Histoire des formes orchestrales : une mise en perspective socio-économique

canarorochetre Editeur : La Salida n°17

Auteur : Fabrice Hatem

Histoire des formes orchestrales : une mise en perspective socio-économique

L’évolution des formes orchestrales du tango est directement liée à son environnement social et économique. Jusqu’en 1910, c’est une musique marginale, interprétée par des musiciens sans formation académique, cheminant d’un bordel à l’autre pour y divertir, moyennant une faible rémunération, un public populaire aux faibles exigences artistiques. La forme dominante est alors celle d’un trio d’instruments légers : flûte, guitare, violon.

Vers 1910, le tango commence à avoir droit de cité au centre-ville, dans des cafés plus huppés qui contractent des orchestres permanents auxquels sont offerts des cachets substantiels. Les formations restent encore limitées (quartets, quintets), mais le piano (instrument « bourgeois » par excellence) remplace peu à peu la guitare, et le bandonéon, la flûte.

A partir de 1920, la conjonction de plusieurs éléments offre au tango un marché beaucoup plus large : développement de la radiodiffusion, du gramophone (avènement de l’enregistrement électrique à partir de 1926), acceptation du tango dans la haute société, les classes moyennes et populaires « honnêtes », essor des grands bals…

Apparaissent alors des musiciens dotés d’une formation académique (Julio de Caro…) jouant souvent dans des formation en sextet (deux bandonéons, deux violons, contrebasse, piano…), tandis que se multiplient les orchestres appartenant à des maisons de disque ou des radios (orchestre « Tipica » Colombia, sous la direction de Vicente Greco , à partir de 1911…).

Un peu plus tard, avec l’essor du cabaret de luxe, qui culmine dans les années 1930 et 1940, se forment de grands orchestres (4 ou 5 violons, même nombre de bandonéons, piano, contrebasse, chanteur, chef d’orchestre) imitant parfois naïvement les apparences de l’orchestre symphonique « classique » (smoking à queue de pie, chef d’orchestre dûment muni d’une baguette et d’un pupitre, etc.) Les cachets des vedettes atteignent alors des sommets.

A partir de 1950, le déclin du tango, concurrencé par d’autres formes musicales, se traduit par la disparition des grands orchestres et le retour à des formations plus légères.

Fabrice Hatem

Pour en savoir plus : « Tango, testigo social » (troisième partie), Andrès M. Carretero, Ediciones Continente, Buenos Aires, 1999

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