Intensive danse : un nouveau lieu de tango dans le quartier chinois de Paris

Dimanche 12 Août 2012

ImageDepuis quelques temps, le bruit courait dans les milongas parisiennes qu’un nouveau lieu de tango, l’école Intensive Danse, venait de s’ouvrir dans le 13ème  arrondissement. Le radio trottoir était plutôt élogieux : « grand », « beau parquet », « confortable », figuraient parmi les qualificatifs plus fréquents.

Muni de mon calepin et de mon appareil photo, je m’y rendis donc samedi dernier : c’est l’un des trois jours de la semaine, avec le lundi et le jeudi après-midi, où y sont actuellement organisées des milongas.

ImageLa première chose qui frappe – et déroute – c’est le cadre : l’école « Intensive danse » est en effet localisée rue de Tolbiac, sur le parvis du centre commercial des Olympiades. Autrement dit aux pieds d’une série de grandes tours qui créent à première vue un sentiment d’écrasement et d’anonymat. Le nouveau venu a de plus, un peu de mal à trouver son chemin au milieu de la succession mal balisée des devantures de boutiques et des entrées d’immeubles.

Cette première impression négative, cependant, dure peu : ou a vite fait d’être rassuré par l’omniprésence d’une humanité affairée, pacifique, et même assez conviviale : des rires et de la musique s’échappent des restaurants asiatiques et autres karaokés voisins. Car on se trouve ici en plein cœur du quartier chinois de la capitale.

ImageEt, finalement, l’école Intensive danse n’est pas si difficile à trouver que cela. Après s’être avancé un peu au hasard, et avoir dépassé un petit parterre d’arbustes et une succursale du Crédit Lyonnais,  on commence à entendre distinctement de la musique de tango, qui sort de l’un de ces grands espaces vitrés qui s’alignent, disposés plus ou moins en quinconce,  le long de l’esplanade.

On rentre alors presque directement dans une grande salle de danse, située au rez-de-chaussée, de plain-pied sur la rue. La transition entre le dépouillement minéral des grands ensembles des alentours et l’intimité feutrée de la musique de tango est un peu brutale, mais on apprécie aussi, du premier coup d’œil, la qualité du lieu, une école de danse bien aménagée et confortable : beau parquet de 200 m2, grands miroirs le long des murs, petit bar dans le fond, chaises et tables disposées autour de la salle, lumière chaude et tamisée…

ImageJe découvrirai, un peu plus tard dans la soirée, l’existence, au sous-sol, d’une seconde salle de répétition, plus petite – 90 m2 environ -,  mais bien aménagée elle aussi et décorée avec goût.

A mon arrivée, je suis accueilli par le fondateur du lieu, Fernando Regueira. Celui-ci est depuis longtemps un aficionado du 2X4. Il commencé à danser le tango il y a 20 ans à la maison de l’Argentine. Puis il a pris des cours pendant quatre ou cinq ans avec Jean-Claude Serre, qui était alors professeur de théorie de la danse à la Sorbonne : « C’était un enseignement culturel, pas commercial. Il nous faisait des conférences sur l’histoire du tango, la musicalité, la posture rythmique. Il nous expliquait que la différence entre les musiciens et les danseurs, c’est que les premiers créent le rythme alors que les autres créent un mouvement entre deux pulsations rythmiques. Il était très dur, très exigeant, mais nous l’aimions beaucoup. ».

ImageFernando a ensuite beaucoup fréquenté le Latina, où nous nous sommes souvent croisés. Nos souvenirs de danseurs débutants sont d’ailleurs assez proches : nous étions si impressionné, au début, par le niveau des habitués du lieu, et si timides et gauches après des danseuses … Il faut dire qu’elles n’étaient pas très empressées, alors, de répondre à nos invitations ! Hier soir, nous en avons beaucoup ri ensemble, mais à l’époque, cela ne nous amusait pas du tout !

Tout en poursuivant sa carrière d’enseignant en économie et en droit, Fernando caressait depuis plusieurs années le projet d’ouvrir une école de danse. Il y a quelques mois, il déniche ce local, où se trouvait auparavant un restaurant chinois. Il signe le bail, réalise des travaux importants où il investit une part significative de ses économies et ouvre son école le 16 juillet dernier. « Je l’ai appelé Intensive danse pour jouer les différentes significations du mot intensif : l’effort d’apprentissage individuel, l’engagement quotidien dans la danse, la force des sentiments éprouvés, mais aussi l’activité permanente de l’école tout au long de la journée et de la semaine…. »

ImageCar, à l’école Intensive danse, on ne pratique pas seulement le tango, mais aussi beaucoup d’autres danses de loisir : du rock, du country, du retro, de la salsa de la zumba… Depuis le matin jusqu’au soir, du lundi jusqu’au dimanche, les cours, les stages, les pratiques et les bals d’après-midi et de soirée d’enchaînent pratiquement sans interruption (voir programme sur le site de l’école).

Pour la partie tango, l’équipe pédagogique est composée par les danseuses Eloixa, qui a été l’une des fondatrices du Collectivo, et Sandrine Navarro. Quant au rôle de Dj, il est tenu par Kastrat et par mon vieux copain Philippe Stainvurce (photo ci-contre).

ImageJ’aime bien la programmation musicale de Philippe, qui associe trois ingrédients : une « base » dominante de tangos argentins traditionnels, qui donne aux danseurs le sentiment rassurant d’évoluer en univers connu ; une dose non négligeable de tangos venus du monde entier, russes, finlandais, français, Yiddish ou Judéo-arabe, qui procurent un agréable sentiment de dépaysement et de voyage ; et un soupçon de petites trouvailles décalées et amusantes, aiguisant l’inventivité et la curiosité du danseur, comme Youkali, ce tango-habanera composée par Kurt Weill et interprétée en français par Teressa Stratas. Cette programmation est par ailleurs servie par une sonorisation de très bonne qualité.

ImageComme la salle est elle-même bien aménagée – grand parquet, bar « cosy », très bon marché et sans alcool, lumière chaude et tamisée, climatisation fort bienvenue en été – toutes les conditions sont réunies pour passer une soirée de danse agréable.

ImageCe samedi soir, nous étions une petite cinquantaine de participants. Autant dire  que la grande piste était relativement dégagée, d’autant que de nombreuses personnes – d’origine chinoise pour la plupart – restaient assises pour observer. L’ouverture de l’école a en effet déclenché un afflux de débutants d’origine asiatique dans les cours d’initiation. Pour l’instant, ils apprennent avec application le pas de base et observent avec attention les plus avancés, mais gageons que parmi eux, se révéleront bientôt quelques excellents danseurs de tango… et qui sait, peut-être une future grande vedette des années 2020 !!!

ImageBien sûr, l’ouverture récente du lieu et la période estivale ne jouent pas pour l’instant en faveur d’une fréquentation très importante : les gens sont partis en vacances ou préfèrent danser dehors.

Mais les atouts de l’école – une programmation très dense, un lieu confortable et intelligemment animé, des prix très modérés (5 euros pour la soirée de milongas), draineront certainement bientôt vers les pistes de l’Intensive danse un flux substantiel et permanent de danseurs.

Et en sortant, vous n’avez que l’embarras du choix pour un bon diner chinois !!!

Fabrice Hatem

Pour en savoir plus : www.intensive-danse.fr

 

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