Vous êtes filmés : La surveillance vidéo sert-elle à quelque chose ?

ImageLe développement des techniques de surveillance de la population – du contrôle des réseaux sociaux à la vidéosurveillance – constitue potentiellement un immense danger pour nos libertés individuelles et collectives : telle est l’un des thèmes que je souhaite développer dans mon futur ouvrage, « La dictature insidieuse ». J’ai donc cherché des arguments à l’appui de cette thèse en consultant quelques livres récents sur la question, en particulier l’ouvrage de Laurent Mucchielli, « Vous êtes filmés ». Mais celui-ci développe une thèse qui m’a quelque peu dérouté. En effet, s’il confirme le développement très rapide de la surveillance vidéo en France au cours des 20 dernière années, c’est pour montrer, analyse à l’appui, que celle-ci… ne sert en fait pas à grand’chose. Plus qu’une menace pour nos libertés, celle-ci constituerait de ce fait surtout une nouvelle source de gaspillage pour les finances publiques.

Après un rapide rappel historique sur le développement de la vidéosurveillance, Laurent Mucchielli entre directement dans le vif (polémique) de son propos : en, fait, loin de la légende noire du big brother ou de la légende dorée de la sécurité miraculeusement rétablie, la vidoésurveillance est d’abord un juteux marché, où des lobbies privés nouent de lucratifs partenariats avec l’Etat et les collectivités locales. Celle-ci utilisent d’ailleurs volontiers le développement de la vidéosurveillance comme un argument électoral, affichant ainsi à peu de frais leur préoccupation pour la sécurité de leurs administrés.

Mais à quoi sert vraiment la vidéosurveillance ? Au-delà des plaidoyers pro-domo du ministère de l’intérieur ou des grandes collectivités, qui fabriquent leurs propres évaluations biaisées, les rapports plus neutres de la cour des comptes et de ses chambres régionales font peser un doute sur l’efficacité du dispositif. Et les enquêtes de terrain réalisées par Laurent Muccchielli semblent confirmer que la vidéosurveillance est surtout un gaspillage d’argent public qui ne sert pas à grand’chose : ni à prévenir les infractions, ni même à identifier les coupables une fois celles-ci commises. La plupart du temps, les préposés s’ennuient devant des écrans où il ne se passe rien, tandis que la délinquance éventuelle s’est déplacée hors du champ d’observation des caméras. Bref, la vidéo-surveillance, loin d’être un outil majeur de lutte contre la délinquance, serait plutôt un argument démagogique polluant le débat public sur la sécurité, un « bluff technologique », qui appuyé sur une intense activité de marketing et de lobbying, ouvrirait aux opérateurs privés de juteux marchés qui constitueraient également autant de sources de gaspillage d’argent public. Et demain, après les caméras, on pourrait nous refaire le coup des drones…

Me voilà donc bien ennuyé, moi qui voulais faire de la vidéosurveillance l’un des exemples de cette « société de contrôle » en voie d’instauration !!! Car, en fait, elles ne contrôlent finalement pas grand’chose, ces millions de caméras qui nous regardent faire nos courses !!! Mais, qu’à cela ne tienne, j’en parlerai dans un autre chapitre de mon livre, consacré au grand gaspillage de l’argent public !!!!! Ou plutôt, je structurerai davantage mon futur ouvrage autour de l’évolution paradoxale d’un Etat qui perd chaque jour un peu plus d’autorité, de légitimité, et d’emprise réelle sur la société, alors même qu’il devient plus autoritaire et développe des moyens techniques de contrôle plus puissants… ;

Laurent Mucchielli, Vous êtes filmés !, Enquête sur le bluff de la vidéosurveillance, Armand Colin, Paris, 2018, 228 pages.

(Nb : cette fiche de lecture s’inscrit dans mon actuel travail de rédaction d’un ouvrage intitulé « La dictature insidieuse », où je tente de mettre à jour les mécanismes par lesquels l’Etat français contemporain réduit peu à peu nos libertés. Pour tester mes hypothèses de travail, je suis en ce moment amené à lire un grand nombre d’ouvrages, récents ou plus anciens, portant sur ces questions. Comme les autres comptes rendus de lecture du même type que je publierai au cours des semaines suivantes, le texte ci-dessous ne porte donc pas directement sur l’ouvrage lui-même, mais sur la manière dont il confirme ou infirme les thèses que je souhaite développer dans mon propre livre, et que je présente au début du compte-rendu sous la forme d’un encadré liminaire, afin de les tester à l’aune de cette nouvelle lecture).

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