Padre Pico, rue de mon coeur

Paris, le 25 Août 2011

A Santiago de Cuba, il y a une rue très chère à mon cœur : la rue Padre Pico. C’est là que j’habite, lorsque je viens ici, dans une petite maison bleue : la maison de Maritza (je n’ose pas ajouter qu’elle est accrochée à la colline, qu’on y vient à pieds, et que sa porte est toujours ouverte, mais pourtant, c’est vrai).

La rue Padre Pico est l’une des rues les plus anciennes de Santiago. Elle est située à deux blocs d’immeubles en contrebas de la place Cespédès, en allant vers la baie. Depuis la place, on y accède en descendant l’une des rues en pente qui conduisent au quartier d’Almendares, dans les environs du port.salsa/cuba/voyage2011/padrepico/descendepico1.jpg

C’est une rue étroite, légèrement en pente, qui débouche sur de grands escaliers, la Escalinera Padre Pico. En haut de ces escaliers, on se trouve déjà dans le quartier de Tivoli.

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Et, de là-haut, on a aussi une vue plongeante sur toute la rue Padre Pico.

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En descendant depuis la rue Padre Pico quelques rues en pente comme celle que vous voyez ci-dessous, on a vite fait d’arriver sur le port.

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La rue est bordée de petites maisons basses, de plain-pied ou à un étage.

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Il y a quelques maisons à deux étages, mais elles font un peu figure ici de gratte-ciel. Des gratte-ciel où du linge coloré pendrait aux fenêtres pour sécher au soleil

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Toutes les maisons ne sont pas bon état, mais certaines, mieux entretenues que d’autres, ont un aspect assez avenant,avec leursjolis balcons en fer forgé blanc.

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Et, de toutes façons, le quartier est charmant, plein de vieilles pierres, delarges terrasses etde grands arbres aux fleurs colorées.

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En fait, les maisons ne sont pas très confortables. Parfois, pour faire pipi, il faut attendre que l’eau soit rétablie. D’autres fois, c’est l’électricité qui est en panne. Les maisons sont petites et un peu sombres (on habite au rez-de-chaussée, et les fenêtres sont très étroites). Et les toitures non plus ne sont pas toujours de première fraîcheur. Quand il pleut trop fort, elles laissent un peu passer l’eau.

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Parce qu’il ne faut pas que vous imaginiez qu’à Santiago, il y a tout le temps du soleil. En fait, il pleut souvent, et les averses se transforment souvent en déluges. Alors, les parapluies sont indispensables ici ! Comme par exemple le jour de la « fête du Feu », en juillet dernier, où le défilé a été un peu gâché par la pluie. Remarquez que les parapluies, ça peut être mignon, quand c’est tout coloré !!

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Heureusement, il y a les terrasses, de grandes terrasses au premier étage, grandes comme toute la maison du rez-de chaussée. On y est protégé du soleil par des toits en tôle ondulée.

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Comme la rue est à flanc de coteau, on a des vues superbes sur la ville, sur la baie, sur les montagnes environnantes. Quand il fait beau, c’est magnifique. Quand il y a un gros orage aussi.

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Et quand la nuit tombe, il n’y a rien de plus agréable que de d’asseoir là, un bon verre de rhum à la main, en regardant la ville et ses toits…

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Sur la terrasse de Maritza, j’ai été si heureux !! J’ai mangé de bons plats de crevettes, j’ai bu du rhum Añelo 7 años, j’ai invité pleins d’amis à diner…

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… J’ai donné des boulettes de bonne viande à mon chat roux favori en cachette de Maritza qui me l’avait formellement interdit…

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J’ai vu passer les cumparsas de la fête du Feu…

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…J’ai dansé…

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… J’ai vu mes amis danseurs donner leurs cours et répéter leurs chorégraphies…

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…J’ai participé à des fêtes magnifiques…

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… Avec toujours plein de jolies filles…

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… Et de gens qui aiment s’amuser.

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La rue Padre Pico est presque aussi vieille que la ville de Santiago. Ici, il s’est passé plein de choses liées à la musique cubaine. Les personnages des chansons de Miguel Matamoros – la petite fille de Son de la Loma, La voisine de La mujer d’Antonio – passaient surement très souvent dans la rue Padre Pico. La jeune femme qui servit de modèle à Macusa, l’amante traîtresse de la chanson éponyme de CompaySegundo, habitait aussi ici. Cette rue, c’est un peu comme l’une des collines mythiques où la chanson populaire cubaine prendrait ses sources…

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Il faut aussi vous dire que, dans la rue Padre Pico, il passe très peu d’automobiles. Alors, les gens vivent dans la rue, surtout en été, lorsque la chaleur est insupportable dans les petits rez-de-chaussée étroits des maisons.

