L’exemplarité tunisienne

ImageEditeur :La Presse Economie, Novembre 2007

Auteur : Z.M. (propos recueillis par)

Fabrice Hatem, économiste français et consultant de l’Union européenne

« Concernant l’environnement des affaires, je pense qu’il y a une exemplarité tunisienne »

«Les Tunisiens font les choses très bien et ça va dans la bonne voie». Évoquant le secteur du tourisme tunisien, M. Fabrice Hatem, responsable des études économiques à Anima* , ne tarit pas d’éloges sur l’expérience tunisienne.

Sur le plan touristique, souligne-t-il, les forces de la Tunisie demeurent une offre touristique potentiellement diversifiée, combinée avec un potentiel de valorisation de l’aspect culturel.

Une deuxième force, qu’il assimile à une opportunité : la proximité de la première zone de départ des touristes du monde, l’Europe occidentale en l’occurrence, et qui représente les 2/3 des entrées du flux touristique dans la zone méditerranéenne.

On est, donc, sur un marché qui progresse rapidement (doublement des flux touristiques prévus au cours des 20 prochaines années au niveau mondial). «Un marché sur lequel la Tunisie a des atouts certains », soutient M. Hatem.

Toutefois, pour aller de l’avant, il faut prendre conscience de ses faiblesses. En ce qui concerne la Tunisie, M. Hatem identifie «une menace liée à une faiblesse traditionnelle de l’offre tunisienne qui s’est développée sur le tourisme balnéaire relativement d’entrée de gamme».

Un segment d’activité synonyme d’un taux de dépenses par tête et par nuitée relativement faible et qui n’est pas donc à la hauteur des flux d’entrées, avec 6 millions de touristes.

S’agissant d’un tourisme balnéaire, l’activité se caractérise par une forte saisonnalité, très centrée sur les mois d’été. Cela signifie des problèmes de remplissage des capacités hôtelières pendant les mois de mi-saison et de basse saison. Un problème ayant des conséquences directes sur la rentabilisation des investissements. «Ainsi, dans le tourisme d’entrée de gamme, les pays situés sur ce segment se trouvent confrontés à une concurrence mondiale importante, qu’il s’agisse de la zone Caraïbe ou Asie », explique notre interlocuteur.

Nécessaire diversification de l’offre…

Quant à la faiblesse du tourisme intrarégional et intranational dans la Méditerranée, il estime que le développement touristique s’est fait avec une forte dépendance par rapport à l’extérieur ; dans le cas de la Tunisie, les touristes européens en l’occurrence. Certes, avec des entrées en devises potentiellement importantes, ça a des avantages.

Mais l’inconvénient demeure la fluctuation des flux touristiques.
Et à M. Hatem de constater « un problème de variabilité des flux d’entrées extrêmement importants et qui ont pénalisé la Tunisie au cours des dernières années. Cependant, récemment, il y a eu une reprise très forte des flux d’entrées, c’est formidable pour la Tunisie qui récolte les fruits du travail réalisé».

Néanmoins, pour pallier cette variabilité des flux, «il demeure important de diversifier l’offre, c’est-à-dire valoriser l’extraordinaire potentiel d’offres qui ne se limitent pas au tourisme balnéaire d’entrée de gamme », souligne l’expert européen.

Ce travail vise, au niveau du balnéaire classique — dont il faut développer les animations -, la diversification de l’offre locale «pour que les touristes puissent dépenser un peu plus d’argent et faire autre chose que se baigner», dit-il.

Et puis, il y a, également, la valorisation des autres sites et formes de tourisme : « Vous avez déjà des résultats formidables dans les domaines de la balnéothérapie et de la thalassothérapie qui se sont développés d’une façon extraordinaire. Il y a aussi un tas de créneaux où vous pouvez faire des choses intéressantes : le tourisme culturel et de découverte avec le Sahara et les villes historiques de l’arrière-pays qui sont des joyaux architecturaux. Je citerais, aussi, le tourisme de nature et la plongée sous-marine à Tabarka par exemple », expose M. Hatem.

Et de souligner que le tourisme « de petite échelle» avec des réseaux qui permettent de découvrir tout ce que les habitants peuvent offrir en termes d’hospitalité, de rencontres avec la culture locale…

Réussir la transition

« Je crois que ces formes de tourisme sont beaucoup moins agressives pour l’environnement naturel ou les sociétés locales. Il faut passer le premier stade du développement de l’industrie touristique en Méditerranée, avec la création de très grands complexes, coupés du pays, avec un bétonnage du littoral et des problèmes écologiques…», insiste-t-il.

Et de proposer : « La diversification du tourisme est nécessaire pour évoluer vers un tourisme plus personnalisé, plus fondé sur le tourisme culturel. C’est un élément de réponse important aux problèmes que rencontre actuellement la Tunisie en termes de saturation de l’offre sur certaines zones côtières, de remplissage des capacités en demi-saison, mais aussi en termes de retombées du tourisme sur l’économie locale».

Toutefois, quel est le degré de faisabilité de ce travail, sachant que le tourisme méditerranéen reste très dépendant des tour- opérateurs et qu’une grande partie des recettes touristiques (au niveau du transport, de la réservation, des services secondaires) est capté par des sociétés internationales et n’a pas de retombées dans le pays ?

Pour M. Hatem, un tourisme plus enraciné dans le pays aurait pour conséquence économique d’augmenter les retombées des dépenses des touristes aux bénéfices des habitants.

Quant à la Tunisie, estime-t-il, le pays est actuellement dans une phase de transition. On passe d’une phase à grand succès (années 70 et 80) avec un tourisme de masse au stade de développement des nouveaux créneaux.

Stimuler le rythme d’investissement

Pour cela, notre interlocuteur identifie les investisseurs comme un partenaire stratégique dans cet effort : «Je crois qu’il faut sensibiliser les investisseurs, en particulier internationaux, aux opportunités offertes dans ce domaine et que les avantages accordés aux IDE prennent encore davantage d’ampleur ».

Le diagnostic dressé pour l’ensemble de la Méditerranée s’applique moins à la Tunisie : dans la région, il y a un problème frontal d’environnement d’affaires et d’image. On n’est pas dans un pays avec des relations avec l’administration, des problèmes de réglementation, une lourdeur des procédures, d’image … qui freinent considérablement l’attractivité des IDE, estime-t-il.

Dans ce sens, les études réalisées par la Banque mondiale le confirment, «je dirais que la Tunisie est le bon élève de la région. Parmi les 12 pays Meda, c’est celui qui a obtenu le meilleur classement du point de vue de la mesure de l’environnement des affaires qui est fait par la Banque de France dans son rapport annuel,  » Doing Business « . La Tunisie est, non seulement, bien classée, mais son classement s’améliore pour rejoindre pratiquement celui de certains pays du nord de la Méditerranée », affirme M. Hatem.

Et d’appuyer : «De ce point de vue, je pense qu’il y a une exemplarité tunisienne, il y a certes encore des faiblesses, des zones de difficultés mais il y a vraiment des efforts considérables faits en Tunisie pour améliorer l’environnement des affaires et dont des pays voisins peuvent s’inspirer avec beaucoup de profit. Ainsi, les perspectives ne peuvent qu’être prometteuses ».

Z.M.

———————
* Anima : structure de coopération des agences de promotion des investissements euroméditerranéens dans le cadre d’un programme financé par l’Union Européenne  et réunissant  les 10 agences des pays Meda concernés par les accords d’association avec l’UE.

Sur le plan touristique, souligne-t-il, les forces de la Tunisie demeurent une offre touristique potentiellement diversifiée, combinée avec un potentiel de valorisation de l’aspect culturel.

Une deuxième force, qu’il assimile à une opportunité : la proximité de la première zone de départ des touristes du monde, l’Europe occidentale en l’occurrence, et qui représente les 2/3 des entrées du flux touristique dans la zone méditerranéenne.

On est, donc, sur un marché qui progresse rapidement (doublement des flux touristiques prévus au cours des 20 prochaines années au niveau mondial). «Un marché sur lequel la Tunisie a des atouts certains », soutient M. Hatem.

Toutefois, pour aller de l’avant, il faut prendre conscience de ses faiblesses. En ce qui concerne la Tunisie, M. Hatem identifie «une menace liée à une faiblesse traditionnelle de l’offre tunisienne qui s’est développée sur le tourisme balnéaire relativement d’entrée de gamme».

Un segment d’activité synonyme d’un taux de dépenses par tête et par nuitée relativement faible et qui n’est pas donc à la hauteur des flux d’entrées, avec 6 millions de touristes.

S’agissant d’un tourisme balnéaire, l’activité se caractérise par une forte saisonnalité, très centrée sur les mois d’été. Cela signifie des problèmes de remplissage des capacités hôtelières pendant les mois de mi-saison et de basse saison. Un problème ayant des conséquences directes sur la rentabilisation des investissements. «Ainsi, dans le tourisme d’entrée de gamme, les pays situés sur ce segment se trouvent confrontés à une concurrence mondiale importante, qu’il s’agisse de la zone Caraïbe ou Asie », explique notre interlocuteur.

Nécessaire diversification de l’offre…

Quant à la faiblesse du tourisme intrarégional et intranational dans la Méditerranée, il estime que le développement touristique s’est fait avec une forte dépendance par rapport à l’extérieur ; dans le cas de la Tunisie, les touristes européens en l’occurrence. Certes, avec des entrées en devises potentiellement importantes, ça a des avantages. Mais l’inconvénient demeure la fluctuation des flux touristiques.

