Oklahoma !

ImageFilm musical de Fred Zinnemann, musique de Richard Rodgers (livret de Oscar Hammerstein II), chorégraphies de Agnes de Mille, avec  Gordon MacRae, Shirley Jones, Rod Steiger, Etats-Unis, 1955, 145 minutes.

Oklahoma, 1906. Dans un petit bourg perdu au milieu des grandes plaines, Claremore, les flirts entre garçons et filles sont rythmés par les fêtes et les après-midi dansantes. La jeune Laurey (Shirley Jones) est attirée par le beau Curly (Gordon McRay), qui la courtise. Mais elle est aussi convoitée par Jud (Rod Steiger), son peu séduisant garçon de ferme, indispensable mais vindicatif. Les ingrédients sont donc réunis pour un drame de la jalousie…

ImageAdaptation à l’écran de la comédie musicale éponyme créée en 1943, ce film marque les débuts à l’écran d’un nouveau genre de film musical, censé être davantage ancré que par le passé dans la réalité sociale et/ou dans la mémoire collective., il a en effet pour ambition de replacer le spectateur dans l’atmosphère d’une communauté rurale de l’ouest américain au début du siècle, avec sa fascination pour la ville lointaine, ses tensions entre éleveurs et fermiers, ses jeunes cow-boys prompts à la bagarre, ses déplacements en carriole pittoresques mais acrobatiques, sa gare de chemin de fer plantée au milieu de nulle part, et ses jeunes filles  en quête d’un bon mari. En partie tourné dans les splendides décors naturels de l’Oklahoma, il nous offre cependant une reconstitution sans doute un peu idéalisée du mode de vie rural de l’époque, comme ces intérieurs de ferme aussi élégamment décorés qu’un salon bourgeois de Saint Louis ou de Kansas City.

ImageGlobalement, ce film à grand budget déçoit et semble aujourd’hui très daté. De jeunes filles un peu niaises en frous-frous et de jeunes cow-boys pleins de santé, crée en effet rapidement une atmosphère de carte postale. Quant au fond de l’intrigue (une rivalité amoureuse sans vrai suspense entre un « bad guy » et un « good guy », dont le dénouement heureux peut être anticipé dès le début du film), son vide manichéen ne peut que décevoir le spectateur contemporain.

ImageLa musique, interprétée par une formation de type symphonique, a une sonorité d’opérette de variétés, assez éloignée des références Jazz et Swing qui parsèment par exemple les films  de Fred Astaire. Les violons accompagnent mélodieusement les scènes romantiques, tandis que les cuivres, très présents, dégagent une tonicité qui confine parfois à la musique de fanfare.  Les références au folklore rural « country » (Square Dance, comme dans The farmer and the cowman) et dans une moindre mesure à la musique urbaine de l’époque (Rag Time, Two Step, comme dans Kansas City) sont également très nombreuses. Enfin, reprenant en cela la structure d’un spectacle de comédie musicale, le film inclut de longues parties purement instrumentales, au début (ouverture), au milieu (entracte) et à la fin (Final).

ImageLes chansons évoquent différents aspects de la vie de nos jeunes campagnards : émerveillement devant la beauté de la nature (Oh What a Beautiful Mornin), flirts et rêveries  romantiques (I Cain’t Say No, People Will Say We’re In Love, All Er Nuthin, The Surrey With the Fringe On Top, Out of My Dreams, Many a New Day) rivalités amoureuses aux tonalités parfois comiques (Pore Jud is Daid), découverte éblouie de la grande ville (Kansas City)…

ImageLa danse est très présente, dans une mélange d’opéra-comique classique et de folklore country, avec parfois un soupçon de claquettes (Kansas City). Mais elle se limite souvent à un jeu de scène  élaboré, maissans grande ambition chorégraphique, essentiellement destiné à accompagner l’interprétation d’une chanson. Comme dans Many a  New Day, où des jeunes filles esquissent  en se préparant pour un bal quelques pas de ballet classique tout en rêvant de l’amoureux à venir. Ou comme dans les scènes de fête et de mariage (Oklahoma ! ; reprise de Beautiful Mornin’ à la fin du film), qui tiennent autant du mouvement de foule que de la danse. La confrontation musclée entre fermiers et cow-boys (The Farmer and the Cowman) donne cependant lieu à une chorégraphie plus complexe, où les passages de Square dance alternent avec les bagarres.

ImageFinalement, la seule véritable scène de danse est le Dream Ballet à l’atmosphère cauchemardesques, et qui comporte trois parties. L’héroïne, Laurey y rève d’abord de son futur mariage avec Curly, dans un décor aux tonalités claire où évoluent des danseuses éthérées de style classique. Mais elle est arrachée de cette scène de bonheur par Jud, qui la projette dans l’univers aux couleurs violentes et sombres d’un saloon mal fâmé. Des entraîneuses lourdement maquillées à l’allure méphistophélique y interprètent une danse inspirée du french Can Can, mais dont le caractère statique dégage un climat d’angoisse. Enfin, dans une dernière scène, Laurey assiste à  l’assassinat de Curly par Jud dans un paysage de cauchemar, aux teintes rouges et poussiéreuses, tandis que menace au loin une immense tornade. Assez efficace sur le plan cinématographique, cette longue scène me paraît par contre assez pauvre et peu inventive en ce qui concerne la danse stricto sensu.

ImageCe film au budget considérable reçut un excellent accueil du public et de la critique, qui salua à l’époque une approche novatrice de la comédie musicale. Vu d’aujourd’hui, cet enthousiasme me paraît quelque peu exagéré, tant beaucoup d’aspects de cette œuvre ont mal vieilli : scénario et personnages sans épaisseur, absence d’interprète de dimension exceptionnelle, musique souvent sirupeuse, chorégraphies dans l’ensemble sans grand intérêt…

Pour en savoir davantage sur le film, consulter la fiche Wikipedia. Pour visionner la bande-annonce, cliquez sur : Trailer.

Fabrice Hatem

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