Assassination tango

Fiction de Robert Duvall, Etats-Unis, Argentine, 2002, 94 minutes

ImageJohn, amant attentionné, papa gâteau, passionné de danses de salon, ami jovial, est aussi un tueur à gages sans scrupules. Envoyé en « mission » à Buenos-Aires, il y découvre avec émerveillement le Tango argentin dans les bras d’une jeune danseuse, Manuela. Mais du côté de son travail, les choses tournent mal…

Assassination tango est un mauvais film, mal conçu, mal joué et mal réalisé, avec une distribution à contre-emploi.

Le scénario, tout d’abord est inepte. Ses trois ressorts essentiels sont tous invraisemblables, ou, a minima, mal construits. Le premier est la dualité psychologique du personnage principal : doux, sympathique et sensible dans sa vie privée, mais criminel sans états d’âme de par sa profession. Peut-être ce genre de caractère existe-il vraiment. Mais on ne croit pas une seconde dans Assassination tango à ce grand écart permanent, sans transition, d’une scène à l’autre.

Le second ressort est la juxtaposition de deux intrigues (un film policier « noir » et la découverte du tango) Là encore, on ne comprend absolument pas comment le même personnage, assassin traqué par la police argentine quelques secondes auparavant, peut se transformer tranquillement dans la scène suivante en élève assidu d’un cours de tango.

Enfin, la troisième invraisemblance, propre à la partie « noire » du film, tient à la trop grande facilité avec laquelle héros tueur à gages déjoue les pièges grossiers qui lui sont tendus par la police secrète argentine, dont le scénariste sous-estime visiblement le professionnalisme et le niveau intellectuel. Sans même mentionner l’idée absurde de recourir à un tueur à gages nord-américain pour éliminer un ancien haut responsable de la dictature argentine.

Si au moins c’était bien joué !!! Mais l’interprétation de l’acteur principal, Robert Duvall, extrêmement chargée, parfois à la limite de l’histrionisme, accroît encore l’invraisemblance de l’intrigue. De faux déguisements clownesques en grimaces et gesticulations inutiles, on a l’impression d’assister d’un bout à l’autre à une mauvaise caricature de Robert de Niro. Le sentiment d’incompréhension, puis d’agacement, du spectateur, est encore aggravé par un doublage désastreux.

Sur le plan formel, il y a bien quelques rares scènes de danse à peu près réussies (difficile de faire autrement avec le casting réunis par Robert Duvall, comprenant les meilleures pointures du tango argentin du début des années 2000, de Maria Nieves à Pablo Veron en passant par Géraldine Rojas et Carlos Copello). Mais le reste est d’un ennui !! En particulier les séquences excessivement longues où notre héros, assis à une table, discute interminablement de sa passion pour le tango ou de la préparation du meurtre à venir. Cela devient rapidement insupportable…

Dernier point : la distribution magnifique réunie par Robert Duvall est gaspillée. On a du mal à reconnaître Ruben Bladès (si, si !!!) dans le rôle sans intérêt d’un indic barbu, qui ne chante pas une seule note pendant tout le film. Maria Nieves, au cours d’une scène particulièrement insignifiante, est réduite au rôle d’une compagne de tablée un peu vulgaire. Pablo Veron n’arrive qu’au générique final pour danser, sans crier gare, un tango avec Géraldine Rojas.

Bref, ce film part à la dérive pour aller s’échouer quel part entre le n’importe quoi et le n’importe comment. On s’ennuie à mourir, on piaffe d’agacement devant l’histrionisme d’un Robert Duvall vieillissant, on a presque honte pour les grands artistes latinos embarqués dans cette galère et réduits à des rôles ne mettant pas en valeur leur talent…Vous pouvez vraiment gagner un peu de temps et d’argent en évitant d’aller voir ce navet.

Fabrice Hatem

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