Tango au Babillard : un point d’entrée vers les musiques du monde

Samedi 18 Août 2012

Au 34 de la rue Girard, dans un recoin tranquille et populaire de Montreuil, sont installés les locaux de l’association culturelle France-Trakia. Celle-ci, crée par un entrepreneur en bâtiment d’origine turque, a élu domicile dans les anciens entrepôts de sa société.

Elle avait pour objectif initial de servir de point de ralliement aux personnes originaires de Thrace (Turquie occidentale) vivant en France, autour d’activités culturelles et de loisirs.

Mais l’arrivée de Stéphane Koch  a considérablement élargi ses ambitions (voir entretien en annexe).

ImageAujourd’hui, ce lieu, désormais surnommé le Babillard. (vraisemblablement un jeu de mots sur le nom du quartier, Bobillot, et sur l’idée de rencontres et d’échanges – de « babil » – qui sous-tend le projet) accueille en effet une très riche palette d’activités tout au long de la semaine.

Sa programmation comprend en effet, entre autres, du rock (le samedi), des danses et musiques du monde (Inde, Russie, Thrace, Turquie, France, bientôt Brésil), et, bien sûr, les différentes expressions  (folklore rural, tango) de la culture populaire argentine.

ImageLe Babillard est notamment devenu l’un des hauts lieux parisiens des peñas argentines, ces rencontres où les artistes professionnels et amateurs viennent jouer, chanter et danser ensemble, au gré de leur inspiration.

Un mercredi sur deux, c’est la peña de Rudy Flores ; le dimanche après-midi, c’est la peña abiertia de Fermin Juarez et de Isabel de La Preugne.

Guitares et voix, tangos, chacareras et zambas sont alors à l’honneur dans une atmosphère festive et chaleureuse où artistes et public communient dans le même amour du folklore populaire argentin.

ImageIl y aussi des événements ponctuels : tournées d’artistes en Europe, comme ce fut le cas pour le guitariste argentin Juan Falu le 7 novembre dernier ; festivals auxquels est associé le Babillard, comme le Tango Roots Festival (photo ci-contre), qui donna lieu début août à plusieurs concerts  dont Roger Helou & Facundo Torres le samedi 4.

Enfin, il y a, bien sûr, du tango dansé : Des stages et des cours sont régulièrement programmés. Le lundi, vient ainsi de s’ouvrir un nouveau bal-pratique.

Mais l’endroit est surtout connu, dans la communauté tanguera parisienne, pour sa milonga du vendredi, surnommée le Parloir – encore une allusion au fait qu’on ne vient pas là que pour danser, mais aussi pour se rencontrer, pour échanger, bref pour parler.

ImageComme la soirée dure de 21h30 à l’aube, cela laisse largement le temps pour faire connaissance !!

A l’extérieur, une fresque murale sans apprêt – « Musique and more, sans frontières » – vous signale que vous êtes arrivés à bon port, tout en vous signifiant d’emblée l’esprit du lieu (voir photo en début d’article).

Une petite porte, un étroit corridor, et on débouche sur un sorte de salon-bar un peu « branchée : un sympathique capharnaüm de tables en bois, de chaises et de sofas un peu dépareillés.

ImageOn est un peu serré les uns contre les autres – il y a beaucoup de monde après 23 heures, mais cela ajoute à l’atmosphère chaleureuse de l’endroit.

Comme le bar offre aussi une restauration chaude très convenable, il est tentant de diner là, sur un coin de table. On a donc vite fait de lier conversation avec le voisin qui vient de renverser son verre de vin sur vos chaussures.

Devant vous, séparée du salon-bar par une ligne de canapé, la piste de danse : un espace rectangulaire d’environ 80 mètres carrés, qui avec ses belles charpentes en bois massif et son toit incliné, fait irrésistiblement penser à une grange. Avec cependant un parquet de danse impeccable.

ImageSur le côté droit, se trouve une petite scène où se produisent les musiciens – la milonga est systématiquement animée par de la musique vivante :  Trio Entonces, Trio Mazorca, Cuarteto Silvando, Café Lunfardo (photo ci-contre) figurent parmi les orchestres qui se produisent régulièrement ici.

Ah oui !! J’oubliais une amusante particularité topographique de l’endroit : pour déposer ses affaires, il faut se rendre dans une salle un peu jumelle du bar-salon, faisant à la fois office de vestiaire et de lieu de repli pour des danseurs désireux de trouver un peu d’espace et de tranquillité.

ImagePour y accéder, on passe, en bousculant un peu les gens qui sont assis là, par une sorte de très étroit corridor dont le mur est percé de grandes ouvertures donnant sur la piste de bal : idéal pour observer – et éventuellement photographier – discrètement les évolutions des danseurs.

Le public est assez jeune : un milieu un peu « branché », plutôt ouvert à l’innovation, aux expériences alternatives, aux métissages. Mais cependant sans exclusive : on reconnaît aussi les visages de tangueros habitués de milongas plus traditionnalistes, et qui viennent volontiers au Parloir, attirés par la bonne qualité de la programmation musicale.

ImageDifficile d’exprimer une opinion sur le niveau de danse : On note la présence d’excellents tangueros, mais le succès du lieu est tel qu’aux heures de pointe – entre 23h00 et 1h00 – les danseurs sont trop serrés sur la piste pour pouvoir exprimer tout leur (éventuel) talent.

Ceci pose d’ailleurs aussi un problème d’oxygénation, car le lieu est confiné, mal climatisé, et l’atmosphère peut devenir, à certains moments, très chaude, humide, et quelque peu irrespirable.

Sans doute les choses changent-elles ensuite, mais je suis alors au lit depuis belle lurette !!!  (il paraît aussi qu’au petit matin, on peut prendre un petit-déjeuner avec croissants).

ImageBonne musique, bonne ambiance, bon accueil, lieu plein de charme avec un côté un peu « trash » : allez-y, cela vaut vraiment la peine.

Et surtout, tangueros monomanes, n’oubliez pas de consulter le programme de la semaine pour vous y rendre un autre jour que le vendredi, découvrir ainsi d’autres styles musicaux et élargir votre horizon culturel…

Fabrice Hatem

Annexe : Le témoignage de Stéphane Koch (photo ci-dessous : avec DJ Laurent)

ImageLe parloir est le lieu du tango parisien un peu underground, qui représente le métissage des cultures. Les gens qui y viennent appartiennent à beaucoup de diasporas différentes, parlent souvent deux ou trois langues et voyagent beaucoup. C’est un milieu assez cosmopolite et cultivé.

Comme beaucoup d’autres endroits que j’ai animés, le parloir appartient à un turc, entrepreneur en bâtiment. Le lieu servait d’entrepôt à son entreprise, qui ne marchait pas très bien. Alors, il en a fait transformer une aile en local associatif turc, l’association France-Trakia, qui avait initialement vocation à rassembler des gens originaires de Thrace. Il voulait élargir ses activités et il est venu me trouver. Je me suis dit : «Encore une petite salle !! » Mais enfin, il s’en dégageait quelque chose et j’ai accepté.

ImageJ’ai convaincu le propriétaire de faire des travaux pour agrandir le lieu au détriment de l’entrepôt. Il m’a dit « banco, mais tu viens le faire avec moi. » Je lui ai répondu « chiche !», et nous nous sommes associés. On a changé la disposition de la salle. J’ai donné toutes les indications pour créer le lieu dont je rêvais, fruit de mon expérience antérieure. Tout est allé très vite. La vieille de l’inauguration, les toilettes ont été installées en trente minutes ; le ciment n’était pas encore tout à fait sec à l’ouverture. Trois heures avant l’ouverture des portes, c’était encore un gros chantier. Quand on a ouvert les portes, les ouvriers essuyaient encore les plâtres.

Outre la milonga du vendredi, J’exploite cette salle tout au long de la semaine. Il s’y passe beaucoup d’autres choses que le tango : des bals russes, turcs, de la culture des balkans, la Peña abierta de Fermin Juarez, la Peña de los miercoles de Rudi Flores. C’est aussi un haut lieu du folklore français. Nous allons bientôt commencer des soirées brésiliennes. Parfois, on associe différentes cultures, comme la Russie et le tango.

Bref, c’est un endroit un peu « roots ». »

Propos recueillis par Fabrice Hatem

Pour tous renseignements complémentaires (dates, horaires, tarif, programmation) :

www.parloir.fr

www.babillard.fr

 

Dernière mise à jour : ( 20-08-2012 )

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