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Il y a donc toujours plein de monde dehors. Des enfants qui jouent, des vieilles voisines en bigoudis qui papotent, des jeunes voisines qui allaitent leur môme ou bien vous demandent sans façons si vous aimeriez être leur novio, des joueurs d’échecs et de dominos assis devant les entrées des immeubles, des gars qui fument en discutant ou en écoutant de la musique et vous tapent d’un cigaretteau passage, des vendeurs à la sauvette qui vous proposent des petits jouets en plastique, de la colle cyanolite, des mangues…

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En haute saison, comme certaines maisons accueillent les étrangers, on voit quelques touristes dans les rues, mais dans des proportions raisonnables. Les « yumas » se fondent dans le paysage sans se faire trop embêter, même si tout le monde les remarque quand ils passent (sur cette photo, les gens ne sont pas en train de guetter les touristes, mais regardent une cumparsa d’enfants arriver au coin de la rue).

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Quant à moi, tout le monde me connaît maintenant : je suis « le Yuma de Maritza ». Comme celle-ci est très populaire et accueillante – sa porte est toujours ouverte – cela me simplifie la vie et me donne un « statut social » dans la rue Padre Pico. Alors, je suis toujours tranquille, à toutes les heures du jour et de la nuit. Je me sens en sécurité, au milieu de tous ces gens pas toujours riches et à la peau souvent foncée. Dans n’importe quelle autre ville du monde, c’est exactement le genre de quartier où des types comme moi ne vont jamais. Mais ici, aucun danger, c’est familial et amical.

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Dans le rue Padre Pico, il se passe toujours quelque chose. Par exemple, après des travaux de voirie ou une inondation, tous les voisins se mettent à laver et à nettoyer ensemble. On appelle cela le « travail collectif volontaire ».

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Il y a souvent aussi des fêtes. Un jour, c’est les voisins que se réunissent dans la rue, autour d’un lecteur de CD poussé à tue-tête et d’une bouteille de rhum, pour danser tous ensemble. Un autre jour, ce sont les cumparsas de carnaval qui défilent, le dernier jour de la fête du feu, début juillet, pour aller brûler le diable au bord de la mer, près du port, dans le quartier Almendares.

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On voit aussi des cumparsas d’enfants défiler dans les rues, surtout au moment du carnaval, en jouant du tambour et en dansant.

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Et puis, quand passe la grande conga, à deux rues de là, tout le monde se précipite pour aller la regarder. Le passage de la conga, c’est un événement important, ici.

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Il faut dire aussi que la rue Padre Pico, c’est un peu bruyant. Cela commence vers cinq heures du matin, avec le passage de la benne à ordure avec sa grande cloche, qui réveille toute la rue pour dire « je suis là, pour les ordures, c’est le moment ». Mais on le sait bien, depuis le temps, qu’elle passe tous les jours à la même heure. Il n’y a pas besoin de faire tout ce raffut !!! Ensuite, on entend passer les pregoneros, les marchands ambulants – de fruits d’œufs, de pain, de fleurs etc. à pied ou en carriole à cheval. Ils ont tous leur petit refrain pour vanter leur marchandise.

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Au début, je trouvais cela formidable et je voulais même faire un reportage sur « cette merveilleuse coutume santiaguera toujours vivante, authentique source de la musique populaire cubaine, etc. etc. ». Mais, à force d’être réveillé à six heures du matin par un marchand de pain chantant faux ou un balayeur tirant sa carriole métallique dans un grand bruit de ferraille, j’ai fini par rêver du jour où l’ouverture d’un super-Casino ou d’un Auchan géant à Santiago entraînera la disparition des Pregoneros, me permettant enfin de dormir jusqu’à sept heures du matin. Dieu des Soneros, pardonnez-moi ces mauvaises pensées !!!

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A partir de sept heures, l’ambiance sonore devient très intense : cris d’enfants charrettes à cheval, voisines qui s’interpellent d’une terrasse à l’autre, télévision, musique de salsa poussée à fond (par respect pour les voisins : ici on partage tout, même le bruit), disputes, et même parfois un camion ou une voiture… Cela dure jusque vers minuit ou une heure du matin. Après quoi, on à droit à quatre heures de repos et ça recommence…

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Mais il faut que je vous présente mes amis de la maison et de la rue. Elle, c’est Maritza, la propriétaire de la maison, en train de souffler les bougies de son gâteau d’anniversaire sur sa terrasse. Elle a une grosse voix, elle est un peu autoritaire, mais elle a vraiment le cœur sur la main, et tout le monde l’aime bien dans le quartier.

