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Cinéma cubain et de salsa

Sept jours à La Havane

Fictions, France-Espagne-Cuba, 2012, 129 minutes

ImageSept réalisateurs de cinéma livrent chacun, à travers un court-métrage de fiction, leur vision de La Havane d’aujourd’hui, de la vie quotidienne de ses habitants, des expériences qu’y vivent les visiteurs étrangers.

La critique n’a pas été très tendre avec Sept jours à La Havane, lui reprochant, entre autres, le décousu de la trame générale, le manque d’originalité de certaines œuvres… Cette sévérité me semble injuste. J’ai en effet été très touché par ce film sensible, certes inégal et hétérogène, mais où j’ai retrouvé les échos d’expériences que j’ai vécues ou de situations dont j’ai été témoin lors de mes séjours à Cuba.

Commençons par les trois oeuvres mettant en scène des visiteurs étrangers. Dans le film de Elia Suleiman, justement intitulé Diary of a Beginner, j’ai reconnu, assez fidèlement rendus, certains des  sentiments qui furent les miens pendant mon premier séjour à la Havane : solitude, perte de repères, emploi du temps déstructuré par manque d’information, frustration vis-à-vis d’une ville tentante mais dans laquelle je ne parvenais pas à m’intégrer. Benicio Del Toro, dans El Yuma, analyse quant à lui de manière assez pertinente, quoique peut-être un peu décousue, l’ambiguïté des relations qui se nouent entre le touriste étranger et les autochtones, faites de fantasmes croisés (rêve de sensualité tropicale d’un côté, de richesse et de confort occidental de l’autre), conduisant à des relations faussées et à des déceptions mutuelles. Enfin, Je retiens de Jam session, de Pablo Trapero, la découverte émerveillée, par le visiteur de passage, de l’immense talent artistique du peuple cubain, capable de s’exprimer chez les gens apparemment les plus ordinaires (dans ce cas, un chauffeur de taxi interprété par Alexander Abreu).

Les quatre autres courts-métrages nous présentent Cuba telle
qu’il est vécu par ses habitants. J’ai retrouvé dans la tentation de Cecilia, de Julio Medem, un peu de la force tragique de Havana Blues, avec ses musiciens confrontés au dilemme de l’exil hors d’un pays aimé mais impossible à vivre. Juan Carlos Tabio, dans Dulce amargo, évoque avec un humour en demi-teinte des difficultés de l’existence quotidienne des cubains, leur lutte stressante pour y faire face et l’amertume que provoque en eux cette situation.

Les deux dernières séquences ont pour point commun le thème de la Santeria. Ritual, de Gaspar Noé, a pour héroïne une adolescente écartelée entre deux mondes : celui de la jeunesse cubaine avec ses danses de despelote et ses amours de rencontre ; et celui de la tradition, incarné par les principes moraux très stricts de ses parents adeptes de la Santeria. Ceci conduit à une très belle et inquiétante scène de désenvoûtement, que je serai toujours reconnaissant au réalisateur d’avoir filmé pour nous. Enfin, Laurent Cantet, dans La fuente, nous montre avec un humour pince-sans-rire l’importance de la santeria dans la vie collective des pratiquants, qui n’hésitent pas à épuiser avec une folie sympathique leurs maigres ressources pour honorer leurs saints.

Bien que les langages cinématographiques des sept auteurs soient très hétérogènes – comédie réaliste de Tabio, vides métaphysiques de Suleiman, inquiétante obscurité de Noé, etc. – une certaine cohérence scénaristique est esquissée par la réapparition des mêmes personnages dans différentes séquences. Les sept scénarios originaux, écrits séparément par les metteurs en scène, ont en effet fait l’objet d’une réécriture par le journaliste et homme de lettres cubain Leonardo Padura Fuentes afin d’accroître l’homogénéité de l’ensemble. Quant à la musique originale de Kelvis Ochoa et Descemer Bueno, elle est censée fournir, d’après ses compositeurs, un second fil directeur, dont je n’ai cependant pas bien perçu l’existence (à noter quelques très beaux passages musicaux dans le film, dont notamment un solo de trompette d’Alexander Abreu).

Sept jours à la Havane est au total un assez bon film, empli d’intuitions très justes sur La Havane et Cuba, qui mérite beaucoup mieux que les critiques parfois injustes et  inutilement méchantes dont il a fait l’objet.

Fabrice Hatem

Pour plus de renseignements : http://www.7joursalahavane.fr/

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