Les nouveaux censeurs

Il fut un temps où, dans l’héritage de mai 1968, les mouvements progressistes étaient porteurs d’un idéal de liberté dans tous les domaines de l’existence : libération sexuelle avec l’amour libre ; libération de l’expression avec les radios libres ; libération du travail avec le temps libre. Ecole, prison, famille, armée, religion, morale : il fallait en finir avec toutes les institutions supposées oppressives pour émanciper l’individu. Il était désormais interdit d’interdire. Tout était accommodé à la sauce de la liberté. Et ceux qui défendaient encore l’idée que les délinquants devaient être punis et que toute insulte n’était pas bonne à dire étaient traités d’affreux réactionnaires.

Peut-être est-on alors allé un peu trop loin dans cette démarche libertaire. Mais, en même temps, on ne peut se souvenir qu’avec une amère nostalgie de ces temps révolus quand on observe à quel point nos libertés sont aujourd’hui rognées de toutes parts.

Une bonne partie de cette régression provient des peurs induites par la montée de la violence terroriste, qui a conduit l’opinion à accepter, au nom de sa sécurité, des atteintes aux libertés qui, il y a encore 20 ans nous auraient paru insupportables, depuis les pouvoirs de perquisition et de surveillance constamment renforcées de la police jusqu’à la banalisation des procédures administratives d’assignation à résidence.

Mais le plus navrant, c’est la stupéfiante inversion des valeurs qui a transformé nos anciens progressistes, autrefois sympathiquement libertaires, en procureurs avides de chaînes, de censure et de châtiments. Châtiments contre les nouveaux déviants sexuels exposés à la vindicte des foules, pédophiles ou clients de de TDS ; censure contre ceux qui osent critiquer publiquement la doxa multiculturaliste ; chaînes pour les hommes soupçonnés a priori de tous les méfaits sexistes…

Ce qui est frappant, c’est que ces nouveaux progressistes du féminisme ou du multiculturalisme reprennent exactement aujourd’hui les formes et les formules du vieux discours réactionnaire : Ils dénoncent le laxisme de juges ; ils réclament davantage de lois répressives et davantage de pouvoirs pour la police ; ils encouragent la délation, et pratiquent la chasse en meute contre les boucs émissaires ; ils réclament, horreur !! La fin du secret médical, pour transformer les médecins en auxiliaires de police ; ils demandent moins de droits de la défense de manière à permettre une justice plus expéditive. Seul l’objet de cette hargne a changé : hier c’était, dans le discours de la droite dure, l’agresseur de rue maghrébin ou le cambrioleur ; aujourd’hui, dans le discours des progressistes émancipateurs, c’est l’homme soupçonné de violence sexiste ou conjugale. Mais la tournure d’esprit haineuse, liberticide, et au fond très réac dans le mauvais sens du terme, est exactement la même.

Quelles insultes n’entendions nous pas lorsque, il a vingt ou trente ans, les partis dits d’extrême-droite protestaient contre l’impunité des violeurs et des agresseurs de rue ? Fachos !! Racistes !! Réacs nauséabonds !!! Aujourd’hui, les féministes se sont totalement réappropriées, moyennant quelques modifications sémantiques, le même discours, de bon sens sur le fond, liberticide dans sa forme. Et tous les progressistes arc-en-ciel ont l’air de trouver cela formidable, qu’on puisse mettre des bracelets au poignet des gens et leur interdire sans jugement contradictoire de circuler comme bon leur semble !! Encore un effort, camarades féministes ou autres, et les fascistes n’auront même plus besoin de prendre le pouvoir !! Parce ce que vous vous êtes au fond appropriés, sans même vous en rendre compte, tout ce qu’il pouvait y avoir de liberticide, de haineux et d’expéditif dans leur discours !!! Chassez l’intolérance et la bêtise par la porte, elles reviennent par la fenêtre !!!

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