Danses latines, le désir des continents

ImageCe recueil d‘articles consacrés aux danses latines nous offre une vision très large sur ces cultures populaires – de l’Argentine aux Caraïbes en passant par le Brésil. Il parcourt également toute leur histoire, depuis leurs origines folkloriques jusqu’à l’actuel mouvement de globalisation des danses de loisir. Rassemblant plus d’une trentaine de contributions, il associe des articles à caractère académique à des témoignages vécus sur la pratique de la danse.

Compte tenu de l’hétérogénéité de ces textes, Il est difficile de proposer une synthèse d’ensemble de l’ouvrage. Je préfère donc fournir quelques exemples, focalisés sur les danses caribéennes, de ce qu’il m’a apporté :

– Carmen Bertrand, dans Danses latines, un esquisse historique, montre qu’au delà de la diversité de  leurs expressions nationales, les danses et musiques des Caraïbes résultent toutes d’un phénomène de métissage entre sources africaines et européennes, avec parfois quelques influences indiennes. Mais ce seront les Etats-Unis qui leur donneront, au cours du XXème siècle, une identité commune, exprimée par le terme générique de danses latines.

– Christophe Apprill et Elizabeth Dorier-Apprill, dans Géographie mouvante des danses latines, analysent le phénomène de diffusion internationale des danses caribéennes. Celles-ci perdent au cours de ce processus leur caractère d’expression identitaire localisée, pour devenir en Europe et aux Etats-Unis porteuses d’une image de sensualité exotique et d’un appel à la jouissance instantanée. L’article consacre également de large passage à l’adoption, en Afrique centrale et de l’ouest, des rythmes cubains (Son, Rumba) qui vont se métisser avec des sonorités locales pour former de nouveaux genres musicaux.

– Isabelle Leymarie, dans De la rumba brava à rumba de salon, montre comment la rumba cubaine à été progressivement acclimatée aux Etats-Unis et en Europe à travers une transformation en danse de salon dépouillée de ses aspects afroïdes susceptibles de choquer un public blanc « mainstream ». Mambo et Cha cha cha, et Salsa du même auteur, décrivent l’origine et la diffusion internationale de ces styles, produits d’un métissage entre danses caraïbes et nord-américaines.

– Bernard Poupon (Nocturne à la Havane) et Yannick Ruel (Sous les pavés la clave), nous font ressentir les atmosphères de danse bien différentes de deux villes : la Havane, où la Salsa, contrairement aux idées reçues, n’est pas largement pratiquée et où les lieux de danse ne sont pas toujours aisément accessibles au touriste de passage ; et Paris, où l’essor récent de la Salsa nous est contée dans un style très vivant et plein d’humour.

– Kali Argyriadis (Casino ou despelote ?), nous décrit l’évolution stylistique la salsa cubaine, où l’influence de la gestuelle africaine, avec ses roulements de hanche et ses mouvements pelviens, n’a commencé à se faire sentir qu’assez récemment. Un fait qui illustre à la fois un engouement croissant pour la culture afro-cubaine et la recherche d’une libération des corps. La salsa cubaine intégrerait désormais de ce fait deux principales composantes : d’une part, les figures de casino traditionnelles, plutôt dansées au cours de la première partie des morceaux ; d’autre part, la danse dite « despelote », à la gestuelle plus libre et parfois sexuellement explicite, plutôt dansée pendant la seconde partie des thèmes musicaux.

– Enfin, Bernard Poupon (Salsa All Stars) présente les profils artistiques de plusieurs grandes stars de la musique latine, comme Celia Cruz, Tito Puente, Juan Luis Guerra – l’un des inventeurs de la Bachata -, ou encore Juan Formell, précurseur de la Timba cubaine.

Le livre comporte également de très riches chapitres  sur le tango et les danses brésiliennes.

L’hétérogénéité des articles (du récit de voyage aux textes d’humeur en passant par des analyses ethnomusicologiques à caractère universitaire) rend la lecture à la fois distrayante et par moment un peu décevante du fait de l’inégale qualité des contributions. Malgré quelques lacunes (rien n’est dit par exemple sur les danses haïtiennes et antillaises), il s’agit au total d’un ouvrage à la fois très complet et très agréable, à recommander au danseur débutant désireux d’acquérir un premier bagage culturel sur les cultures populaires latines et leur diffusion internationale.

Danses latines, le désir des continents, dirigé par Elizabeth Dorier-Apprill, Editions Autrement, n° 207, 2001, 365 pages.

Fabrice Hatem

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