Tango, no todo es rock

Documentaire de Jacques Goldstein, scénario de Pedro Lombardi de Jacques Goldstein, France, 2013, Couleur et noir et blanc, 52 minutes

ImageDix ans après la réalisation de son album « Invitation au tango » [1], le photographe Pedro Lombardi part à Buenos Aires et Montévidéo pour y retrouver les danseurs dont il avait alors réalisé les portraits : Mariano « Chicho » Frumboli, Moira Castellano, Gaston Torelli, Eugenia Parilla, Yanick Wyler, Esteban Cortez, Evelyn Rivera, Omar Correa, Mariana Lopez… Et il leur montre les photos de leur jeunesse…

Il est très touchant de les voir réagir, chacun avec ses mots et sa sensibilité, à ces clichés pris d’eux il y a dix ans. Certains parlent de leurs déceptions sentimentales, d’autres des difficultés à faire vivre dans la durée un couple à la fois artistique et amoureux, d’autres encore de leur émerveillement toujours intact devant les immenses possibilités de création artistique offertes par le tango. Tous expriment une nostalgie très émouvante de l’époque enivrante de leur première jeunesse, qui fut aussi celle de la renaissance du tango, entre Paris, Buenos Aires et Montévidéo. Ces entretiens sont entrecoupés de très belles scènes de danse, tournées, selon les cas, à l’occasion de bals, de démonstrations, de cours ou de répétitions en studio.

ImageJ’ai été particulièrement impressionné par Chicho Frumboli, qui parle avec une grande hauteur de vues et beaucoup de simplicité du thème de l’improvisation.

Son discours libre, profondément honnête, superbement illustré par des scènes de danses, nous montre l’inanité des oppositions fictives entre styles, transcendées par le jaillissement de la création artistique.

Le film nous offre également de très belles images du Cuarteto Derrotas Cadenas et du jeune et talentueux chanteur Tabaré Leyton en répétition.

Le réalisateur, Jacques Goldstein, est connu pour ses documentaires sur le jazz, la musique africaine contemporaine et les phénomènes de métissage entre musiques noire et blanche.

Il nous propose une image très travaillée, jouant sur toutes les nuances de la couleur, de la profondeur de champ et de cadrage pour éviter la monotonie d’une succession d’interviews monochromes au style normalisé.

Image Produit par la société Vidéo de poche, le film a été réalisé avec des moyens limités, et bouclé financièrement grâce à une souscription ouverte auprès du public tanguero. Il est très simplement organisé autour d’une succession d’entretiens et de scènes de danse. Cette construction assez linéaire nuit-elle au ressort dramatique de l’œuvre ?  Personnellement, je ne le pense pas. J’ai au contraire été profondément ému de retrouver à l’écran des artistes que j’ai parfois intimement côtoyés lors de mes premières années tangueras. Par personnes interposées, c’était aussi un peu de ma propre jeunesse qui défilait sur la toile…

N’hésitez donc pas, vieilles moustaches de la Guardia Vieja comme jeunes conscrits tangueros, à aller voir, si l’occasion vous en est donnée, ce film. Celui-ci peut d’ores et déjà être considéré comme un document de référence sur l’histoire récente du 2X4 et des artistes qui ont participé à sa renaissance au cours des quinze dernières années.

Fabrice Hatem

Pour plus de renseignements : http://www.notodoesrock.com/fr/


[1] Le titre du film est d’ailleurs tiré de l’une de ces photos de cet album, prise à la milonga alternative la Catedral, où l’on voit une banderole portant le slogan « No todo es rock ».

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