Ada Falcon : Yo no sé qué me han hecho tus ojos

Documentaire de Lorena Munoz et Sergio Wolf, 2002, Argentine, 62 minutes

ImageUn cinéaste argentin part à la recherche des souvenirs, déjà largement effacés par le temps, de la légendaire chanteuse Ada Falcon. Sa quête le conduira à une découverte très émouvante.

Sur le plan strictement informatif, le documentaire est excellent. Il nous fournit en effet les clés essentielles à la connaissance de l’artiste : archives et enregistrements d’époque, témoignages, entretiens avec des historiens du tango, visites en forme de pèlerinage sur les lieux fréquentés par Ada Falcon, éléments biographiques.

Le caractère fantasque de la chanteuse, sa liaison passionnée avec Francisco Canaro, les crises de mysticismes qui la conduiront, au début des années 1940, à abandonner sa carrière artistique pour se tourner vers la vie religieuse, sont rappelées de manière très claire et vivante.

Mais le film est beaucoup plus qu’un simple documentaire. C’est quête éperdue, à rebours du temps qui passe, du personnage mystérieux d’Ada Falcon. Fasciné par son sujet, le réalisateur nous fait sentir l’inéluctable disparition des êtres et des choses, comme ces lieux de concert ou d’enregistrement transformés en succursales de banque ou en Mac Donald’s, ces pellicules de nitrates détruites, ces photos en noir et blanc qui ne permettent pas de retrouver la couleur superbe des yeux verts d’Ada, ces villas somptueuses où elle vécut et dont les propriétaires actuels refusent la visite. Tout semble un moment glisser entre les doigts du cinéaste. Et c’est cette recherche toujours déçue qui est placée au cœur de la narration, à l’opposé des doctes péroraisons de beaucoup d’autres documentaires.

Mais Sergio Wolf s’obstine. Il se rend dans le petit village perdu de la région de Cordoba où s’était réfugiée Ada Falcon. Il interroge les voisins, il recueille le témoignage de l’historien Oscar del Priore, qui, lui
aussi, était parti des années auparavant sur les traces de la chanteuse. Il arrive jusqu’aux portes du couvent de bénédictines où Ada Falcon a passé le reste de sa vie après être entrée dans les ordres…

La fin du film, bouleversante, donne aussi le vertige. Au bout de son périple, Sergio Wolf, retrouve, dans un hospice pour religieuses âgées, une vieille femme toute ridée, toute cassée, aux souvenirs déjà à moitié effacés par l’artériosclérose. Elle regarde, les yeux masquées derrière des lunettes teintées, les vieux films d’Ada Falcon, s’écrie en voyant Ignacio Corsini a ses côtés « comme il était beau ! ». Elle remue vaguement les lèvres pendant que, sur l’écran, la jeune femme d’il y a 70 ans interprète la valse « Que me han hecho tus ojos », qu’avait composé pour elle Canaro. Et quand on lui demande quel a été le plus grand amour de sa vie, elle répond : « c’était… je ne me souviens plus !! »

Ada Falcon est morte le 4 janvier 2002. Elle repose au cimetière de la Chacarita, à quelques dizaines de mètres de Francisco Canaro.

Fabrice Hatem

Rens : http://www.musicargentina.com/fr/cinema/ada-falcon-les-yeux-verts-du-tango.html

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *