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Vie associative

Radioscopie des festivals d’été

ImageEditeur : La Salida n°34, juin à septembre 2003

Auteurs : Francine Piget et Martine Peyrot

Radioscopie des festivals d’été

Depuis quelques années, les festivals de tango fleurissent de juin à septembre : pas moins de 15 cette année dans notre seul pays, sans compter se qui se passe hors de nos frontières. Nous avons voulu faire le point sur de phénomène, tout en vous fournissant des informations complémentaires à celle de l’agenda. Peut-être quelques nouvelles idées pour vos vacances d’été…

Une origine récente

La plupart des manifestations ont moins de 10 ans d’existence. L’une des plus anciennes est sans doute la feria d’Alès. Celle-ci, fondée en mai 1991 par Henri Vidiella et Catherine de Rochas, réussit dès la première année à attirer, sans beaucoup de communication, plus de 60 participants autour de trois couples d’enseignants venus de Paris . Une réussite qui suscita rapidement des émules : Sitgès, fondée en 1993 et qui fête cette année, du 16 au 20 juillet son dixième anniversaire (www.tangositges.com) ; Tangofolies, inaugurée à Lausanne à la Pentecôte 1994 ; la semaine internationale de Nimègue, fondée en 1995 (dernière édition : du 1er au 6 juillet 2003.Rens : www.elcorte.com). Prayssac, fondée par Le temps du tango en 1996 ; l’été du tango de Nîmes et le festival de Tarbes, en 1998 ; et plus récemment, les festivals de Berlin et de Chaillot en 2001.

Une professionnalisation progressive

L’histoire de ces festivals est souvent caractérisée par l’évolution progressive, à partir d’initiatives confidentielles, à la logistique rudimentaire, vers des manifestations plus ambitieuses, attirant au fil des ans un public toujours plus nombreux. Comme le disent les organisateurs de la Feria d’Alès : « la première manifestation réunissait 60 participants, puis 120 l’année suivante et, dès 1993 près de 300 fous de Tango venus de toute l’Europe. Le bouche à oreille ( à défaut d’internet) avait bien fonctionné ». Même évolution à Prayssac, où le nombre grandissant de danseurs conduisit les organisateurs à mobiliser de plus en plus largement les capacités d’hébergement locales : hôtels de Prayssac puis des environs, campings, gîtes ruraux et autres relais et châteaux, selon les goûts et les bourses..

Offrant au départ un ou deux stages seulement animés par un petit nombre d’enseignants, les festivals « élargirent » peu à peu leur offre au fil des ans : accroissement du nombre de stages de tango, mis aussi activités de plus en plus diverses. Ainsi, Tarbes, en plus des cours de danse, propose également un stage de musique animé par l’orchestre de Nestor Marconi. Nîmes ou Prayssac offrent aujourd’hui une gamme d’activités très diverses : conférences, expositions, cours de be-bop, concerts, etc.

La taille et la complexité croissante des festivals augmente la charge de travail des organisateurs et se traduit par une tendance à la « technicisation » de cette activité. Cette tendance est encore accrue par l’expansion du « marché » du tango, autrefois minuscule, aujourd’hui suffisamment large pour rentabiliser des projets de grande ampleur. Ceux-ci font appel à des équipes de professionnels rémunérés, et non plus seulement, comme il y a dix ans des amateurs bénévoles motivés par la seule passion du tango. C’est par exemple le cas pour le festival « Paris-Buenos Aires tango», qui mobilisera le personnel du théâtre national de Chaillot pendant la deuxième quinzaine de mai pour accueillir 40 vedettes internationales du tango. On n’y compte plus les participants par centaines, comme dans nos plus grands festivals associatifs, mais pas milliers, avec des budgets dimensionnés en conséquence.

