Cuba sans Castro

Reportage  de Daniel Leconte, Lea Viktoria et Frédéric Vassort, France, 2012, 90 minutes 

ImageCe reportage dresse un bilan de la situation politique et sociale de Cuba, alors que la question de la transition vers l’après-castrisme se pose avec de plus en plus d’acuité. Les effets de la réforme économique en cours (réduction massive de l’emploi public, libéralisation d’activités de services à la personne, attribution de terres agricoles à des particuliers) sont analysés à partir d »exemples concrets assez bien fouillés (salons de coiffure de Santiago de Cuba, petites exploitations agricoles indépendante de la région de Camaguey…). Nous comprenons ainsi que cette « actualisation du modèle cubain », impulsée par le pragmatisme de Raul Castro, si elle a offert quelque nouveaux espaces à l’esprit d’entreprise, a aussi ouvert une période d‘incertitude pour les habitants et créé de nouveaux déséquilibres économiques et sociaux.

La ruine du système d’économie dirigée, et même celle du secteur de santé si souvent vanté par la propagande officielle, sont illustrées par la visite d’une usine sucrière désaffectée et surtout par l’hospitalisation inopinée de la réalisatrice, qui lui permet de constater personnellement l’état de délabrement du système hospitalier et l’existence de facto d’un système de santé à deux vitesses.

La partie cubaine du documentaire est complétée par des interviews d’opposants exilés en Europe. A Madrid, nous rencontrons les animateurs du groupe d’opposition catholique « projet Varella » qui évoquent la violente répression politique dont ils ont été l’objet, passant plusieurs années en prison avant d’être expulsés du pays. A Paris, l’écrivain Eduardo Manet esquisse les scénarios d’après-castrisme, tandis que la romancière Zoé Valdés nous rappelle en termes particulièrement clairs que le communisme dictatorial de Che Guevara et des frères Castro n’est, au fond, qu’une variante particulière de fascisme.

J’ai retrouvé dans ce reportage le reflet assez exact des observations que j’avais faites moi mêmes, lors de mes séjours dans l’île : sur l’état de total délabrement de l’économie cubaine ; sur la rigidité dogmatique d’une propagande officielle coupée des réalités ; sur la surveillance et la répression policière constantes dont est victime la population ; sur le désarroi des habitants de l’ile, confrontés, comme dans tous les régimes communistes, à la double peine des pénuries matérielles et de l’absence de liberté ; enfin sur l’existence, au sein d’une large partie de la population et notamment de la jeunesse, d’un sentiment de frustration, voire de révolte.

J’ai cependant été un peu gêné par le caractère trop systématiquement « à charge » de certaines séquences, qui frôlent parfois la caricature dans leur partialité. Par exemple lorsque les réactions excédées de quelques voisins au bruyant concert Rock d’un groupe d’opposants, donné depuis la fenêtre de leur immeuble, sont présentées comme la preuve d’une insupportable répression de la liberté artistique. il y aussi a quelque chose de profondément déplaisant dans cette volonté systématique des journalistes de pousser leurs interlocuteurs à des confidences sur leurs difficultés quotidienne ou leurs sentiments critiques vis-à-vis du régime,  dans le but de mettre en scène l’existence d’une opposition populaire massive au castrisme… Sans trop se préoccuper du fait que la diffusion du reportage pourrait attirer les pires ennuis à ces personnes piégées par la caméra.

Par ailleurs, s’il est très difficile, en l’absence d’élection libres ou de sondages, de connaître l’état réel de l’opinion à Cuba, il n’est reste pas moins que le régime conserve une fraction importante de partisans, notamment parmi les personnes âgées. L’opinion de ceux-ci – qui, dans un reportage objectif, devrait être aussi prise en compte – ne l’est ici que de manière volontairement caricaturale, comme s’il s’agissait simplement d’imbéciles rétrogrades. Il y a là une absence de rigueur et un parti-pris qui nuisent à la crédibilité d’ensemble d’un reportage par ailleurs d’assez bonne qualité.

Fabrice Hatem

Vu sur Arte le mardi 15 janvier 2013

Pour visionner quelques extraits du reportage : http://videos.arte.tv/fr/videos/i-love-democracy-cuba-sans-castro-extrait-n-1–7244692.html

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