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Victoire à Plancenoit

plan1 Ca y est, nous sommes en vue du champ de bataille. Depuis qu’on s’était fait battre à Ligny deux jours plus tôt, nous n’arrêtions pas de reculer devant les troupes de Napoléon. Il nous avait bien étrillés ce jour-là : 12000 morts et blessés, dont le duc de Brunswick. Mais nous avions pu, grâce à Blücher, nous faufiler vers le nord avant que les deux parties de son armée ne nous prennent en tenaille. Et pas question de musarder en chemin, malgré la pluie, la boue, les blessés : Il fallait absolument échapper à nos poursuivants pour rejoindre Wellington à temps.

plan2 Ce matin, deux de nos corps d’armée, ceux de Von Bulow et Von Pirch, s’étaient ainsi mis en marche à l’aube depuis Dion le mont : 40000 hommes se dirigeant à marche forcée vers Mont-Saint-Jean, à l’ouest, par Bierge et la Chapelle Saint-Lambert. L’objectif : donner la main à l’armée anglaise pour l’aider à affronter Napoléon. Six lieues à patauger dans la boue, à traîner nos canons dans les fondrières et les chemins étroits, à franchir les marécages inondés dans la vallée de la Lasne. Encore heureux que nous n’ayant rencontré sur notre chemin aucun peloton de flanqueurs pour nous repérer nous barrer la route !!! Mais l’enjeu en valait la chandelle : libérer enfin l’Europe du monstre qui, depuis 15 ans, la mettait à feu et à sang pour l’asservir.

plan3 C’est en 1806 que les malheurs de la Prusse avaient commencé. Avec ses colonnes infernales de grenadiers et de hussards, Napoléon avait brutalement envahi notre pays. Ses soldats avaient pillé et brûlé nos villages, assassiné notre prince héritier, humilié notre armée à Auerstadt et à Iena. Il avait occupé Berlin, fait prisonniers la plupart de nos généraux, imposé à nos prince une paix humiliante et coûteuse. Ses troupes d’occupation avaient saigné nos campagnes et nos villes, traité nos femmes comme des filles de joie, méprisé notre religion. Le blocus continental avait ruiné notre commerce avec l’Angleterre. Et quand il lui avait prit, en 1812, la fantaisie d’attaquer la Russie, ce fou avait prétendu nous demander, en tant qu’alliés, de lui fournir un contingent de 30 000 hommes pour participer à cette aventure. Et beaucoup d’entre eux n’en étaient jamais revenus.

plan4 Alors, vous imaginez notre joie quand nous avons appris que ce furieux avait été battu à plate couture, et son armée engloutie dans les eaux glacées de la Berezina. Et quand Yorck avait conclu une trêve séparée avec les russes, au début de 1813, nous comprîmes tous que l’heure de la libération de notre pays ne tarderait plus à sonner. Effectivement, dès le printemps, la Prusse, désormais alliée de la Russie, déclarait la guerre à la France. Et nous fûmes alors les centaines de milliers, étudiants, paysans, ouvriers, employés, à nous engager dans l’armée royale pour libérer notre pays.

plan5 Ce ne fut pas une partie de plaisir, cette campagne !! Napoléon, ce génie du mal, avait réussi à reconstituer, en quelques mois, une armée de 500 000 hommes, presque plus nombreuse que celle qu’il avait perdue en Russie !!! Bien sur, ses soldats n’étaient pas aussi expérimentés que ceux de 1806. Mais il a quand même réussi à nous battre, d’abord à Lutzen et Bauzten, et surtout à Dresde, où la cavalerie française, a, une dernière fois, réussi à tourner et écraser notre armée.

plan6 Enfin, avec le renfort des autrichiens et des princes allemands, nous avons pu prendre le renard au piège à Leipzich. Il a laissé derrière lui en Allemagne près de 200 000 hommes, morts, blessés ou prisonniers. De quoi lui faire passer définitivement l’envie de nous envahir. Huit mois plus tard, son abdication semblait annoncer le retour définitif de la paix.

plan7 Et voila qu’en 1815, ce fauteur de guerre est revenu mettre à nouveau l’Europe à feu et à sang. Alors, toutes les nations alliées ont repris les armes. Je me suis réengagé dans le 2ème hussard de Silésie. Et voila comment je me retrouve aujourd’hui, en début d’après-midi, à galoper aux avants gardes du corps de Von Bulow.

Bon sang, quelle vue depuis le bois de Paris !!! On peut distinguer tout le champ de bataille ; la ligne anglaise, qui tient les hauteurs du plateau, sur une longueur d’une lieue environ : en contrebas, la ligne française, dont la cavalerie est en train d’attaquer le centre anglais. Mais surtout, en face de nous, le village de Plancenoit, avec au sud la petite rivière de la Lasne. Si nous arrivons à prendre cette position, nous pourrons déboucher sur les arrières de l’armée française pour l’encercler et lui couper la retraite vers Genappe et Nivelles.

plan9 Mais pour l’instant, nous ne sommes que quelques centaines de cavaliers, alors que nous pouvons distinguer, en face de nous, plusieurs milliers de soldats en train de se retrancher dans Plancenoit et au nord du village.

