Cosmétiques : un potentiel méditerranéen non négligeable (déc. 2004)

Editeur : Le nouvel économiste, n°1282, 5 décembre 2004
Auteur : Fabrice Hatem

Cosmétiques : un potentiel méditerranéen non négligeable

nouvelecocom Boues de la Mer Morte. Arganiers du Haut Atlas. Roses d’Izmir : ou comment des industriels ingénieux valorisent les ressources naturelles et les traditions artisanales du bassin méditerranéen. Des exemples, encore trop rares, de développement industriel s’enracinant dans les cultures locales pour répondre à la demande d’authenticité du consommateur occidental.

Vous voulez à la fois lutter contre l’avancée du désert, soutenir les coopératives de femmes berbères et ralentir le vieillissement de votre peau grâce à l’application de radicaux insaturés ? Alors, il faut enduire votre visage d’huile d’arganier marocain. Une ligne de produits naturels, développés depuis une quinzaine d’années par une société bordelaise, La maison de l’argan. Celle-ci, pionnière du développement durable et du commerce équitable, achète directement ses matières premières aux coopératives de petits exploitants du Haut-Atlas marocain. Et affirme ainsi contribuer à la fois à la revitalisation économique d’une zone rurale fragile et au ralentissement de la progression du désert à travers l’entretien de 800 000 hectares cultivés.

Mais peut-être êtes-vous davantage attiré par les traditions bibliques, souffrez-vous de problèmes d’allergies et voulez-vous lutter contre l’alcool au volant ? Alors, Le nouvel économiste vous conseille plutôt de recouvrir régulièrement vos jambes de boues de la Mer Morte. Il existe en effet en Israël une cinquantaine de firmes spécialisées dans la production de parfums, de cosmétiques et de produits de toilette hypoallergéniques et anti-oxydants à base d’argiles et de minéraux de la Mer morte, ainsi que de plantes du désert de Judée. Citons, parmi les principales, Dead Sea Laboratories, avec sa ligne de produits Ahava, Hlavin Cosmetics (ligne Hamei Yoav), Natural Sea Beauty, ou encore Mineral Care Dead Sea Products : une société américano-israélienne au développement fulgurant depuis sa création en 1995, qui, non seulement propose au consommateur des produits naturels récoltés « dans une des régions du monde où la concentration en oxygène est la plus élevée », mais déclare également consacrer une fraction de ses recettes au mécénat et aux œuvres d’utilité publique.

Enfin, si vous vos rêves secrets vous conduisent parfois vers les harems parfumés des sultans de Constantinople, n’oubliez pas qu’il existe quelques sociétés turques très actives dans la production de parfums et de produits de toilette, souvent issus de la tradition locale, comme l’eau de rose. Leurs noms ? Alfar, Pintas, Aromel ou Evyap. Des sociétés de création souvent récente, mais qui ont rapidement su dépasser le stade de l’artisanat local ou de la sous-traitance pour développer des produits innovants, exporter dans plusieurs dizaines de pays, obtenir les meilleures certifications techniques internationales, voire s’implanter à l’étranger comme Evyap l’a fait en Egypte.

Des exemples qu’il ne faut pas, bien sur, généraliser : l’ensemble de la production des pays méditerranéens en produits de toilettes ne dépasse pas 2 milliards de dollars, dont 1 pour Israël et 0,5 pour la Turquie. Les exportations de la zone, bien qu’en progression rapide, ne représentent que 1,5 % du total mondial. Mais ces exemples sont tout de même instructifs, pour deux raisons complémentaires :

– Parce qu’ils mettent en lumière l’existence d’un potentiel régional significatif, fondé à la fois sur l’abondance des ressources naturelles, sur une tradition culturelle et artisanale ancienne (le hénné proche-oriental, les encens du temple de Jérusalem, les onguents de l’Egypte antique, etc.). Un potentiel, qui, dans certains pays comme l’Egypte ou la Syrie, reste encore largement à exploiter.

– Parce qu’il montrent la présence en Méditerranée d’entrepreneurs imaginatifs et innovants, capables de tirer parti des tendances du marché international (et notamment d’une demande croissante d’authenticité et d’éthique de la part du consommateur occidental), pour bâtir des sociétés dynamiques et rentables. Notons d’ailleurs qu’il existe également dans certains pays, à côté des activités à base de produits dits « naturels » évoquées plus haut, un secteur plus classique de produits de toilette industriels. On peut par exemple mentionner Agis et L’Oréal en Israël, Azbane ou Unilever au Maroc, Kurstan ou Ondula (produits capillaires) en Turquie.

Mais pour que ce potentiel culturel et entrepreneurial soit valorisé, pour que les investisseurs et les partenaires étrangers affluent, pour que les sociétés locales se développent, encore faut-il leur garantir un environnement favorable en termes de stabilité économique et politique ou d’efficacité des systèmes administratifs et juridiques. Sur ce point, l’image de la région reste défavorable auprès des investisseurs. C’est là que se situe le véritable blocage au développement de la Méditerranée du sud, et pas dans la rareté des ressources naturelles ou humaines.

Pour une étude plus complète sur les cosmétiques en Méditerrannée : /2005-01-03/la-filiere-cosmetique-dans-la-region-euromediterranee/

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