Et à M. Hatem de constater « un problème de variabilité des flux d’entrées extrêmement importants et qui ont pénalisé la Tunisie au cours des dernières années. Cependant, récemment, il y a eu une reprise très forte des flux d’entrées, c’est formidable pour la Tunisie qui récolte les fruits du travail réalisé».

Néanmoins, pour pallier cette variabilité des flux, «il demeure important de diversifier l’offre, c’est-à-dire valoriser l’extraordinaire potentiel d’offres qui ne se limitent pas au tourisme balnéaire d’entrée de gamme », souligne l’expert européen.

Ce travail vise, au niveau du balnéaire classique — dont il faut développer les animations -, la diversification de l’offre locale «pour que les touristes puissent dépenser un peu plus d’argent et faire autre chose que se baigner», dit-il.

Et puis, il y a, également, la valorisation des autres sites et formes de tourisme : « Vous avez déjà des résultats formidables dans les domaines de la balnéothérapie et de la thalassothérapie qui se sont développés d’une façon extraordinaire. Il y a aussi un tas de créneaux où vous pouvez faire des choses intéressantes : le tourisme culturel et de découverte avec le Sahara et les villes historiques de l’arrière-pays qui sont des joyaux architecturaux. Je citerais, aussi, le tourisme de nature et la plongée sous-marine à Tabarka par exemple », expose M. Hatem.

Et de souligner que le tourisme « de petite échelle» avec des réseaux qui permettent de découvrir tout ce que les habitants peuvent offrir en termes d’hospitalité, de rencontres avec la culture locale…

Réussir la transition

« Je crois que ces formes de tourisme sont beaucoup moins agressives pour l’environnement naturel ou les sociétés locales. Il faut passer le premier stade du développement de l’industrie touristique en Méditerranée, avec la création de très grands complexes, coupés du pays, avec un bétonnage du littoral et des problèmes écologiques…», insiste-t-il.
Et de proposer : « La diversification du tourisme est nécessaire pour évoluer vers un tourisme plus personnalisé, plus fondé sur le tourisme culturel. C’est un élément de réponse important aux problèmes que rencontre actuellement la Tunisie en termes de saturation de l’offre sur certaines zones côtières, de remplissage des capacités en demi-saison, mais aussi en termes de retombées du tourisme sur l’économie locale».

Toutefois, quel est le degré de faisabilité de ce travail, sachant que le tourisme méditerranéen reste très dépendant des tour- opérateurs et qu’une grande partie des recettes touristiques (au niveau du transport, de la réservation, des services secondaires) est capté par des sociétés internationales et n’a pas de retombées dans le pays ?
Pour M. Hatem, un tourisme plus enraciné dans le pays aurait pour conséquence économique d’augmenter les retombées des dépenses des touristes aux bénéfices des habitants.

Quant à la Tunisie, estime-t-il, le pays est actuellement dans une phase de transition. On passe d’une phase à grand succès (années 70 et 80) avec un tourisme de masse au stade de développement des nouveaux créneaux.

Stimuler le rythme d’investissement

Pour cela, notre interlocuteur identifie les investisseurs comme un partenaire stratégique dans cet effort : «Je crois qu’il faut sensibiliser les investisseurs, en particulier internationaux, aux opportunités offertes dans ce domaine et que les avantages accordés aux IDE prennent encore davantage d’ampleur ».

Le diagnostic dressé pour l’ensemble de la Méditerranée s’applique moins à la Tunisie : dans la région, il y a un problème frontal d’environnement d’affaires et d’image. On n’est pas dans un pays avec des relations avec l’administration, des problèmes de réglementation, une lourdeur des procédures, d’image … qui freinent considérablement l’attractivité des IDE, estime-t-il.

Dans ce sens, les études réalisées par la Banque mondiale le confirment, «je dirais que la Tunisie est le bon élève de la région. Parmi les 12 pays Meda, c’est celui qui a obtenu le meilleur classement du point de vue de la mesure de l’environnement des affaires qui est fait par la Banque de France dans son rapport annuel,  » Doing Business « . La Tunisie est, non seulement, bien classée, mais son classement s’améliore pour rejoindre pratiquement celui de certains pays du nord de la Méditerranée », affirme M. Hatem.
Et d’appuyer : «De ce point de vue, je pense qu’il y a une exemplarité tunisienne, il y a certes encore des faiblesses, des zones de difficultés mais il y a vraiment des efforts considérables faits en Tunisie pour améliorer l’environnement des affaires et dont des pays voisins peuvent s’inspirer avec beaucoup de profit. Ainsi, les perspectives ne peuvent qu’être prometteuses ».

Z.M.

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* Anima : structure de coopération des agences de promotion des investissements euroméditerranéens dans le cadre d’un programme financé par l’Union Européenne  et réunissant  les 10 agences des pays Meda concernés par les accords d’association avec l’UE.

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