Tango Pasión

Enregistrement du Spectacle Tango Pasión au Théâtre des Champs-Elysées, France-Etats-Unis, 1997, 90 minutes

ImageEn 1992, Claudio Segovia décida de mettre fin au célèbre spectacle Tango Argentino. Une partie de la troupe, menée notamment par les musiciens de l’orchestre Sexteto Mayor et par le producteur américain Mel Howard, choisit alors de reprendre le flambeau en fondant Tango Pasión. Celui-ci a depuis lors incarné, aux yeux d’une bonne partie du public international, l’idée même du tango de scène.

Etant moi -même venu un tango argentin un peu trop tard pour connaître Tango Argentino, c’est avec Tango Pasión que j’ai découvert la magie de cette danse, un soir de 1996, je crois, au Théâtre des Champs Elysées. J’y suis ensuite retourné régulièrement au cours des années suivantes, lors du passage de la troupe à Paris. J’étais littéralement émerveillé par la virtuosité des jeux de jambes, bouleversé par la voix des chanteurs, amoureux des jeunes danseuses… Et, pendant, les quinze années qui ont suivi, ce souvenir à largement contribué à maintenir vivante en moi la passion (c’est le cas de le dire) pour le tango, même lorsqu’un peu lassé, j’ai finalement cessé d’aller voir ce spectacle.

Revoyant quinze années plus tard la vidéo du spectacle de 1997, muni de ma longue expérience de tanguero, je peux mieux faire la part de ma naïveté de débutant et de l’émotion artistique légitime dans mes réactions passionnées d’alors.

Tango Pasión est un spectacle très professionnel, où les moyens massifs du show style « Broadway » sont mis en service d’une représentation très scénographiée du tango argentin. Les décors et les costumes sont riches et variés ; les lumières sont très travaillées ; l’orchestre Sexteto Mayor est au sommet de sa puissance expressive ; les chanteurs ont une belle voix ; les chorégraphies de ballets sont énergiques et bien réglées ; les danseurs savent aussi jouer la comédie ; la dramaturgie (une succession de tableaux représentant différentes atmosphères et personnages archétypaux du tango) est simple mais efficace ; certains danseurs sont des mâles splendides ; certaines danseuses ont une féminité plus que troublante….

Par contre, les chorégraphies sont, à quelques exception près, davantage orientées vers la recherche de l’effet (les mauvaises langues diraient : du tape-à-l’œil) que vers l’expression d’une émotion intime. D’une une danse trop souvent en force, manquant de subtilité voire de fini dans l’exécution. Cela n’est pas trop grave dans les ballets, surtout d’hommes, où la démonstration d’une énergie sans trop de nuances peut constituer un style intéressant. Par contre, c’est beaucoup plus gênant dans les duos homme-femme, où l’expression de sentiments subtils est trop souvent sacrifiée au profit de figures spectaculaires, voire acrobatiques.

Certains couples, il est vrai, échappent à cette critique : les duos de Pilar Alvarez et Claudio Hoffman sont d’une expressivité flamboyante et concilient admirablement le respect de l’authenticité tanguera et l’ouverture à l’esthétique de la danse contemporaine. Gustavo Russo et Alejandra Mantiñan sont à la fois éblouissants de félinité et désopilants de coquinerie. Mais d’autres couples naviguent entre le tape-à-l’œil, l’outrance, la lourdeur et l’imprécision dans le détail.

Mais tout cela date d’il y a quinze ans. Peut-être les choses ont-elles changé depuis, en bien ou en mal. Vous pourrez vous en faire une idée par vous-même à l’occasion du passage de Tango Pasión, à Paris, pour son 20ème anniversaire, du 29 janvier au 17 février prochains.  Dites-moi ce que vous en aurez pensé…

Fabrice Hatem

Renseignements :  www.tangopasion.com

 

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