Tango Libre

Fiction de Frédéric Fonteyne, Belgique, 2012, 97 minutes

ImageJC, un gardien de prison à la vie triste et routinière, rencontre une jeune femme, Alice, à un cours de tango. Celle-ci est à la fois la femme d’un détenu et l’amante d’un autre, condamnés ensemble pour un braquage qui a mal tourné. JC va alors être amené par amour à transgresser toutes les règles de sa vie et son métier…

Il serait facile de faire de ce film aux faiblesses évidentes une critique au vitriol. En effet, le scénario présente mille invraisemblances de fond, comme le curieux ménage à trois formé par Alice et les deux détenus, ou encore la mise en place dans la prison d’un cours de tango autogéré. Les réactions des personnages, notamment JC et Alicia, sont souvent illogiques et inexplicables. L’interprétation de certains acteurs – sans doute eux-mêmes un peu déroutés par le scénario – manque parfois de force expressive. Enfin, les scènes de tango entre Chicho Frumboli et Pablo Tegli sont inabouties et assez mal filmées.

Mais malgré ces défauts à première vue disqualifiants pour le grand public, le film possède un certain nombre de qualités. L’atmosphère de l’univers carcéral, avec sa saleté, sa violence, son désespoir, l’émotion des visites au parloir ou dans la salle de réunion collective, est recréée de manière très convaincante. La tristesse de la prison n’a d’égale que la celle de la vie des gens dits « libres », enfermés dans la solitude étouffante d’un quotidien laid et déprimant.

Le réalisateur a également réussi à saisir ou à effleurer quelques-unes des réalités profondes du tango. Par exemple, ces danses entre prisonniers au physique de truands, mal fagotés et violents, donnent une idée intéressante, non conventionnelle, de l’atmosphère originelle du tango des bas-fonds – loin des images convenues d’élégants compadritos dansant dans un bal de faubourg. Quant à la psychologie torturée et fluctuante des personnages face à la danse, elle reflète assez fidèlement, quoique de manière un peu kaléidoscopique, la réalité des expériences déroutantes vécues par chaque tanguero débutant : désir et inhibition, jalousie et tendresse, gaucherie et application, attirances secrètes et froideur affichée…

… Mais on est tout de même déçu par ce film mal fagoté, qui est bien loin d’égaler, dans le même registre de sensibilité, l’excellent Je ne suis pas là pour être aimé

Fabrice Hatem

 

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