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Cinéma cubain et de salsa

L’âge d’or du cinéma cubain

ImageDocumentaire de Ramón Suárez, France, 2005, 52 minutes

Ce film parcourt l’histoire du cinéma cubain dans les 10 années qui suivi la révolution castriste, de 1959 à la fin des années soixante. Un période d’intense effervescence artistique, marquée par l’apparition d’une génération de jeunes réalisateurs, et que l’on peut résumer en quatre mots : exploration de nouveaux champs d’expression formelle, invention d’une nouvelle vision de l’histoire et de la réalité cubaines, étouffement assez rapide de la liberté d’expression au profit d’un cinéma de propagande, et enlisement final dans la convention et l’absence de moyens matériels. Cette histoire se déroule entièrement dans le cadre de l’ICAIC, l’Institut cubain des arts et des industries cinématographique, créé en 1959 et qui exerce depuis un monopole sur la production de films du pays.

De nombreuses interviews de protagonistes de cette époque – comme Guillermo Cabrera Infante et Julio Garcia Espinosa, qui ont ensuite choisi le chemin de l’exil, ou Tomás Gutiérrez Alea et Alfredo Guevara, restés à Cuba pour y incarner un cinéma « au service de la révolution » – nous donnent des informations de première main sur les innovations esthétiques et sur les luttes idéologiques qui ont marqué ces années.

Les entretiens sont illustrés par de très nombreux extraits de films, mettant en lumière les différentes tendances du cinéma cubain de l’époque : esthétique néo-réaliste mise en service de la propagande révolutionnaire (Esta Tierra Nuestra, 1959 ; Cuba Baila, 1960 ; Historias de la revolución, 1960 ; Realengo 18, 1960 ; El joven rebelde, 1962) ; invention d’une nouvelle vision de l’histoire cubaine, dont le parti-pris épique est conforme aux nouveaux dogmes idéologiques, mais qui s’accompagne aussi d’un grande créativité formelle (Les aventures de Juan Quin Quin, 1967 ; Lucia, 1968 ; La Ausencia, 1968 ; La première charge à la machette, 1969 ; Cumbite – docu-fiction sur le folklore afro-caraïbe – 1964) ; disparition rapide de la liberté d’expression, avec la censure de P.M. (1961) décrivant la réalité des lieux de plaisir de la Havane et la raréfaction des films d’humour et de simple distraction (Las Doce Sillas, 1962 ; El Bautizo, 1968).

Quelques films de Tomás Gutiérrez Alea, échappant curieusement à la censure, témoignent cependant d’un désabusement face à la réalité du Cuba post-révolutionnaire, soit sur le mode de l’humour noir (Mort d’un bureaucrate, 1966), soit à travers une recherche formelle influencée par l’esthétique de la nouvelle vague (Mémoires du sous-développement, 1968).

Puis, tombe le lourd rideau de la censure, des dogmes esthético-idéologiques et des pénuries matérielles qui vont anéantir la créativité du cinéma cubain pendant plusieurs dizaines, poussant à l’exil certains de ses artistes les plus prometteurs et empêchant l’apparition de nouveaux talents.

On peut reprocher à cet excellent documentaire quelques partis-pris, comme celui de ne voir dans la période de collaboration avec les écoles cinématographiques d’Europe de l’est qu’une expérience (je cite) « désastreuse », alors qu’elle a donné lieu à quelques très belles réussites comme Soy Cuba (1964).

L’amoureux du folklore populaire regrettera également que la présence de la danse et de la musique populaire dans ce cinéma n’ait pas été mieux mise en valeur, alors qu’elle est bien réelle, que ce soit sous la forme de documentaires (Nosotros la Música, 1965), de docu-fictions (P.M., 1961 ; Cumbite, 1964) ou de toile de fond à un film de fiction abordant des thèmes plus politiques (Cuba baila, 1960). Mais on apprend tout de même énormément de choses en regardant L’âge d’or du cinéma cubain.

Fabrice Hatem

Pour en savoir plus sur de film : http://zaradoc.com/documentaires/lage-dor-du-cinema-cubain/

Pour une présentation des principaux cinéastes cubains :  http://fabrice.hatem.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=1041&Itemid=73 

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