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Lui c’est Rafael, l’ami de de Maristza et aussi mon premier professeur de salsa à Santiago. Il est attentif, intelligent. Comme il est professeur d’éducation physique de formation, il est compétent en ce qui concerne la préparation corporelle à la danse. Là, on le voit pendant une fête (à gauche sur la photo).

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Eux, ce sont des cousins, des amis et des familiers de Maritza qui passent souvent dans la maison pour lui dire bonjour.

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Voici Gladys, sœur de Rafael, qui prend soin de mes cheveux et de mes ongles, mais qui est aussi une très agréable danseuse.

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Et puis, il y a Alexis, qui fut mon premier guide dans les rues de Santiago. Ici, on le voit avec sa fille, Lisa, qui était une danseuse débutante à mon premier voyage, mais qui a fait en quelques mois d’incroyables progrès… Et puis, c’était encore une gamine un peu verte, depuis elle est devenue une femme superbe…

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Elle, c’est Irène, la « bonne à tout faire ». C’est elle qui prend soin de moi, me lave le linge et la chambre, me prépare à manger. J’aime beaucoup Irène. Elle est très aimable et très calme. Elle fait très bien la cuisine. On la voit ici, en compagnie de Maritza.

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Je suis allé au marché à plusieurs reprises avec elle, notamment dans un marché couvert, dit « climatisé », tout près de la rue Padre Pico, où j’ai pris de nombreuses photos.

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Voici un étalage de légumes.

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Voici le rayon viande. De loin, ça à l’air joli, mais de près, ça donne envie d’être végétarien.

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Voici aussi quelques fruits.

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Il y a d’autres marchés dans le coin, mais ils sont souvent un peu décevants, parce qu’il n’y a pas grand-chose dans les étalages.

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Là, vous voyez la voisine qui m’a accueilli le premier jour de mon arrivée, à six heures du matin.Comme Maritza n’était pas réveillée, j’attendais sur le perron. Alors, elle m’a apporté un café, en peignoir et en bigoudis. C’est mon premier souvenir de Santiago.Pas du tout le profil des « jineteras » aguicheuses dont on m’avait tant évoqué les méfaits à La Havane… Sur la photo, elle est en train de faire du « travail volontaire », dans la rue avec Rafael.

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Eux, ce sont les voisins d’en face, sur le pas de leur porte. De temps en temps, quelqu’un met de la musique et on danse avec eux au milieu de la rue.

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Ils ont une fille aînée très sympa, avec en plus plein de jolies cousines.

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Elle, c’est la petite dernière des voisins.

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Dans la rue Padre Pico, j’ai aussi trois animaux favoris.Le premier est un petit chat roux. Lorsque je suis venu pour la première fois, en octobre dernier, c’était un tout petit chaton, qui adorait jouer avec moi et dormait blotti contre moi la nuit. Comme je croyais que c’était une chatte, je l’appelais « mi novia cubana », ma petite amie cubaine. Quand je suis revenu, un juillet dernier, il avait beaucoup grandi, et surtout, on s’était aperçu que c’était en fait un mâle. De ce fait, mes sentiments vis-à-vis de lui se sont un peu refroidis. Mais je continue à donner à cet animal intéressé, à l’heure de mes repas auquel il assiste régulièrement en miaulant, quelques petits bouts de viande…

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Le second est le chien fétiche de la maison, Simba, dont la spécialité consiste à venir se dandiner et faire son petit pipi en plein milieu du tournage d’une chorégraphie…

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Le troisième animal est un vieux cheval noir. Il tire une charrette de fruits et légumes, qui passe souvent devant les fenêtres de ma maison, rue Padre Pico. Cela a l’air très couleur locale, mais la dernière fois que je l’ai vu, il était agenouillé sur ses jambes de devant, épuisé, les naseaux saignants, et n’arrivait pas à se relever. Il a fallu le dételer. Il est peut-être mort à l’heure qu’il est. C’est triste.

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Je ne voudrais pas oublier non plus, pour finir, mes amis de danse. à commencer par Nano, mon professeur de rumba, ont j’ai souvent filmé les chorégraphies. Là, on le voit avec sa femme.

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Et puis, il y aussi Darita, ma principale partenaire de Salsa, avec laquelle j’ai réalisé une centaine de petites chorégraphies. Je lui ai aussi appris à danser le Tango.

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Voici la belle Maria, qui fut également ma partenaire de Salsa. On la voit ici assise entre Rafael et moi-même.

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Bon, voilà, c’est tout pour cette fois. Je te dis au revoir, ma rue Padre Pico si aimée. Mais je reviendrai bientôt, si Dieu me prête vie et si mon banquier me prête de l’argent.

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Fabrice Hatem

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