mecha, à la suite de cette escapade à Barracas. Une manière pour l’auteur, Arturo Perez- Reverte, d’associer étroitement les musiques populaires du nouveau monde avec les péripéties de ses romans, comme il l’a fait également dans une autre de ses œuvres, laReine du Sud : un roman contant l’histoire d’une trafiquante de drogue mexicaine et truffé de références au narcorridos, ces chansons du nord-est du Mexique contant les exploits des narcos…

Perez- Reverte Arturo, Le tango de la vieille garde, trad. François Maspero, éd.  Le Seuil, 2013, 536 pages

 

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