L’afflux des intervenants

La montée en puissance des festivals se traduit par une conséquence assez simple : cet été, la France verra défiler sur son sol une très grande partie du « gotha » des enseignants et artistes de tango dansé, parmi lesquels on peut citer, entre beaucoup d’autres : PabloVeron, Facundo et Kelly, Metin Yazir, Eduardo Cappussi et Marina Flores, « El Flaco» Dany et Elina Roldan, Carlos Gavito et Maria Plazaola, etc. On notera en particulier que des festivals comme Tarbes et Chaillot ont réussi à attirer des « grands noms » qui depuis quelques temps boudaient la France, comme Osvaldo Zotto et Lorena, Gustavo Naveira et Gisele Anne. Ces visiteurs illustres viendront rejoindre les artistes français ou ayant choisi de résider en France, comme Victoria Vieyra et Pablo Tegli, Maria Bellen et Santiago Giachello, Véronique Guide et Julio Luque, Armando Copa et Valérie Lafore, Sandra Messina, Moira Castellano, etc.

L’adossement à des structures plus larges

L’augmentation du nombre d’activités proposées et du prix de intervenants entraîne une inflation des budgets et une augmentation des risques financiers. Il devient de plus en plus difficile à une structure isolée d’en assumer seule la charge. Certains festivaliers ont pu résoudre cette difficulté grâce au soutien des collectivités locales. C’est par exemple le cas à Tarbes, où le festival a bénéficié dès le début d’un appui important de la mairie, ou encore à Menton. Dans d’autres cas, c’est la coordination entre plusieurs associations qui a permis, outre la mise en commun de certains moyens, d’éviter des duplications et des concurrences ruineuses. C’est par exemple le cas en Provence cette année, où « neuf associations de tango ont uni leur action pour proposer un programme commun dans une zone géographique délimitée par Arles, Villeneuve lez Avignon, Avignon, Anduze, Tarascon, St Julien Les Rosiers ». (perso.wanadoo.fr/sud.tango/) .

Les plaisirs de l’été

Beaucoup de festivals d’été offrent, au delà de leur programmation stricto sensu, l’attrait de villégiatures agréables : vallée du Lot avec ses ressources touristiques et culinaires pour le festival de Prayssac, beauté des villes et des villages de Provence, proximité de la mer à Sitgès…. Mentionnons également les possibilités offertes par l’Italie. Virginia Gift Nous décrit par exemple la Roggia en Ombrie : « Elle est située entre Rome et Florence, sur les colline du lac Trasimène, au milieu d’un parc rempli d’oliviers, avec une piscine et une terrasse à la vue magnifique ». des stages de tango y sont organisés de mars à novembre, avec également des possibilités d’excursions, de cours de cuisine, etc. (Rens : http//www.rogaia.de/english.htm ou 00 39 075 845 457). Un stage est également proposé à Naples fin juillet ( www.tanotango.it) et à Turin au début du même mois (4 au 6 juillet. Rens : http://www.a-torino.com/eventi/torinodanza03.htm).

L’élargissement des horizons

Si la plupart des festivals précédents restent focalisés sur le seul tango, d’autres affichent une ambition ou une programmation « multiculturelle ». C’est par exemple de cas du festival de danse de Montpellier début juillet, ou encore du festival des Suds à Arles à la mi-juillet. Quant au festival « La noche » de Lille (14-15 juin), il propose depuis maintenant 5 ans une exploration des musiques du monde associant esprit festif et réflexion militante sur les échanges nord-sud, l’économie solidaire et la protection de l’environnement. Il réunit cette année plus de 30 artistes et groupes du monde entier au Jardin des Plantes de Lille. Au programme : musiques afro, latino, reggae, house, salsa, latin jazz, tango…

Quant à la semaine international de Nimègue (1 au 6 juillet), elle réunit chaque année, autour de Eric Jorissen et de l’équipe de El Corte, une centaine de participants de 20 pays. L’une de ses originalités consiste à limiter le nombre de participants par pays de manière à favoriser les brassages.

Il y en a vraiment pour tous les goûts !!!

Francine Piget et Fabrice Hatem
(remerciements à Virginia Gift)

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