Intuition nocturne

ImageCette nuit j’ai eu une intuition subite.

Et si les impôts insupportables, les déficits, la gabegie d’argent public n’étaient au fond que le prix que nous payons pour combler artificiellement le fossé béant entre nos beaux rêves et la triste réalité ?

Notre beau rêve, c’est celui d’une société très riche, très puissante, s’acheminant vers toujours plus de perfection, de justice et de culture sous la houlette d’un Etat-providence clairvoyant, bienveillant et omnipotent.

La réalité, c’est celle d’un pays en voie de sous-développement, au bord du chaos et aussi de la ruine sous le poids écrasant d‘un Etat obèse, impuissant et en faillite.

Mais nous ne voulons pas voir cette réalité très douloureuse.

Alors, on continue à multiplier les programmes-publics prétextes, une aide par ci, un comité par-là, un ministère de plus pour tout coordonner avec une grande gueule à sa tête…  Un peu comme ce ministre de Catherine II, Potemkine, qui créait des villages-factices très pimpants pendant les voyages de l’Impératrice pour lui cacher  la véritable misère de son peuple.

Aujourd’hui, nos hommes politiques nous créent aussi des villages Potemkine aux noms ronflants (féminisme, transition écologique, politique culturelle, etc.) pour nous cacher par des mots la réalité de l’échec systémique de l’Etat-providence. Et, pour financer ces décors de théâtre, on augmente encore nos impôts.

Mais tant qu’on n’acceptera pas de voir la réalité en face, c’est-à-dire la misère et le désespoir qui s’installent derrière ces paravents coloriés, on ne résoudra pas les problèmes du pays.

Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il suffirait peut-être de nous réveiller de nos illusions et d’aller regarder derrière ces cache-misères pour connaître un sursaut salutaire.

Acceptons simplement de prononcer ces paroles si douloureuses : « la France n’est plus une grande puissance, elle est en voie de sous-développement, sa population s’appauvrit et souffre, ses enfants sont guettés par l’illétrisme, son Etat est en faillite bien qu’il écrase son peuple d’impôts, il faut réagir ». Et soudain, certains problèmes qui nos semblaient insolubles deviennent presque faciles à affronter.

Et qu’on ne me dise surtout pas qu’il suffirait de combattre la fraude fiscale pour continuer comme avant : car même avec la fraude fiscale, on est déjà le pays le plus imposé d’Europe. Alors d’accord pour taxer un peu mieux les multinationales, mais l’enjeu prioritaire reste quand même de faire dégonfler cet Etat-Moloch qui nous oppresse.

Au lieu d’aller aider les pays en développement à l’étranger, réaffectons les moyens sur nos propres zones de sous-développement.

Au lieu d’un politique culturelle avant-gardiste qui en fait ne fait que se contempler elle-même et ne profite en rien au gens les plus démunis, apprenons d’abord à compter et à lire aux enfants de ce pays.

Au lieu de multiplier les petites universités provinciales sans moyens sous prétexte d’accueillir toujours plus d’étudiants dans des conditions toujours plus dégradées, concentrons les moyens su des pôles d’excellence très sélectifs à l’entrée.

Supprimons tous ces petits ministricules qui ne sont qu’un facteur de dispersion des moyens publics sur un nombre croissant de programmes dont l’inefficacité décroit en proportion exacte de ce nombre, comme le ministère de la culture !! Quand ils ne servent pas de cache-misères aux vrais problèmes des gens, comme le secrétariat d’Etat à l’égalité femmes-hommes, qui est complètement à côté de la plaque par rapport aux VRAIS problèmes des femmes de ce pays (qui sont en fait  exactement les mêmes que ceux de leurs compagnons, aimés et affectueux quoiqu’en disent les néo-féministes).

Et je ne parle même pas de la gabegie scandaleuse de certaines finances locales (surendettement de Paris pour lancer des programmes destinés à emmerder ses habitants).

Et puis, avec les moyens ainsi économisés, ont réduit les impôts, on réduit la dette, et on concentre les moyens sur quelques problèmes basique comme assurer la sécurité et apprendre à lire correctement à nos enfants.

On dit par exemple : « voilà, on a une seule priorité simple pour les cinq prochaines années, c’est que les enfants sachent tous bien lire et compter à l’âge de 10 ans. » Ca signifie qu’on est obligé d’avoir moins de théâtre subventionnés d’avant-garde, moins d’audiovisuel public, moins d’universités et d’hôpitaux de province misérables, moins de programmes de coopération avec les pays en développement, moins  de programmes de recherche théoriques, moins d’aides sociales décourageant les gens de travailler. » Evidemment, ce n’est pas très glorieux ni très démago de dire tout ça, mais  c’est faisable et surtout C’EST EXACTEMENT LE CONTRAIRE D’UNE POLITIQUE DE REGRESSION SOCIALE.  Au contraire, ça me paraît une politique sociale particulièrement ambitieuse et courageuse.

Et puis, aux employés des ministères et des universités qu’on supprime -qui sont souvent de gauche – On dit la chose suivante : « on n’a rien contre vous, on n’est pas des réacs, pas du tout, on veut juste que les enfants des milieux populaires sachent lire correctement. Alors si vous voulez nous aider, on vous propose plein de postes d’instits pour aller faire de l’alphabétisation en banlieue pauvre. Comme ça, non seulement vous aurez un taf, nous seulement vous pourrez mettre en application vos idées généreuses qu’au fond nous partageons, mais en plus ça sera une très belle expérience pour vous : vous rencontrerez plein de gens formidables et d’enfants merveilleux que vous aiderez tout en aidant votre pays à sortir de la crise profonde qu’il traverse. Finalement, on ne vous propose pas autre chose que ce qu’a fait Castro à Cuba en 1960.  Ca vous parle, ça, non ? ».

Vous allez me dire : « commence donc par le faire toi-même, espèce de sale beauf réac de café du commerce. » Ben, mauvaise pioche, ça fait justement des années que je fais de l’alphabétisation de sans-papiers, et je peux témoigner que ça a été une des plus belles expériences de ma vie. Et comme j’approche de la retraite, j’ai rien contre faire ça à temps plein à vos côtés.

En plus, vous n’aurez même pas à avoir peur pour votre sécurité. L’insécurité des quartiers pauvres découle pour partie en effet de l’abandon dans lequel ils sont laissés par le renoncement républicain (renoncement auquel nous avons-nous-mêmes contribué, bobos de droite comme bobos de gauche, en nous barricadant dans nos locaux bien chauffés des ministères des beaux quartiers). Si on déboule là-bas par dizaines de milliers, comme  de nouveaux hussards noirs (pacifiques), on n’aura rien à craindre, par la seule force du nombre…

On vous réduira peut-être un tout petit peu votre salaire, mais bon faut acheter des cahiers aux gosses.

Chiche à vous d’accepter la proposition. Vous avez le droit de refuser, mais alors il faudra trouver un autre job par vous-même dans le privé ou dans une université étrangère. Et de là, vous  pourrez dire tout le mal que vous voulez de cette politique réactionnaire de démantèlement de l’Etat-providence. Mais sans être financés par nos impôts.

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