Fantasia

ImageDessin animé produit par les studios Walt Disney, 1940, Etats-Unis, 126 minutes.

Illustrer par des dessins animés les œuvres musicales de grands compositeurs classiques : tel est le concept de Fantasia. L’idée en naquit en 1938, alors que les studios Disney achevaient le court-métrage L’Apprenti Sorcier, où l’on voit, sur la musique éponyme de Paul Dukas, le jeune magicien Mickey Mouse provoquer une désastreuse inondation en utilisant sans discernement les formules magiques de son maître Yen Sid. Ce petit film allait devenir le noyau – et aussi la partie la plus célèbre – du futur Fantasia, aux côtés de sept autres séquences mettant en images différentes œuvres musicales interprétées par l’orchestre de Philadelphie sous la direction de Léopold Stokovski.

ImageFantasia trouve naturellement sa place dans ma rétrospective des films de danse. Car ce sont bien des danses, c’est-à-dire « des enchaînements de pas et de mouvements du corps effectués en rythme sur une musique », que cette œuvre nous donne à apprécier. Mais des danses libérées par la magie du dessin des étroites limites physiques du corps humain et des contraintes de la pesanteur, et interprétées par toutes sortes d’être vivants ou imaginaires, voire par de simples objets, comme les balais porteurs d’eau de l’Apprenti Sorcier.

ImageLe film constitue par ailleurs une expérience cinématographique très originale, associant un genre considéré (à tord) comme mineur – le dessin d’animation – à des chefs d’œuvres de la culture savante occidentale. Une manière pour le cinéma dit « de loisir » de revendiquer ses lettres de noblesse artistiques, tout en rendant hommage à la grande culture et en faisant œuvre pédagogique auprès du public.

ImageSous ses dehors de film de distraction, Fantasia nous propose en effet un incroyable condensé de haute culture : interprétation par le Philadelphia Orchestra des oeuvres d‘une demi-douzaine de grands compositeurs, présentées par le critique musical Deems Taylor, avec des images superbes de l’orchestre sous forme de gigantesques ombres colorées ; références à des personnages tirés de la mythologie gréco-romaine (centaures, cupidons, faunes, fêtes bacchiques, Zeus lançant des éclairs) sur les notes de la Symphonie Pastorale de Ludwig van Beethoven ; scénario de L’apprenti Sorcier basé sur un poème de Goethe écrit en 1797, Der Zauberlehrling

ImageLe film rend aussi hommage à la danse classique : c’est en effet en observant de près les mouvement de plusieurs grands danseurs de ballet de l’époque, conviés à cet effet dans les studio, que les dessinateurs de Disney ont pu donner grâce et dynamisme aux évolutions des différents êtres vivants, réels ou fantastiques, représentés dans le film : fées clochettes, poissons, fleurs, champignons ou feuilles dansant gracieusement sur la suite Casse-Noisette de Pyotr Ilyich Tchaikovsky ; autruches, hippopotames, alligators et éléphants – avec également, dans ce cas, une nuance comique -, sur La danse des heures d’Amilcare Ponchielli.

ImageMais Fantasia ne se contente pas de mettre en valeur l’art consacré. Il s’ouvre également à l’innovation artistique, avec en la matière des ambitions très supérieures à celles des films « d’entertainment » habituels. Par exemple, la conception de la séquence de dessin animé constituée de figures géométriques abstraites, sur la Toccata et Fugue en Ré mineur de Johann Sebastian Bach, fut en partie confiée au peintre d’avant-garde Oscar Fischinger, dont les recherches portaient justement sur l’image en mouvement. Quant à l’animation réalisée sur la Nuit sur le mont chauve de Modest Mussorgsky et l’Ave Maria de Franz Schubert, elle s’appuie sur un scénario poétiquement très puissant, avec son effrayant maître des démons Chernobog s’éveillant sur sa montagne à la nuit tombée, ses spectres sortant de leurs tombes pour hanter les vivants jusqu’à ce qu’ils soient chassés par les lueurs de l’aube, et sa mystérieuse procession de moines s’acheminant au matin vers une cathédrale en ruines. Des scènes qui aujourd’hui encore, terrifient les enfants…

ImageLe film présente par ailleurs une forte dimension pédagogique, illustrée notamment par deux séquences. L’un nous explique de manière très simple et accessible, à partir de petits dessins animés représentant les ondes sonores associées à différents instruments, la manière dont se forme et se diffuse le son. L’autre nous conte, sur la musique du Sacre du Printemps d’Igor Stravinsky, l’histoire de la création du monde, depuis la formation des planètes jusqu’à la fin des dinosaures. Pour réaliser ce petit cours d’histoire naturelle, résumé vulgarisé des connaissances scientifiques de l’époque, Disney fit d‘ailleurs appel à la collaboration d’astronomes, de paléologues et de biologistes réputés.

ImageFantasia fut enfin un extraordinaire laboratoire d’innovations technologiques. Disney essaya par exemple, de mettre au point à la l’occasion de la réalisation du film une technique d’imagerie en trois dimensions, qui devait permettre au spectateur muni de lunettes spéciales de percevoir les reliefs. Si cette tentative ne fut pas à l’époque couronnée de succès, Disney réussit par contre une percée décisive dans un autre domaine. Il développa en effet une technique révolutionnaire d’enregistrement et de restitution du son, le Fantasound, qui constitue, ni plus ni moins, le premier procédé stéréophonique de l’histoire du cinéma.

ImageToutes ces caractéristiques témoignent de l’enthousiasme autour de l’art naissant du dessin animé et du climat de créativité fébrile qui régnait alors dans les studios Disney. Mettre la culture savante et le savoir scientifique à la portée du plus grand nombre, faire du cinéma d’animation un art majeur engagé dans une véritable recherche artistique, améliorer sans relâche la qualité technique des films, voici quelques-unes des louable ambitions qui sous-tendirent la réalisation du 3ème long métrage de Walt Disney, après Blanche-Neige et Pinocchio. Une ambition qui mobilisa au total plus de 1000 techniciens et artistes !!

ImageCe projet révolutionnaire ne fut pas récompensé immédiatement par un grand succès commercial, malgré des critiques plutôt élogieuses et un bon accueil du public américain. La sortie du film coïncida en effet avec l’éclatement de la seconde guerre mondiale qui empêcha la diffusion de Fantasia en Europe, et les dépenses considérables consenties par Disney par sa réalisation ne furent pas couvertes par les recettes.

ImageCependant, du fait  sans doute de ses qualités exceptionnelles, Fantasia se glissa progressivement, à l’occasion de ses multiples rééditions, au statut de très grand succès commercial (avec un total de recettes cumulées aujourd’hui supérieur à 80 millions de dollars), et surtout au rang de véritable monument du 7ème art. Un remake de l’oeuvre, Fantasia 2000, a même été réalisé en 1999, recevant un assez bon accueil du public.

Pour en savoir davantage sur le film, consulter la fiche Wikipedia. Pour visionner la bande-annonce originelle, cliquez sur : Trailer. Pour visionner le film complet, cliquez sur : film.

Fabrice Hatem

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