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Reflets du cinéma latino-américain

El Sueño existe (le rêve existe)

Documentaire de Carmen Luiz Parot, Chili, 2005, 190 minutes

ImageLe 11 septembre 1973, le président Chilien Salvadore Allende était assassiné à l’occasion d’un coup d’Etat militaire. Trente ans plus tard, les 5 et 6 septembre 2003, fut donné dans le Stade national de Santiago du Chili un concert historique pour commémorer ce triste événement. Sur les lieux mêmes où des milliers de personnes furent emprisonnées par la Junte pendant les premiers jours du Golpe et où le poète Víctor Jara fut assassiné, de très nombreux artistes, venus de toute l’Amérique latine, se produisirent devant un public immense. Le DVD El Sueño existe retrace les principaux moments de cet événement mémorable. Il vaut davantage, cependant, par son caractère de document historique et musicographique que par ses qualités musicales stricto sensu.

Document historique, le DVD l’est à un double titre. D’abord parce qu’il intercale, entre les scènes du concert lui-même, des images d’archives sur le parcours politique de Salvador Allende. Cette compilation, forcément un peu hagiographique, fait prendre la mesure de la force de conviction qui animait cet homme politique à l’immense talent d’orateur et des espoirs que son accession au pouvoir en 1970 fit naître au sein du peuple chilien de gauche.

Mais sa valeur est surtout musicographique. Il réunit en effet quelques-unes des plus grandes figures parmi les plus représentatives de la chanson engagée Latino-Américaine : Los Quilapayún, Gilberto Gil, Daniel Viglietti, Vicente Feliú, Silvio Rodríguez, Víctor Heredia, León Gieco, César Isella, José Seves, Isabel Parra, pour ne citer que quelques noms…

Il faut rappeler à ce sujet le rôle éminent que les artistes chiliens, aux premiers rangs desquels les regrettés Violeta Parra et Víctor Jara, jouèrent dans l’essor, au cours des années 1960, de cette Nueva Canción ou Canción Protesta progressiste. Celle-ci tire son inspiration du folklore populaire, mais y introduit des thèmes contemporains, liés à la vie quotidienne, à la dénonciation des injustices sociales et à l’espoir d’un monde meilleur.

Dispersés à travers le monde par les coups d’Etat militaires des années 1970, ces artistes ont pu à nouveau se réunir en 2003 à l’occasion de ce concert commémoratif – peut-être pour la dernière fois dans une distribution aussi complète -, pour interpréter quelques-uns des thèmes les plus emblématiques de la Nueva Canción : El pueblo unido, Soy loco por ti America, Sambalandó, Créeme, Lo único que tengo, Cita con Ángeles, Canción con todos, Por todo Chile

La vieille garde « latino-progressiste » des années 1970 fut renforcée pour l’occasion de quelques musiciens plus jeunes, comme les breakers du groupe Chilien TAG, la chanteuse brésilien Daniela Mercury ou le rocker argentin Pedro Aznar, ainsi que par quelques « honorable correspondants » venus d’autres parties du monde, comme l’indien Shalil Shankar – renforçant ainsi l’aspect « universaliste » de l’événement.

Emouvant et instructif, ce concert déçoit cependant un peu sur le plan strictement musical. Les interprètes, visiblement frigorifiés sous une pluie insistante, ont parfois du mal à donner la pleine mesure de leur talent. Du fait sans doute d’une sono défectueuse, ils semblent souvent chanter faux ou sont mal synchronisés entre eux. L’idée de faire jouer ensemble plusieurs orchestres, sympathique dans son intention, peut conduire, peut-être par manque de préparation, à un sentiment de cacophonie, surtout lorsqu’ils reprennent des thèmes étrangers à leur répertoire habituel. Les seuls moments musicalement corrects sont finalement ceux où un soliste ou un duo reprend, en s’accompagnant lui-même à la guitare, un thème de son propre répertoire : Víctor Heredia et León Gieco (Sólo le pido a dios), Gilberto Gil (Soy loco por ti America), José Seves (Sambalandó), Silvio Rodriguez (Cita con Ángeles).

Malgré ce gros défaut, ce concert constitue un magnifique témoignage sur l’un des courants majeurs de la musique populaire latino-américaine du XXème siècle.

Fabrice Hatem

Renseignements : www.sellooalerce.cl 

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