Etat et Marché ne sont pas opposés, mais se complètent pour nous asservir

Je pense que l’opposition Etat-marché, pourtant toujours présentée comme profondément structurante du débat politique, ne reflète que très partiellement la réalité des enjeux dans nos sociétés contemporaines.

Fondamentalement, les révolutions libérales (surtout la française) ont conduit à privilégier deux formes d’organisation sociale (Etat ET marché) par rapport à toutes les autres (religion, famille, quartier, village, aujourd’hui patrie). Etat moderne et marché ne sont donc pas incompatibles l’un avec l’autre, ce sont les pôles complémentaires du modèle de régulation sociale mis en place avec l’instauration des démocraties libérales.

Et l’histoire de ces démocraties libérales depuis 2 siècles, c’est celle de la destruction plus ou moins rapide et complète des autres formes d’organisation sociale par l’action CONJOINTE de l’Etat et du marché – le néolibéralisme autoritaire contemporain ne constituant a cet égard qu’une manifestation particulièrement aboutie de la complémentarité profonde de ces deux forces.

Le régime de l’Etat-Marché aime l ‘internationalisation qui stimule le mouvement des affaires et affaiblit de facto les droits des citoyens de chaque pays ; il aime les immenses métropoles où peuvent d’installer les quartiers généraux des grandes firmes et où la police peut exercer une étroite surveillance vidéo sur chacun d’entre nous ; il aime les réglementations complexes qui favorisent les grandes structures oligopolistiques au détriment des petits artisans, des petits agriculteurs et des petits commerçants. Il n’aime pas la famille qui constitue une cellule protectrice contre l’avidité mercantile des entreprises et la furie domesticatrice de l’Etat ; il n’aime pas les villages et les vieux quartiers populaires où les gens peuvent discuter librement au café du coin, véritable temple de la démocratie de quartier. il n’aime pas la religion qui fournit un alternative structurée à son échelle de valeurs morales fondée sur l’avidité du consommateur et l’irresponsabilité du récipiendaire d’aides publiques. Il n’aime pas le patriotisme qui regroupe les gens autour d’un idéal supérieur à celui du marché et de l’Etat réglementariste. Alors il envoie les bétonneurs, les féministes, les juristes, les multiculturalistes, pour détruire ce qui reste de ces structures locales et de ces corps intermédiaires, protecteurs de notre indépendance et de notre liberté. Pour atomiser la société en une poussière d’individus isolés et vulnérables, envoûtés pas la contemplation de leur smarphone, et sur lesquels pourra alors s’établir sans partage le dictature conjointe de la consommation et de l’impôt.

Savoir si cet asservissement des hommes au Moloch de l’Etat-marché, par la destruction de toutes les petites cellules protectrices indépendantes, se fera plutôt par plus d’impôts ou plutôt par un pouvoir accru des grandes firmes multinationales et des grandes banques est, au fond, presque secondaire. la mise en scène de l’opposition politique entre Etat et marché constitue en ce sens une forme de supercherie permettant de masquer la véritable nature des enjeux par le vacarme d’un débat truqué.

 

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