Paris : le point de départ de l’internationalisation du tango

zalko 1 Editeur : La Salida n°18

Auteur : Nardo Zalko

Paris : le point de départ de l’internationalisation du tango

Le processus d’internationalisation du tango a commencé avec son débarquement à Paris. Mais quand ? Peut-être accosta-il à Marseille en 1906, quand les marins de la frégate «Sarmiento » laissèrent des partitions de « La morocha » et de « El choclo » qui prirent rapidement les chemins de la capitale. Selon un autre récit, c’est un violoniste de la ligne transatlantique Le Havre- Buenos Aires, Pierre Baetz, également propriétaire d’une maison d’éditions musicales, qui aurait ramené, au cours de ses nombreuses traversées, à la fin des années 1980, des partitions qu’il publiait presque clandestinement en France. Le chroniqueur mondain André de Fouquières donne une autre version dans ses mémoires « Mon paris et ses parisiens » : « La demeure (de Mme d’Yturbe) était un lieu rêvé pour les réceptions qu’elle ne se faisait pas faute d’y donner. C’est là que fut dansé pour la première fois le tango en 1895. Ses importateurs étaient le fils du marquis del Muni, Tinito, et le Comte de Pradère qui devint plus tard Ministre d’Espagne à la Haye ».

Pour sa part, Francisco Canaro raconte dans ses mémoires qu’un industriel français, invité à passer une nuit dans un cabaret clandestin – celui de Laura ? Celui de Marie la Vasca ? – y aurait entendu « El choclo ». Enthousiaste, il aurait ramené à Paris un paquet de partitions.

Quant aux premiers tangueros du rio de la Plata, ils sont arrivés à Paris en 1907. Rien moins qu’Angel Villoldo, «le père du tango » et un couple d’acteur, l’uruguayen Alfredo Gobbi et son épouse chilienne Flora Rodriguez. Pendant leurs sept années en France, ils multiplièrent enregistrements et tournées dans les capitales européennes. Alfredo Gobbi écrivit et publia à cette époque une longe série de tangos. L’année de leur arrivé, le très respectable orchestre de la garde républicaine de Paris enregistrait le tango « El Sargento Cabral » de Manuel Oscar Campoamor : un rendez-vous de deux minutes et demi avec l’histoire.

Nardo Zalko

Deux témoignages de tangueros argentins en France

Extrait d’une lettre de Carlos Gardel à un ami de Buenos aires, 1929

« en ce moment, je me prépare à chanter à l’opéra de Paris, ce théâtre dont nous avions tant parlé dans notre jeunesse ; qui aurait pensé, au pays, il y a 16 ans, que je chanterais un jour à l’Opéra, devant toutes ces personnalités, à commencer par le président de la République et ses ministres ! ».

Extrait d’une lettre d’Astor Piazzolla à José Gobello, 1955

« Mon activité à Paris est seulement d’étudier. Je regrette que mon séjour dans cette ville soit si court, il me faudrait au moins deux ans pour arriver à connaître tout ce dont j’ai besoin. Je dois retourner travailler à Buenos Aires, avant de pouvoir revenir un jour dans cette ville si belle et si indispensable. Je vais enregistrer à Paris, avec un ensemble dirigé par moi-même. Et je tiendrai aussi le bandonéon soliste ; les tires de mes quatre tangos sont « Preparense », « Maron y azul », « Imperial » et « SVP » ; ce dernier composé en collaboration avec un musicien français, Marcel Feijoo. Cet enregistrement se fait le 17 janvier, avec un ensemble de 8 violons, 2 altos, 2 violoncelles, harpe, piano, basse, et moi-même en soliste. Le tango plaît énormément ici et, par chance, on aime le bon, puisque les musiciens et les publics penchent pour les orchestres de Troilo, Francini-Pontier, Salgan, Fresedo, Pugliese, ils ignorent le reste ».

Extrait du livre de Nardo Zalko, « Un siècle de tango, Paris-Buenos Aires.

Pour en savoir plus sur la France et le tango : /2004-12-10/la-salida-n-29-le-tango-et-la-france/

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