Heureusement que ceux-là se sont mis en rase campagne, plutôt qu’occuper le bois de Paris, d’où ils auraient été difficiles à déloger. Mais, tout de même, il faut attendre les renforts.

plan10 Le reste de la cavalerie légère du IVème corps est arrivée juste après nous : Les uhlans, avec leurs longues lances acérées, viennent de se disposer en rideau pour protéger l’arrivée de l’infanterie et de l’artillerie.

Ils sont suivis par les hussards de Brunswick, aux shakos ornés de la tête de mort. Ceux-là sont particulièrement remontés contre les français : cela fait 9 ans qu’ils ont juré de venger la mort de leur vieux chef, tué en 1806 pendant la première campagne d’Allemagne. Et voila qu’il y a deux jours, son fils le jeune duc et tombé, à son tour, sous les balles françaises…

plan11 Ah ! Voila les premiers bataillons de notre infanterie… C’est la 15ème brigade, je crois.

Ils se précipitent dans le village. Quelle pétarade !!! Ca y est !! Notre drapeau flotte déjà sur le cimetière !!!

plan19 Mais depuis l’ouest, on voit monter plusieurs bataillons d’infanterie française. Ils se déploient dans les rues du village, en essayant de chasser les nôtres. Cela doit être une belle boucherie la dedans ! On entend d’ici les hurlements des combattants, le crépitement des balles et les cris des blessés.

Mais pourquoi nos officiers ne nous ordonnent-ils pas de charger pour secourir les nôtres ? C’est vrai que la cavalerie ne vaut rien dans le combats de rue et qu’il faut protéger l’arrivée de l’artillerie, mais tout de même, rester ainsi l’arme au pied pendant que notre infanterie se fait expulser du village !!

plan13 Ca y est, l’artillerie arrive !!! Les pièces sortent l’une après l’autre du bois de Paris, tirées avec difficulté par les chevaux du train, au milieu de la boue où elles s’enlisent. Les canonniers, les chefs de pièce, l’officiers artilleurs même s’y mettent pour les dégager de l’ornière. Quand elles seront toutes sur place, il en aura plus de quatre-vingt. De quoi faire passer un sale quart d’heure aux français !!! Mais pour l’instant, le convoi s’étire encore sur plusieurs kilomètres, dans la forêt de Paris…

plan14 Plusieurs pièces sont déjà en batterie à 300 mètres d’ici, et ont commencé à pilonner les troupes françaises retranchées au nord du village pour défendre le flanc droit de leur armée. Nos canonniers chargent les pièces sans relâche, pour écraser les français sous un déluge de feu. Même à cette distance, le bruit du canon est effrayant. A côté de l’affut, cela doit être vraiment intenable.

plan15 Plusieurs centaines de mètres plus loin, du côté des français, on distingue bien l’impact des boulets : une colonne de fumée s’élève là où un caisson d’artillerie a explosé ; on voit tomber les soldats, comme de petites miniatures poussées à la renverse. Des lignes blanches strient le ciel, pendant un court moment, sur le trajet du projectile. Mais nous aussi, nous devons nous mettre à l’abri : car leur artillerie s’est mise à nous tirer dessus, droit sur notre ligne de cavalerie !!! Un boulet vient même de couper en deux mon cavalier de gauche, dont la sang m’éclabousse le visage….

plan16 Maintenant, notre infanterie arrive en masse, vers le village, mais aussi vers les lignes anglaises auxquelles nous allons bientôt pouvoir donner la main vers Fichermont. Nos chasseurs se précipitent dans Plancenoit pour y déloger les français. D’autres essayent de contourner le village par le sud, en empruntant le vallon de la Lasne.

plan20 Plancenoit brûle de partout. Napoléon y a envoyé ses meilleures troupes, qui résistent comme des lions.

Chaque rue a été prise et reprise plusieurs fois. Les français se sont sans doute retranchés dans les étages, d’où ils doivent canarder les nôtres qui essayent de les déloger. Cela doit être un terrible corps à corps pour chaque maison, pour chaque pièce, pour chaque fenêtre !! Et nous qui sommes toujours là l’arme au pied !!

plan12 Mais nos troupes continuent d’affluer : c’est tout le 1er corps de Von Pirch qui est arrivé maintenant. Les français vont être submergés, c’est sur !!! On les a déjà délogés du haut du village. Les autres ne vont pas pouvoir tenir longtemps maintenant… Ca y est, ils reculent sur toute la ligne. Au nord du village, ils ont arrêté de tirer. On dirait qu’ils s’enfuient !

plan18 Voila Blücher !!! Il s’avance vers nous pour nous parler : " les français sont vaincus, mes enfants !! Mais nos alliés anglais sont trop épuisés pour les poursuivre ; A vous de jouer, mes braves cavaliers !! Poursuivez-les sans pitié vers Rossomes et Maison du Roi, pour achever leur déroute !! Vengeons Brunswick, vengeons nos morts de Ligny !! Vorwärts ! En avant, et pas de quartier !!!"

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