Tango et Salsa : cousin blanc, cousine mulâtresse ?

Trajectoires contrastées de deux rejetons de la grande famille latino

Imagel’Institut National de l’Audiovisuel (INA) est actuellement engagé dans un vaste projet de diffusion auprès du grand public de son précieux fond documentaire, constitué pour l’essentiel des archives des télévisions publiques françaises.

Il réalise dans ce but de vastes « fresques interactives » consacrés à des thèmes très larges (ex : les soldats et la guerre, la décolonisation, le spectacle vivant, etc.). Chacune de ces fresques est elle-même divisée en un certain nombre de « parcours » qui en détaillent différents aspects. Un parcours est constitué par un texte rédigé par un spécialiste, illustré par 6 à 8 extraits audiovisuels tirés des archives de l’INA.

L’une de ces fresques, intitulée « Danses sans visa » concerne la danse vue à travers le prisme des migrations et des métissages. Elle comporte 11 parcours, dont l’un a pour thème « Tango et Salsa ». L’INA m’a sollicité pour assurer la réalisation de ce parcours. Celui-ci, rendu public le 3 juillet dernier au festival Montpellier Danse, est désormais en ligne comme le reste de la fresque « Danse sans visa».

Pour le consulter, cliquez sur le lien suivant : INA

En voici le résumé :

« Déhanchement provocants contre élégance recherchée, gaieté extravertie contre intériorité dramatique, polyrythmie africaine contre mélodisme européen : pour un nouveau venu dans le monde des danses latines, Tango et Salsa semblent a priori s’opposer tous en tous points. Et pourtant, les musiques populaires caribéennes comme celles du Rio de la Plata sont toutes deux issues du même phénomène de métissage culturel entre les populations d’origine européenne et africaine qui ont peuplé le Nouveau monde depuis sa découverte par Christophe Colomb.

Il est vrai qu’à partir de ce socle commun, ces deux grandes traditions populaires ont suivi des chemins divergents. Si les musiques tropicales ont conservé jusqu’à aujourd’hui leur caractère métissé, reflétant d’ailleurs en cela la composition ethnique de la population caribéenne, le Tango s’est par contre rapidement blanchi et européanisé à l’image de l’Argentine.

Malgré une histoire heurtée et de radicales évolutions stylistiques, le 2X4 a également traversé le XXème siècle sans jamais changer de nom, et est resté indissolublement lié à Buenos Aires, au point d’apparaître comme le principal marqueur identitaire de cette ville. De son côté, la grande marmite polyrythmique des Caraïbes, dopée par d’étroites interactions avec les villes nord-américaines, ne cessait de produire des musiques et des danses réputées nouvelles, mais qui en fait recombinaient en permanence les mêmes ingrédients dans une profusion nomade adaptée aux besoins de chaque époque et de chaque lieu : Son, Plena, Mambo, Cha Cha Cha, Salsa, Reaggeaton…

Longtemps séparés par l’histoire, ces deux cultures cousines ont cependant vu leur destin converger une nouvelle fois à l’époque contemporaine. Au cours des 40 dernières années, elles ont en effet simultanément vu s’accroître de manière spectaculaire leur influence dans le monde. L’essor de la société des loisirs, le besoin de rompre la solitude des grandes villes, le désir de vaincre ses inhibitions, l’aspiration au bonheur, ou tout simplement la recherche d’une activité physique, expliquent cet engouement planétaire quasi-simultané pour la Tango et pour la Salsa. Une convergence qui révèle d’une certaine manière leurs ressemblances profondes, celle de musiques métisses étroitement liées à la danse.  »

Fabrice Hatem

Pour une version écrite du texte en PDF, cliquez sur : TanSalsa

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