La leçon de tango

Fiction de Sally Potter, France, Royaume-Uni, 1997, couleur et noir et blanc, 102 minutes 

ImageUne réalisatrice de cinéma, en train d’écrire un scénario qui se révèle progressivement sans intérêt, découvre le tango. Elle noue une relation ambigüe, à la fois artistique et affective, avec le danseur Pablo Veron. Elle veut apprendre à danser, il aimerait être la vedette d’un film…

L’oeuvre de Sally Potter a de grandes qualités. Elle décrit d’une manière subtile et juste la découverte du tango perçue comme une rupture avec la banalité de l’existence quotidienne, les difficultés et les déceptions de son apprentissage, la confusion des sentiments entre plaisir de la danse et désir pour le partenaire. Le film suggère également, à travers sa construction en douze « leçons » que le tango est une école de vie, où l’on apprend, par la danse, à observer l’autre, à communiquer avec lui, à maîtriser ses sentiments…

Le film joue également sur un riche registre de symboles et de métaphores. L’action se déroule par exemple dans trois villes dont chacune symbolise une partie de l’expérience vécue par l’héroïne : Londres et la langue anglaise sont ainsi le lieu du travail et de l’absurdité du quotidien ; Paris et le français incarnent le romantisme de la relation amoureuse ; Buenos-Aires et l’espagnol, le voyage émerveillé vers les sources vivantes du 2X4.

La beauté du tango dansé est bien mise en valeur dans le film, sous ses différents aspects : milongas de Paris et de Buenos-Aires, improvisations sur les quais de la Seine, chorégraphies et spectacles. Les plus grands noms masculins du tango argentin – Pablo Veron au sommet de son art, bien sûr, mais aussi Gustavo Naveira, Fabian Salas, Carlos Coppelo – nous font largement profiter dans ce film de leur talent. Par contre, les danseuses sont nettement moins nombreuses, Sally Potter – qui d’ailleurs se révèle une tanguera tout fait acceptable – préférant visiblement garder tous les partenaires mâles pour elle.

Venons-en maintenant à un aspect plus délicat du film : sa construction un peu compliquée et la psychologie légèrement névrotique de ses personnages. Le scénario est articulé autour du principe de la mise en abyme : il raconte l’histoire de la genèse du film lui-même, et les acteurs y interprètent, grosso modo, leur propre rôle. Ce choix, servi par une mise en scène réussie et une interprétation très convaincante des principaux protagonistes, a le mérite de faire pénétrer le spectateur au cœur d’une réalité psychologique violente et nue : l’ambiguïté des sentiments qui se nouent entre partenaires de danse, la tension extrême des répétitions, les égoïsmes croisés de chacun…

Mais le film frôle aussi de ce fait en permanence l’exhibitionnisme, et projette de manière quasiment indélébile sur certains interprètes l’image négative que le scénario donne de leur personnage : narcissisme et égotisme de Pablo Veron, tentatives mesquines de Carlos Copello pour obtenir un rôle dans le futur film de Sally Potter… A cela s’ajoutent quelques longueurs peut-être inutilement compliquées sur les préoccupations personnelles de la réalisatrice, comme les références à l’identité juive ou à la foi religieuse.

Dans l’ensemble, La leçon de tango est cependant un beau film, très personnel et donnant une idée assez juste de l’atmosphère du tango à Paris et à Buenos-Aires au milieu des années 1990. J’y ai retrouvé avec émotion beaucoup de personnages réels que je rencontrais alors sur les pistes du Latina et de la Confiteria Ideal…

Fabrice Hatem

Renseignements : www.iddistribution.com

Pour une interview de Sally Potter :
http://fabrice.hatem.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=504&Itemid=46

 

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