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Danses latino-américaines à Nanterre

Editeur : La Salida n°34, juin 2003

Auteur : Fabrice Hatem

Danses latino-américaines à Nanterre

Du Brésil, on connaît les images diffusés a à satiété par les médias de masse : le Carnaval de Rio, les défilés de samba avec leurs danseuses emplumées.. Mais ces clichés un peu éculés ne donnent qu’une vision partielle, affadie, de la riche tradition musicale et chorégraphique du pays. Loin de circuits commerciaux de la « World Company », des associations s’efforcent de faire mieux connaître en France ce magnifique patrimoine. A Nanterre, le Club des Acacias organise du 14 au 18 juin prochains une semaine du Brésil où seront présentés différents aspects du pays, à travers des expositions photos sur le travail associatif auprès des enfants des rues, des ateliers de danse brésilienne, un café littéraire et des spectacles de danse populaire. Nous sommes allés à la rencontre des organisateurs de cette manifestation.

Dans une petite salle du club des Acadias, dans un quartier HLM de Nanterre, les danseurs de la compagnie « Tierra Latina » répètent chaque week-end, depuis plusieurs mois, le spectacle qui doit clôturer le festival. Le travail, dirigé par la chorégraphe brésilienne Andrea Torres, se fait en trois langues – espagnol, français, portugais – reflétant la diversité de la troupe, composés de Péruviens, Colombiens, Français et Brésiliens. Mais tous semblent se comprendre sans difficulté, la danse jouant une fois de plus son rôle de langage universel.

salida34 bresil4 Le spectacle qu’ils préparent, intitulé « A la découverte du Brésil », est divisé en deux parties. La première, à la tonalité tragique, évoque la destruction de l’identité indienne, à travers une succession de tableaux dansés illustrés par un texte de Jean-Paul Lopez : la chasse, l’arrivée des conquistadores, l’esclavagisation, la révolte et la guerre, la maladie et la mort, la fuite des survivants vers l’Amazonie. La chorégraphie est basée sur une réinterprétation contemporaine de rituels indigènes, comme par exemple le rituel de mort de la tribu des Bororos (région du Mato-grosso).

La deuxième partie, à la tonalité beaucoup plus gaie, décrit la diversité culturelle du Brésil moderne à travers son immense patrimoine de danses populaires. Elle se divise en quatre tableaux (*).

salida34 bresil2 Le premier présente un Carimbo, danse de séduction originaire la région nord (Etat de Para), née du mélange de traditions indiennes et africaines.

Le second tableau est constitué par un Candomble, danse d’origine africaine de la région nord-est (Bahia) dont la naissance est liée aux au pratiques religieuses des esclaves noirs. Ceux-ci se réunissaient en cachette pour pratiquer leurs rites, où les tambours et les danses tenaient une place centrale. Cette tradition a constitué l’une des principales matrices de la culture musicale brésilienne: une grande partie des musiciens brésiliens actuels viennent de Bahia ou sont d’ascendance noire.

Des syncrétismes sont progressivement apparus entre les cultes africains des esprits et la religion catholique romane. A chaque Esprit a fini par correspondre un Saint, et inversement. Par exemple, la déesse Iemanja, Reine de la mer, a été assimilée à la Sainte Vierge. On lui fait des offrandes lors de fêtes votives dans de nombreuses régions du Brésil. Ce jour-là, les gens vont au bord des fleuves et de la mer en demandant l’amour, une vie heureuse et en jetant des fleurs. Si la fleur revient au bord de l’eau, cela signifie que la déesse a refusé l’offrande et que la pèche ne sera pas bonne cette année. Le spectacle évoque certains de ces rites.

salida34 bresil3 La danse proposée dans le troisième tableau, le Xote, illustre la diversité et le métissage ethnique du Brésil. Malgré l’interdiction des mariages mixtes entre blancs et noirs pendant la période de l’esclavage, les populations de diverses origines se sont progressivement mélées. Ce métissage se retouve dans le Xote, ensemble de pratiques culturelles dont la danse proprement dite ne constitue qu’un aspect, et qui se retrouve sous différentes formes dans plusieurs régions du Brésil. Ainsi, dans le nord, on trouve le Xote Bragantino, influencé par les danses écossaises. Dans le nord-est, il est connu sous le nom de Foro. Il s’agit alors d’une danse de rue, différentes de la danse de couple du même nom, qui se pratique notamment à l’occasion de la fête de la Saint-Jean.

salida34 bresil1 Le quatrième tableau présente un Frevo, danse d’influence africaine, originaire de la région du nord-est et notamment de l’Etat de Penabuco dont sont issus les groupes de danseurs les plus connus, comme le « Vassourinhas » de Olinda. L’histoire du Frevo est un peu similaire à celle de la Capoeira. Comme les esclaves noirs ne pouvaient pratiquer ouvertement leurs technique de lutte traditionnelles, ils y ont substitué des formes de combat chorégraphiées. Par rapport à la Capoeira, plus connue en Europe, le Frevo possède deux différences majeures. D’une part alors que la Capoeira est pratiquée à mains nues, le Frevo utilise une ombrelle multicolore. Servant au départ à protéger les maîtres blancs des ardeurs du soleil, cette ombrelle servait aussi d’arme aux esclaves noirs lors des bagarres qui les opposaient. C’est d’ailleurs le sens du mot Frevo, qui signifie « dispute, bagarre ». D’autre part, le Frevo a progressivement perdu son caractére de « danse de combat » pour évoluer vers quelque un mouvement joyeux et léger, avec des chorégraphies pleines de vie et de couleur, d’une sensualité tonique et joyeuse.

