Los Misterios del tango, vol 1 et 2

Série de 10 documentaires de Guillermo Tello, Argentine, 2004, environ 25 minutes chacun

ImageSous ce titre inutilement aguicheur, se cache une excellente collection de 10 documentaires, dont chacun présente de manière très vivante un aspect de l’histoire du tango. Des textes de bonne facture sont illustrés par des entretiens avec les meilleurs spécialistes, ainsi que par des archives et des enregistrements de grand intérêt. Avec cependant un résultat un peu inégal, allant du passable (rarement) au très bon (cas le plus fréquent).

Les documentaires consacrés à deux des figures les plus marquantes du tango (Carlos Gardel et Piazzolla) parviennent à faire nous faire saisir, au-delà d’éléments biographiques allant à l’essentiel, l’apport de ces deux artistes à l’évolution du 2X4 : invention de toutes pièces (répertoire, interprétation, mode de diffusion…) du tango-chanson par Carlos Gardel ; renouvellement de l’esthétique du tango instrumental et ouverture de celui vers d’autres genres musicaux par Astor Piazzolla.

Plusieurs étapes-clés de l’histoire du tango sont analysées avec finesse. Ainsi est-il du processus par lequel cette musique, initialement cantonnée aux marges de la société, finit par être acceptée par les classes moyennes et supérieures « décentes » au cours des années 1910. Un intéressant documentaire est également consacré aux liens entre tango et politique. Défendant la thèse selon laquelle le tango a historiquement constitué un espace d’expression du sentiment populaire, il décrit manière particulièrement précise la période du péronisme et les clivages qui apparurent alors entre artistes partisans et adversaire du leader populiste.

Inévitablement, certains documentaires sont un peu moins réussis. Par exemple, celui consacré aux grandes formations de la période d’or, s’il contient de précieuses images des orchestres de Pugliese, Troilo ou Di Sarli, échoue pour l’essentiel à nous faire comprendre – le cas bien particulier de d’Arienzo mis à part – en quoi consiste l’originalité musicale de chacun d’entre eux.

Le documentaire consacré à l’héritage de Piazzolla, malgré les passionnants entretiens avec certains artistes comme Rodolfo Medeiros ou Daniel Binelli, ne couvre quant à lui qu’une partie limitée du champ immense de la musique tanguera au cours des vingt dernières années. Et surtout, par un curieux réductionnisme frôlant le contre-sens, il semble vouloir ramener toutes les évolutions récentes à l’influence exclusive du compositeur de la « Milonga del angel ».

Enfin, malgré de très intéressantes explications de Juan Carlos Copes et de passionnantes images d’archives, le documentaire sur l’évolution des styles de danse me paraît assez pauvre et incomplet – très inférieur par exemple aux conférences illustrées de Eduardo Arquimbau auxquelles j’avais assisté il y une douzaine d’années sur le même sujet.

La complexité, l’amplitude et les limites parfois incertaines des sujets traités peut excuser ces semi-échecs, sans toutefois les expliquer entièrement. Preuve qu’il est toujours possible de mieux faire, le documentaire consacré au sujet difficile du rapport entre chanson de tango et poésie cultivée constitue un vrai petit bijou de travail d’archives, de précision historiographique et de sagacité critique. Tout en restant accessible au grand public par son caractère très pédagogique et la présence de nombreuses illustrations musicales.

L’amateur de danse se consolera par ailleurs de sa semi-déception initiale en regardant le passionnant documentaire consacré à la diffusion internationale du tango au cours du XXème siècle. Outre des images rares de Canaro au Japon et de Gardel à Paris, il pourra bénéficier d’une présentation très complète de l’histoire de la célèbre revue Tango Argentino, de son noyau musical, le Sexteto mayor, et des deux troupes majeures qui lui ont succédé, Tango por dos et Tango passion.

Au total, ce coffret constitue un document de première valeur, à recommander, érudits et néophytes confondus, à toute personne intéressée par l’histoire du tango.

Fabrice Hatem

Renseignements : www.musicargentina.com

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