Aluminium : la délocalisation n’est pas une fatalité (1989)

Editeur : Revue d’économie industrielle, 1989
Auteur : Fabrice Hatem

Aluminium : la délocalisation n’est pas une fatalité

revueind89 Produit relativement jeune, l’aluminium n’a cependant pas échappé, au cours des 15 dernières années, à un ralentissement de la demande mondiale, qui s’est accompagnée d’un important mouvement de délocalisation hors des zones de production traditionnelles.

 Cette redistribution géographique des capacités d’électrolyse s’est opérée sous la pression conjointe de deux groupes d’acteurs : les nouveaux pays industriels, riches en ressources énergétiques et désireux de mettre en place une industrie nationale de l’aluminium ; et les entreprises traditionnellement engagées dans la production du métal, soucieuses de s’installer dans des zones à faibles coûts d’approvisionnement énergétique.

Ce mouvement a pris une telle ampleur que l’on a pu s’interroger sur l’éventualité d’une disparition quasi-complète de la production d’aluminium première fusion dans certains pays de la CEE, comme cela a été le cas au Japon.

Cependant, plusieurs événements récents, en partie imputables, il est vrai, à une conjoncture très favorable, laissent entrevoir des perspectives moins sombres : retour à la rentabilité des entreprises encore principalement implantées en Europe ou aux Etats-Unis ; arrêt du mouvement de réduction des capacités dans ces zones, voire, comme aujourd’hui en France, décision d’implanter des unités nouvelles.

Dans ces conditions, il peut sembler utile de s’interroger sur les facteurs commandant l’évolution de la production européenne et française d’aluminium. L’arrêt de la délocalisation doit-il être, ou non, considéré comme un fait acquis ?

Au-delà de perspectives de marché plutôt bien orientées à moyen-long terme, la principale incertitude concernant l’avenir de l’aluminium en Europe est liée aux choix de portefeuille et aux stratégies de localisation que les producteurs présents sur le vieux continent choisiront de mettre en œuvre.

A cet égard, le désengagement de vis-à-vis de l’aluminium-métal, le souci de diversification vers l’aval de la filière ou les matériaux nouveaux constituent des axes stratégiques, qu’ils soient réels ou seulement affichés, communs à tous les grands producteurs. Mais l’existence d’un « talon » de capacités d’électrolyse, géographiquement proches des marchés développés, n’est-elle pas nécessaire pour garantir l’équilibre industriel et l’autonomie des groupes concernés ?

Compte tenu de ses faibles coûts de production de l’électricité, la France n’aurait-elle pas alors une carte à jouer à l’intérieur de la CEE ? La décision d’installer à Dunkerque une unité de production d’aluminium première fusion, d’une capacité de 200 000 tonnes, illustre bien cette possibilité. Peut-on ou non envisager une poursuite de ce mouvement ?

On propose, à cet égard, d’étudier deux scénarios :

– Un scénario « favorable » de poursuite modérée de l’extension des capacités françaises de production d’aluminium première fusion, dans un contexte de croissance soutenue de la demande ;

– Un scénario « défavorable » de déclassement progressif, sans remplacement, des unités de production françaises parvenues à leur limite d’obsolescence.

 

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