Le festival de Brésil de Nanterre s’inscrit dans le cadre de l’action d’animation de quartier mené par le « Club des Acacias ». L’objectif consiste à intégrer les populations immigrées à travers une prise de conscience de la diversité culturelle. La population des cités de Nanterre, où la composante Maghrébine est forte, comprend également des personnes d’origine Chinoise, Sri-Lankaise, Africaine, Portugaise, Brésilienne. Une diversité qui méritait d’être mieux mise en valeur. D’où l’organisation de cette semaine du Brésil qui s’intégre dans un projet plus large, appelé « Connexion Brésil ». Il s’agit, comme l’explique Voluzia Oliveira-Reis, animatrice du programme et irrésistible danseuse de Frevo, d’un projet d’échange culturel via internet entre les enfants du Brésil et ceux de la ville de Nanterre. Quand la danse populaire et l’internet sont associées au service de l’action sociale…

Fabrice Hatem

Festival du Brésil à Nanterre, du 14 au 18 juin prochain, Spectacle « A la découverte du Brésil » par la Companie Tierra Latina, à 20h30, suivi d’un concert du groupe de musique brésilienne « Moleque de Rua », Salle Voltaire, rue Voltaire, quartier du chemin de l’Ile, Rens : : 01 47 29 13 12.

(*) pour une présentation approfondie et complète des danses brésiliennes, voir Danses Latines, revue Autrement, Septembre 2001, pp 261 à 322.

Annexe : la Cumbia au service des enfants de Colombie

Il existe en France une vingtaine d’association visant à promouvoir la culture colombienne, dont la danse et la musique folklorique constituent une dimension essentielle. L’une des plus récentes, « La joie de vivre » a pour but d’aider un groupe de prêtres colombiens à scolariser des enfants pauvres de Bogota. Elle tire son nom du livre dans lesquel ces enfants apprenent à lire. Elle organise pour cela, avec le groupe « Tierra Latina » des spectacles de danse folkorique colombienne et latino-américaines, où la Cumbia tient une place importante. Sa présidente, Amanda Castagneda, nous présente cette danse :

« Vieille de plusieurs siècles, originaire du nord de la Colombie (port de Carthagène), également dansée dans le reste des Caraïbes, la Cumbia reflète par ses origines mélangées – A la fois noires, indiennes et espagnoles – le mélange ethnique dont est issu le peuple colombien (**). Elle se joue sur un rythme à 2 temps syncopé, avec pour principal instrument le tambour, accompagné de flûtes indiennes, avec un ajout plus récent d’instruments européens (accordéon). Il existe de très nombreuses formes de cumbia (près d’une vingtaine) avec des styles de danse et vestimentaires différents propres à chaque région : Sampuesana, Colora, Cienagera,.. Certains styles, parmi les plus anciens, sont tristes, avec des paroles évoquant la souffrance des esclaves noirs et la nostalgie de leur patrie perdue. Mais les Cumbias sont enb général plutôt gaies.

Dansée en couple, ces Cumbias sont avant tout des danses de séduction. La Femme tient une bougie dans la main droite et porte une robe colorée qu’elle relève parfois avec la main gauche. Elle fait la coquète, appelle l’Homme, le provoque, l’attire vers elle. Son pas est traînant, régulier, glissé sur le sol avec un balancement de hanche très suggestif. L’Homme s’approche de la femme, se contorsionne et fait des pirouettes pour exprimer son désir. Il a les pieds l’un derrière l’autre et une main derrière le dos. Parfois, il fait mine de saisir les hanches de la Femme en s’approchant d’elle par derrière ou sur le côté. Celle-ci le repousse alors avec ses cierges. La sensualité et le désir sont omniprésent, mais la danse ne devient jamais obscène, les partenaires ne se touchant jamais ».

« Tierra Latina » organise plusieurs spectacles dans les mois à venir pour recueillir des fonds. Si vous voulez découvrir la Cumbia en aidant les enfants de Colombie (à défaut de ceux d’Argentine dont les tangueros français, à part nos amis lyonnais, semblent se préoccuper comme d’une guigne), vous pouvez les contacter : klein@club-internet.fr

(**) Pour en savoir plus sur l’histoire de la Cumbia : Danses « latines » et identité, d’une rive à l’autre, sous la direction d’Elizabeth Dorier-Apprill, L’Harmattan, 2000, pp. 153 à 158

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