Tango des noirs et noirs du tango : quelques figures historiques marquantes

balnoir Editeur : La Salida n°32, fevrier-mars 2003

Auteur : Fabrice Hatem

Tango des noirs et noirs du tango : quelques figures historiques marquantes

La parda (« négresse ») Carmen. Vers 1854, elle ouvrit au centre de Buenos aires une « Academia » (académie de danse) où se côtoient des personnes d’origines sociales très diverses. Une de ses concurrentes, Agustina, également d’origine noire, déposa un plainte à la police en lui reprochant d’avoir jeté un sort à son propre « Perigundin » (café dansant), avec l’aide d’un sorcier noir, pour en détourner les clients.

Gabino Ezeiza. Vers 1860-1870. Un des payadores (poètes improvisateurs) les plus célèbres. Inventeur du contrepoint dans la Payada. Un très beau poème, « Los Adios de Gabino Ezeiza » a été composé en sa mémoire par Hector Blomberg.

El Negro Casimir (1840 – ? ?). Violoniste, compositeur, un peu souteneur. Une figure importante de l’évolution esthétique conduisant à l’invention du tango-milonga. Œuvres majeures : Entrada Prohibida, La Yapa

El Mulato Sinforoso. Fin du XIXème siècle. Compositeur, interprète, qui a sans doute joué et écrit avec le Negro Casimir.

Rozendo Mendizabal (1868-1913). Pianiste, compositeur. Issu d’une famille noire aisée, reçoit une solide formation de pianiste. Après avoir gaspillé sa fortune dans une existence de désœuvrement, gagne sa vie en enseignant la musique. Joue dans des lieu de plaisir comme « El tarana » (qui deviendra plus tard chez Hansen), L’un des inventeurs du tango-milonga. Auteur notamment de El entreriano, (1897), A la luz de los faroles. Meurt dans la misère en 1913.

Jorge Machado. Accordéoniste, compositeur. Donnait pour titre à ses œuvre des numéros. Sa première pièce, tango n°1, date de 1883.

Sebastian Ramos Mejià (surnommé « El Pardo Sebastian »). Fin du XIXème siècle. L’un des introducteurs du bandonéon dans le tango.

Carlos Posadas. Né en 1874, dans l’une des rares familles noires aisées de l’époque. Reçoit une solide formation musicale classique en Europe. Compositeur, violoniste, pianiste. Auteur notamment de El tamango, Cordon de oro,…

Leopoldo Thompson. Musicien autodidacte, il commence sa carrière de contrebassiste en 1916. Il est connu notamment pour sa participation au Sexteto de Julio de Caro. Créateur de l’effet « cayengue », consistant en une combinaison de coups produits sur les cordes avec la main gauche libre à la tige de l’archet maniée avec la main droite. Un des seuls musiciens noirs de tango encore en activité après 1920.

Celediono Flores (1896-1947). Poète de la ville, des quartiers populaires avec leurs figures typiques et des drames individuels engendrés par la misère et l’injustice. Surnommé « El negro Cele ». Auteur notamment de : Por la pinta (devenu ensuite « Margot », Mano a mano. Son œuvre ne fait cependant pas spécifiquement référence à la problématique de la négritude.

Alberto Castillo (1914-2002). De son vrai nom Alberto de Luca, il est issu d’un famille d’origine italienne. Médecin de formation, il abandonne son métier pour le chant. Surnommé le « Chanteur des 100 quartiers portègnes », il est connu pour son style provocateur, sa gestuelle très appuyée. Il se présente volontiers comme un chanteur populaire, exprimant l’âme du peuple portègne contre les « bourgeois » et les « bien-pensants ». Compagnon de route du mouvement péroniste, il crée en 1947 un orchestre « Candombe » ou participent des danseurs et joueurs de tambour noirs. Compose et/ou interprète de nombreux Candombe, comme Charol, Moneda de cobre, Baile de los morenos. La chute du péronisme en 1955 porte un coup très dur à sa carrière. A également particpé à de nombreux films comme Adios pampa mia, Alma de bohemio, La barra de la esquina. Musica, alegria y amor.

Sebastian Piana (1903-1994). Musicien, issu d’une famille d’origine italienne. Au début des années 1930, Il prend l’initiative, avec le poète Homero Manzi, de redonner vie au style de la « milonga », qui avait connu une éclipse de plusieurs dizaines d’années au début du siècle. Compose notamment Milonga del 900, Milonga triste, Betinoti, Milonga de Puente Alsina, Milonga federal, milonga de los fortines. Il forme ensuite un orquesta Tipica candombe, puis développe l’éphémére style dit « milonga candombe », avec des compositions comme Papa Baltasar, Aleluya, Pastelera, Pena Mulata, Carnavalera. Ses recherches inspirèrent d’autres musiciens, comme Franscisco Canaro (Pinta brava, El caramello, Candombe..), Lucio Demare (Negra maria..), Hector Stamponi (Azabache..).

Fabrice Hatem

Le tango a-t-il rompu avec ses origines noires et espagnoles ?

« Les jeunes musiciens tangueros de la génération de 1895 se libèrent presque complètement des éléments rythmiques, mélodiques et esthétiques définissant les autres cultures présentes dans le Rio de la Plata, et notamment des influences africaines et espagnoles. La véritable esthétique du tango est avant tout innovatrice. Il ne reste rien dans celui-ci des tamboriles africains ou du folklore colonial. Et tout ce qui y provient d’autres cultures et perdure ensuite – comme les instruments musicaux ou l’harmonie qui sont d’ascendance européenne -, le tango le soumettra à la puissante aventure personnelle qui lui donne de par sa simple naissance, de par le seul fait d’exister et de vivre, une personnalité autonome, entièrement créole (native), acquise grâce au talent de ses musiciens qui sont aussi des natifs ».

Horacio Ferrer, El siglo de oro del tango

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