Je ne suis pas là pour être aimé

Fiction de Stéphan Brizé, France, 2005, 93 minutes

ImageJean Claude, huissier de justice, la cinquantaine défraîchie, mène une vie terne, solitaire et résignée. Françoise, conseillère d’éducation, prépare son mariage avec un compagnon obsédé par son activité d’écrivain. La découverte du tango va bouleverser leur vie, rouvrant pour eux la voie du partage, de la sensualité et de l’amour.

Je ne suis pas là pour être aimé est un film profondément émouvant. Pendant une heure, j’ai oublié que j’étais au cinéma pour vivre aux côtés des personnages, partager leurs sentiments, espérer de tout cœur qu’ils arrivent finalement à frayer leur chemin, forcément compliqué, vers le bonheur. A la dernière scène, superbe dans sa simplicité, j’ai même pleuré. De joie ou de chagrin ? Je ne vous le dirai pas pour ne pas déflorer l’intrigue.

Le ressort dramatique du film, c’est le conflit qui se noue, pour chacun des protagonistes, entre une aspiration au bonheur et à l’amour, et la réalité quotidienne qui réprime celle-ci, conduisant à un repli égoïste et résigné sur soi-même. Laquelle des deux forces l’emportera ? Cette question crée, dans sa simplicité, un suspense d’autant plus violent qu’elle a des résonnances profondes dans la vie de chaque spectateur.

J’ai par exemple retrouvé dans ce film un écho très juste de ma propre expérience du tango, dont la découverte, il y a une quinzaine d’années, a brisé mes inhibitions et ouvert pour moi de multiples portes : vers la sensualité, l’amitié, l’amour, la vie associative, la création artistique et littéraire… J’ai été moi-même un peu Jean-Claude, avec vingt ans de moins. Alors, forcément, la distance critique en prend un coup…

Le film est servi par des interprètes remarquables : Patrick Chesnais en quinquagénaire résigné à ne montrer à l’autre qu’un masque sans relief, mais conservant au fond de lui un besoin d’amour qui s’exprime par de subits et furtifs éclats. Anne Consigny, qui par son jeu d’une extraordinaire sensibilité – un sourire à peine esquissé, un regard furtif, une voix qui s’étrangle légèrement – permet de nous faire sentir les nuances, les contradictions de sentiments imprévus et incontrôlés. Et dans les second rôles, l’extraordinaire Georges Wilson en vieillard irascible et désagréable, qui meurt sans avoir pu exprimer à son fils Jean-Claude l’amour qu’il lui portait secrètement.

La musique aérienne et mélancolique de Christophe Müller et Edgardo Makaroff donne une force supplémentaire au climat d’émotion parfois déchirante de ce film. A voir sans hésiter.

Fabrice Hatem

Renseignements – www.rezofilms.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *