Chico & Rita

Fiction animée de Fernando Trueba et Javier Mariscal, Espagne, 2011  

ImageLa Havane, fin du XXème siècle. Un vieux cireur de chaussure, Chico, se souvient de ses vingt ans au début des années 1950, lorsqu’il était un jeune pianiste de talent. Il vivait alors une histoire d’amour sensuelle et passionnée avec Rita, une belle chanteuse aux yeux clairs, mi-artiste, mi-putain. La Havane, New York, Las Vegas, Paris : de succès en débine, ils passeront ensuite toute leur vie à s’aimer, à se perdre et à se retrouver.

Pas d’acteurs en chair et en os dans cette œuvre. Un dessin animé de style naïf, façon Marianne Satrapi, restitue de manière très crédible les atmosphères successives de la Havane, depuis l’époque de Batista jusqu’à celle d’aujourd’hui. Composée par Bebo Valdès, la bande originale – qui est en fait la véritable vedette du film – illustre superbement les évolutions de la musique tropicale au cours du XXème siècle, depuis les orchestres cubains de la grande époque jusqu’au Latin-jazz new-yorkais des années 1970.

L’œuvre dégage un puissant souffle romantique, mélange de Docteur Jivago, de Buena Vista Social Club et de Persepolis. On est pris d’une profonde sympathie pour ces deux héros d’encre et de papier ; et l’on souhaite de tout cœur que leur amour l’emporte sur les vicissitudes de la vie, qui semblent prendre, tout au long du film, un malin plaisir à s’opposer à leur bonheur.

Cette œuvre de fiction emprunte de nombreux éléments à la vie d’artistes réels. Comment ne pas voir dans le personnage de Chico une transposition du véritable Bebo Valdès, qui accompagna plusieurs années la chanteuse Rita Montaner avant de s’exiler en Europe après la Révolution castriste ? Et cet ancien musicien devenu cireur de chaussure, puis tiré de l’oubli par la visite d’artistes occidentaux passionnés, ne rappelle-t-il pas un peu Ibrahim Ferrer ?

Réalisé par Fernand Trueba, un grand amoureux du Latin Jazz, le film peut être considéré comme le volet fictionnel d’une trilogie sur le même sujet, intégrant un documentaire (Side B) et un film consacré à la création musicale (Calle 54). Petit dernier du trio, Chico et Rita a visiblement bénéficié des connaissances accumulées à l’occasion des deux autres films. On retrouve, criantes de vérité, les différentes atmosphères musicales de l’époque : luxe clinquant des cabarets cubains, puis énergie créative des Jam sessions new-yorkaises animées par Chano Pozo, Dizzie Gillespie, Charlie Parker…

L’érudit attaché à la précision des détails historiques, le mélomane passionné de musique cubaine, l’amoureux de La Havane et le romantique fleur bleue trouveront donc tous leur compte dans ce film à la fois instructif et attachant.

Fabrice Hatem

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