Métamorphoses bellevilloises

Quand l’Régent régnait à Paris

Moi, Marie, dite la belle laitière,

Du bandit Cartouche bonne amie,

J’enquillais marchands et notaires

Le soir on retrouvait not’nid

A Belleville, au d’la des barrières.

 

Au cabaret « La grande épée »,

Nous buvions gaiement nos pistoles

Y’avait Champy, Camus, Limouzet

Gaillard, dit la camisole

François Grutus qu’était bien né

C’était une bande de sacrés drôles.

 

Puis un soir les exempts, guidés

Par l’aveu d’un traître fieffé

Nous amenèrent au Chatelet

Mon amant Cartouche fut roué

Et moi je partis enchaînée

Vers la Louisiane et ses marais.

 

 

Au temps de Louis, roi des français

Moi Cato, dite aussi l’anguille

Native de Pontarlier

J’étais gagneuse à la Bastille

Ou couturière à Bagnolet

On n’avait pas la vie facile.

 

J’avais pour ami Désiré

Un bon p’tit gars de Belleville

Qu’était réfractaire à l’armée

On descendait de la Courtille

Au mardi Gras, enrubannés

Avec des messieurs et des filles.

 

Je le cachais dans mon garni.

Y’avait d’l’amour et du bonheur

Et puis les gendarm’me l’ont pris

C’que ça pu me coûter de pleurs

Ils l’envoyèrent à Biribi

Voir si dans l’désert y’a des fleurs.

 

 

Moi, Louise, petite grisette

Dans un atelier, rue d’Avron

Le jour, j’fabriquais des casquettes

La nuit, j’travaillais en maison

Quand on est née criblée de dettes

Y faut bien s’faire une raison.

 

Mais ce beau jour du mois de Mai

Y’avait trop d’malheur qui pleuvait

Et quand j’vis les braves fédérés

Tomber comme des épis de blé

Sous les balles des versaillais

Je courus soigner les blessés.

 

C’est rue de la Fontaine-au-Roi,

Avant qu’la barricade soit prise,

Que d’une balle dans l’estomac

Je soignai le beau Jean-Baptiste.

Exilé, il me dédia

Sa chanson Le temps des Cerises.

 

 

Mon nom est Amélie Elie,

Je suis née tout près d’Orléans

Mais l’éternel surnom que j’acquis

C’est Casque d’or évidement

Grâce à ma chev’lure où je pris

En un piège fatal, mes amants.

 

J’gagnais ma vie sur le mat’las

C’est pas défendu, que je sache

Mon Julot s’appelait Manda

C’était le chef d’une bande d’apaches

Mais mon cœur battait pour Leca

Qu’avait un beau sourire bravache.

 

Au coin de la rue des Couronnes

Leurs deux bandes, fier’ment, s’affrontèrent

Pour mes yeux aux reflets d’ébène.

Et puis les flics les arrêtèrent

Ils moururent tous deux à Cayenne

Moi, aux Lilas, j’ finis mercière.

 

 

Je m’appelais Claudinette

Mais ici on dit « Francesita »

J’étais une petite cousette

J’aimais tant danser la Java,

Au bal de la bonne Franquette

C’est là qu’Marcel me rencontra.

 

Y faisait la r’monte pour l’Argentine

Y m’a expliqué l’topo

J’étais plus tout à fait gamine

J’ai dit d’accord, j’ai pris l’bateau

Pour bosser avec 10 frangines

Dans un cabaret de Palermo.

 

Tous les soirs, j’y danse le Tango

Qu’est, disons, la Java d’ici

Mais dans les bras des criolos

Parfois j’ai la nostalgie

De Belleville, de ses bistrots

Et d’ma vieille piaule, rue des Savies.

 

 

On me surnomme la môme moineau

Rapport à ma maigreur peut-être

J’suis née vers la rue Ramponneau

Bien avant de dev’nir vedette

J’avais le béguin pour Léo

Un voisin juif de ma courette.

 

L’était ouvrier charpentier

Y’ jouait si bien d’l’accordéon !

Quand avec lui j’allais chanter

Dans la rue, les cours des maisons

Les pièces de monnaie pleuvaient…

Mais on parlait d’arrestations.

 

« Viens dormir chez moi », que j’y ai dit

Y’voulait pas quitter sa mère

Les flics le raflèrent un jeudi

Pour le vélodrome d’hiver

J’espérai longtemps sa sortie

Jamais plus y m’rejoua son air.

 

 

Aujourd’hui, mon nom est Xian,

Marcheuse boul’vard de la Villette

Venue de mon lointain Shen Yan

En ce début du XXIème siècle

Pour vendre l’amour au passant

J’suis pas tous les jours à la fête.

 

Ma vie est toute cabossée

J’ai fui la Chine, désespérée,

Maintenant, je suis pourchassée

Par une police déterminée

A m’envoyer à la Cité

En attente d’être expulsée.

 

J’connais ni la Môme, ni l’Anguille,

Je ne parle même pas français

Mais je suis leur sœur et leur fille

Je passe par où elles sont passées

Et j’en sais plus sur Belleville

Que l’historien le plus calé.

 

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