West Side Story

Comédie musicale de Robert Wise, musique de Léonoard Bernstein, chorégraphies de Jerome Robbins, Etats-Unis, 1961, 146 minutes

ImageCe film transpose le thème de « Roméo et Juliette » dans un quartier populaire de New-York, le West Side. Une rivalité y oppose deux bandes de jeunes : les Jets, américains de souche, et les Sharks, d’origine portoricaine. Tony, ami du chef des Jets, Riff, aime Mary, la sœur du chef des Sharks, Nardo. Au cours d’une bagarre entre les deux bandes qu’il veut empêcher, Tony tue par accident Nardo. Le tragique destin est en marche…

Tiré d’une célèbre comédie musicale de Broadway, West Side Story est généralement considéré  comme un chef d’œuvre, pour des raisons si souvent évoquées qu’il est inutile d’y revenir ici. Je préfère parler ici de l’énigme qu’il représente pour moi dans l’histoire de la musique latino aux Etats-Unis.

En effet, bien que l’intrigue soit censée se dérouler dans un quartier portoricain de New York, l’influence de la culture populaire des caraïbes n’est que très peu présente dans cette œuvre. Sur le plan musical, l’esthétique de Bernstein est dominée par un étrange mélange d’orchestration symphonique classique, de variétés jazz à grand spectacle, et de chansons de style « crooner italio-américain ». Les quelques pièces censées faire référence à la culture latino, comme le « mambo du défi » n’incorporent que de manière très superficielle la structure rythmique particulière qui caractérise cette musique. Enfin, le célébrissime thème intitulé America, tient davantage, dans la musique comme dans la danse, des Sévillanes et du Flamenco que de la culture Caraïbes.

Quant aux chorégraphies, elles sont, à l’exception de la pièce précédente, davantage inspirées de l’esthétique « danse moderne jazz » que de la danse tropicale. Bien sur, il y a, par ci par là, quelques jupes soulevées, quelques déhanchements, quelques bruits de castagnettes (sic), mais cela fait plutôt penser à la surimpression artificielle d’une « couleur locale » qu’au reflet fidèle d’une authentique culture populaire. Pas de syncope, pas de polyrythmie, pas de Plena, pas de guitare cuatro (autant faire un film sur la musique populaire russe sans Balalaïka !!!).

Enfin, la distribution n’incorpore que très peu d’artistes formés à la musique et la danse latino. L’orchestre est formé d’un mélange de musiciens classique et de variété Jazz. Les principaux rôles sont interprétés par des acteurs, qui, au cours de leur carrière, n’ont eu pratiquement aucun contact avec la culture caraïbes. Les danseurs viennent essentiellement du milieu du modern Jazz.

Cette absence est d’autant plus étonnante que la musique latino connaît, au moment où est écrite la partition de West Side Story, c’est-à-dire au milieu des années 1950, une extraordinaire période d’engouement. Tous les soirs, au Palladium Ballroom ou dans les boites de Harlem, on danse le Mambo ou le Cha cha cha au son d’orchestres aussi prestigieux que ceux de Machito, Tito Rodriguez, Tito Puente ou Arsenio Rodriguez. Et cela lieu à deux pas du quartier où est censée se dérouler l’intrigue, et tout près de l’endroit où Bernstein est en train de composer sa musique !!

Quelle explication peut-on donner à cette étrange lacune ? La formation initiale de musicien classique de Leonard Bernstein ? Mais c’était aussi un compositeur éclectique, qui a su intégrer dans son œuvre une assez grande variété de style. Son peu de goût pour la musique populaire latino ? Mais pourquoi avoir alors déplacé l’intrigue dans un quartier portoricain du West Side, alors que, dans sa version initiale, elle devait opposer deux familles de l’East Side, l’une juive et l’autre catholique ?

Quoiqu’il en soit, les amoureux de la musique caraïbes pourront regretter que n’ait pas vu le jour à cette occasion  un véritable opéra latino New-Yorkais, équivalent dans les années 1960 de l’opéra Jazz Porgy and Bess écrit par Georges Gershwin en 1935.

Fabrice Hatem

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