La reine du sud : Quand les narcotrafiquantes deviennent des héroïnes de roman

Ce magnifique roman d’aventure met en scène le personnage de Teresa Mendoza, née dans une famille pauvre de la région du Sinaloa, au nord-est du Mexique, et devenue l’une des plus grands trafiquantes de drogue d’Europe. Il est structuré autour de l’épanouissement progressif de la personnalité de Teresa, qui, confrontée à des périls extrêmes, trouve en elle la force de les affronter pour survivre et grandir. Mais son ascension est parsemée des cadavres de ceux qu’elle aimé, comme de ceux qui ont tenté de la tuer.

Le récit nous tient constamment en haleine dans l’attente du prochain rebondissement, habillement annoncé par une discrète allusion quelques pages auparavant. L’auteur réussit également à susciter chez le lecteur de profonds sentiments personnels – haine, peur, admiration, pitié, sympathie, tant à l’égard du personnage principal que des caractères secondaires : le premier amant, de Teresa, le pilote d’avion « Güero » Davila,, aventurier haut en couleur abattu par ses employeurs narcos pour s’être un peu trop vanté de ses exploits ; Santiago son second amant, qui prend des risques insensés pour transporter avec elle la drogue entre le Maroc et l’Espagne dans son hors-bord, et finira par en mourir à l’issue d’une poursuite haletante avec les douaniers espagnols ; Don Epifanio Vargas, l’un des chefs des narcos du Sinaloa, personnage redoutable qui a la générosité d’épargner la faible Teresa et de l’aider à fuir le Mexique, pour tenter de l’assassiner quelques années plus tard quand la puissance montante de celle-ci le menacera ; Pati, la bourgeoise toxicomane en rupture de respectabilité et compagne de cellule secrètement amoureuse de Teresa, qui partagera avec elle un fabuleux magot caché de cocaïne et l’aidera à se transformer en femme cultivée et élégante ; Pote Gàlvez, un tueur à gages deux fois envoyé pour la tuer et qui, épargné par elle, finira par devenir son plus fidèle garde du corps ; Oleg Yasikov, le trafiquant russe qui aurait pu facilement l’éliminer mais choisit de nouer avec elle une fructueuse et amicale collaboration…

Très bien documenté, le roman nous fait pénétrer dans l’univers des narcos, avec leur violence extrême, mais aussi leurs codes d’honneur et leurs éclairs de générosité.  Inspiré en partie de la vie de la « Narca » Sandra Ávila Beltrán, il nous fait également découvrir le répertoire des narcocorridos,  ces chansons du nord du Mexique interprétés par des groupes très populaires là-bas comme Los Tigres del norte et Los tucanes de Tijuana, et qui tirent leur inspiration des exploits des narcotrafiquants.

La Reine du Sud a fait l’objet d’une adaptation à l’écran sous la forme d’une télénovela qui a rencontré un immense succès dans toute l’Amérique latine et tout particulièrement au Mexique.

Perez Reverte Arturo, 2003, La reine du Sud, trad. François Maspero, Editions du Seuil, 523 pages

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *