Argentina : Chamame crudo (Chamamé authentique)

Reportage de Juan Carlos Gonzáles, Espagne, Argentine, 2011, 54 minutes

Imagece reportage nous propose un voyage vers le nord-ouest de l’Argentine, dans les régions de Corientes et de Missiones : des pays à la terre rouge et fertile, au climat sub-tropical, où se cultive le maté. C’est aussi là que bat le cœur du Chamamé, cette musique rurale traditionnelle née de la rencontre des populations d’origine espagnole et indienne. Joué par de petites groupes de 2 à 5 musiciens, intégrant l’accordéon ou le bandonéon, le violon, la guitare, le cajon et parfois la contrebasse, c’est une musique assez rapide, sautillante et rythmée, mais aux accents doux et poétiques, qui se prête bien à la danse. A l’origine plutôt instrumentale, elle s’est doté au cours du XXème siècle d’un répertoire vocal. Celui-ci, qu’il soit chanté ou simplement récité, exprime les sentiments de l’homme de la terre : beauté des paysages, amour, nostalgie, rudesse de l’existence…

Guidé par l’accordéoniste, compositeur et directeur d’orchestre Chango Spasiuk, nous partons à la rencontre des musiciens qui incarnent aujourd’hui la tradition populaire du Chamamé : Hector et Felix Chavez, Julio Caceres, Tito Escobar, Tito Miqueri, Salvador Miquero, Juan Carlos Jensen, Roque Gonzales, Eustaqui Mino ou encore Juancito Guenaga. Nous rencontrons également de jeunes artistes de formation plus académique et ouverts à un large spectre d’influences musicales, qui contribuent actuellement au renouvellement du genre, comme Oscar Mambrindu ou le duo Dos para la musica. Chango Spasiuk lui-même nous explique, avec une grande sensibilité, les ressorts de sa démarche artistique, depuis la naissance de sa vocation musicale jusqu’à ses axes de recherche actuels.

Ces différents musiciens interprètent pour nous un florilège du répertoire Chamamé, mélange de compositions traditionnelles et d’apparition plus récente : Terafero de mis Pagos, Kilometro 11, Don Gualberto, La Ratonera, La Calandra, Plegaria a San Antonio, Sin Rancor ni Reproches, Nuestros Suenos la Distancia, El Prostibulo, Chamamé Crudo, La Desdichada… Des scénes de bal, des visites au groupe folklorique Lunumi ou au festival de Chamamé de Mburucuya permettent aussi d’apprécier la danse. Celle-ci fait à la fois penser au tango par la forme de l’abrazo, à la bourrée par le pas de base,  au musette par le chaloupé des déplacements, avec aussi quelques zapateos qui rappelent que la chacarera n’est pas bien loin…

Le film est servi par un montage sans temps morts, avec des va-et-vient constants entre Corrientes, source toujours vive de la musique traditionnelle, et Buenos-Aires, laboratoire d’innovations. Certaines séquences d’interprétation musicale, alternant de manière très rythmée plusieurs plans différents (gros plan de face sur le visage d’un interprète, vue de trois-quarts, face à face entre deux musiciens, plan d’ensemble sur le groupe, doigts courant sur les instruments) offrent des images très réussies.

S’il fallait absolument exprimer une critique, on pourrait reprocher à ce reportage de n’avoir pas suffisamment distingué les différentes variétés de chamamé : le cangüi lent et cadencé, l’orillero dont la danse rappelle par moments le tango, le gringo plus vif et aux sonorités plus européenne, le tropical influencé par la cumbia…. Mais c’est peut-être beaucoup demander à un film avant tout destiné à donner au grand public une première idée de cette musique !!

Fabrice Hatem

Pour regarder ce documentaire : http://www.rtve.es/alacarta/videos/todo-el-mundo-es-musica/todo-mundo-musica-argentina/1076730/

 

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