Souvenir d’un (trop bref) séjour à Buenos-Aires, ou pour en finir avec le mythe du « vieux milonguero »

Editeur : La Salida n°44, juin à septembre 2005

Auteur : Maud

Souvenir d’un (trop bref) séjour à Buenos-Aires, ou pour en finir avec le mythe du « vieux milonguero ».

Après quelques année de pratique assidue de tango argentin, je me sens mûre pour fréquenter les milongas de Buenos Aires et nous prenons notre envol pour « là-bas », sous la houlette de Charlotte et Miguel, en excellente compagnie de quelques mordus de « Mordida de Tango ».

Mes premiers essais quant à la fameuse invitation par le regard s’avèrent décevants mais, un soir, Ô miracle, j’accroche celui d’un vrai « vieux milonguero »: le costume blanc cassé impeccable, le chapeau idem, l’âge (il doit être octogénaire), tout y est et me voici l’heureuse élue parmi quantité d’autres danseuses!! De retour en France, quand je vais raconter ça à mes copines de Corazon de Tango, elles vont en verdir de jalousie!!

Je me lève, les jambes presque flageollantes: vais-je être à la hauteur de la situation dans les bras de ce rescapé des années 40?

Restons calmes, je ne suis pas une débutante, que diable et en route pour l’aventure…

J’ai d’abord droit à un véritable interrogatoire: suis-je venue pour danser? Sais-je danser? … Mes misérables connaissances dans la langue de Cervantès me permettent cependant de répondre par l’affirmative et je me confie, non sans émotion, à ce partenaire inespéré.

Après les quelques mesures traditionnelles d’attente, il s’élance et me fait faire quelques pas, un ou deux ochos et, soudain, s’arrête au beau milieu de la piste en faisant de grands moulinets avec son bras gauche, me regardant d’un œil sévère et commence à me sermonner copieusement.

Je ne comprends pas grand’ chose mais il est certain que ça cloche…

Je garde vaillamment le sourire: il ne va tout de même pas me larguer déjà au milieu du premier tango?? Non, nous repartons et je m’applique plus que jamais en me remémorant toutes les recommandations faites par mes professeurs: la tenue, l’axe, la musique, l’écoute, la disponibilité, mais rien n’y fait, le manège recommence et il s’interrompt fréquemment, toujours après quelques grandes enjambées, faisant de terribles moulinets avec son bras gauche, tout en me déstabilisant constamment… Et j’affiche toujours un sourire héroïque en m’attendant à être jetée à chaque instant…, souhaitant et redoutant à la fois cet instant fatal…

Je ne sais plus au bout de combien de temps cela s’est terminé mais j’ai regagné notre table avec soulagement, l’envie de danser volatilisée!!

De là, j’ai pu ensuite observer l’attitude systématique de ce phénomène: il semble que son grand plaisir soit d’inviter uniquement des étrangères et de les mettre en difficulté! Ouf! Je ne suis donc pas la seule à subir sa vindicte et, au cours de la soirée, j’aurai l’occasion de dénombrer plusieurs autres victimes de ce « vieux milonguero »……

Et pour que ce bilan ne soit pas complètement négatif, sachez bien, mes sœurs tangueras, que j’ai eu l’occasion de danser avec d’autres milongueros, lesquels m’ont gentiment gratifiée de quelques « muy bien » extrêmement réconfortants.

Et j’ai bien l’intention de retourner à Buenos Aires, en évitant soigneusement désormais ce genre de redoutable « compadre »…

Maud

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