Tryptique santiaguero : le chat roux, le chien balourd et le vieux cheval

Santiago de Cuba, Dimanche 17 juillet 2011

A Santiago, dans ma maison de la rue Padre Pico, j’ai trois animaux favoris.

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Le premier est un jeune chat roux. Il s’appelle Mau. Lorsque je suis venu pour la première fois en octobre dernier, c’était un tout petit chaton, pas encore sevré de sa mère. La nuit, il miaulait devant la porte de ma chambre. Alors je lui ouvrais, on jouait ensemble à la pelote, et puis il s’endormait contre ma poitrine. Ensuite, il se mettait à me téter comme si j’étais sa mère.Le jour, il se précipitait vers moi quand il me voyait, pour continuer à jouer. Cela m’amusait beaucoup, et comme je croyais que c’était une chatte, je l’appelais « mi chica cubana », ma petite amie cubaine. Quand je suis revenu, un juillet dernier, il avait beaucoup grandi, et surtout, on s’était aperçu que c’était en fait un mâle. De ce fait, mes sentiments vis-à-vis de lui se sont un peu refroidis. Mais je continue à lui donner, à l’heure mes repas auquel cet animal un peu intéressé assiste régulièrement en miaulant, quelques petits bouts de viande en cachette malgré l’interdiction formelle de mon hôtesse, Maritza.

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Le second animal est une sorte de cooker marron clair ressemblant à une saucisse de Strasbourg, comme il en existe beaucoup à Cuba. Il s’appelle Simba. C’est l’animal fétiche de la maison, très placide, visiblement le préféré des propriétaires. Moi, je n’ai pas d’attirance particulière pour lui. Mais il est d’une drôlerie incroyable. Figurez-vous que sur la terrasse de ma maison, des danseurs professionnels répètent régulièrement des chorégraphies de Rumba, de Salsa, d’Afro-cubain, et même de Tango. Ensuite, ils filment souvent leur travail. Et, bien sûr, une fois sur deux, au moment le plus intense et le plus érotique de la danse, le chien arrive en se dandinant au milieu du cadre, fait son petit pipi devant la caméra et s’allonge pesamment, l’air un peu fatigué, juste entre les danseurs. Il n’y a rien de plus comique que de voir la mine déconfite des artistes et du réalisateur, voyant leur séquence irrémédiablement gâchée par l’irruption de cette icône de l’anti-érotisme. Bah ! On en est quittes pour enfermer Simba au rez-de-chaussée pendant que l’on re-filme la séquence…

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Le troisième animal est un vieux cheval noir. Je ne sais pas comment il s’appelle. Il tire une charrette de fruits et légumes, qui passe souvent devant les fenêtres de ma maison, rue Padre Pico. J’adore faire des photos de lui. C’est tellement couleur locale ! Pensez, une ville où circulent encore des charrettes de paysans, à l’écart du progrès, de automobiles, un merveilleux voyage bucolique vers le passé ! Seulement voilà : l’autre jour, j’ai entendu un grand bruit désordonné d’attelages et de sabots. Je me suis penché à ma fenêtre. Le cheval – ou bien son cousin germain, peut-être – était agenouillé sur ses jambes de devant, épuisé, les naseaux saignants, et n’arrivait pas à se relever. Il a fallu le dételer. Il est peut-être mort à l’heure qu’il est. Le poids de la charrette, la sous-alimentation, les mauvais traitements, le dernier acte d’une vie d’esclavage animal ? Je ne sais. Mais j’ai vécu cette scène comme une sorte de métaphore de notre aveuglement de touristes devant les souffrances des gens d’ici.

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Fabrice Hatem

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