Mindalae

Documentaire de Samia Maldonado, Équateur, 2011, 76 min

Image Ce documentaire intéressant  et émouvant, mais également agaçant par moments, conte l’histoire d’habitants Quechuas (pardon, Quechua est connoté colonialiste, écrivez maintenant Kichwas, c’est désormais l’orthographe politiquement correcte), de la région d’Otavalo, au nord de l’Equateur. Ceux-ci, spécialisés dans la fabrication de textiles artisanaux, font preuve d’un grand dynamisme commercial, parcourant le monde pour vendre leurs produits.

Le documentaire est construit autour des figures des personnalités entreprenantes et même aventureuses, qui depuis la fin du XIXème siècle, se sont successivement lancées, génération après génération, à la conquête commerciale des autres régions de l’Equateur, puis des pays voisins, puis du milieu du XXème siècle de l’Amérique du nord, enfin depuis quelques dizaines d’années de l’Europe. Des documents d’archives et des témoignages, de plus en plus nombreux à mesure que l’on se rapproche de l‘époque contemporaine, nous font prendre conscience de l’évolution des méthodes commerciales (depuis le colportage à pied et au porte-à-porte jusqu’à l’exportation internationale en grandes quantité par avion). Le film est bourré d’anecdotes, parfois cocasses, parfois dramatiques, sur les mésaventures rencontrées par ces commerçants aventureux, comme cette première femme partie vendre aux Etats-Unis, et que les médias locaux présentèrent comme un « Princesse inca ». Des passages très intéressants sont également consacrés aux groupes de musique folkloriques allés tenter leur chance à l’étranger, et sur leur découverte parfois émerveillée, parfois décevante du monde occidental (notamment, dans la période la plus récente, de l’Europe).

Petit à petit, le propos idéologique du documentaire se précise. D’abord lorsqu’il nous fait découvrir que l’expansion du commerce international au cours du XXème siècle n’a pas été le monopole des entreprises du Nord de la planète, mais que groupes venus du Sud y ont également joué un rôle, à leur échelle artisanale et selon des modes d’organisation spécifiques. Ensuite lorsque l’on comprend que la diffusion internationale de la musique et de la tradition artisanale des Andes sont deux facettes de la même volonté de défendre  et promouvoir les cultures populaires autochtones. Ces deux premiers messages sont reçus par le spectateur occidental avec plaisir et sympathie.

Le ton devient cependant plus revendicatif vers la fin du film. Un passage extrêmement intéressant nous montre d’abord le phénomène d’acculturation touchant les équatoriens partis à l’étranger – musiciens abandonnant  leurs habits et leurs coiffures traditionnelles, enfants d’émigrés en Occident perdant peu à peu le contact la culture Kichwa… Suit un couplet sur les tracasseries douanières et les politiques d’accueil de plus en plus restrictives des pays occidentaux qui constitueraient autant d’atteints injustes au droit des équatoriens à voyager et commercer. Et le film se termine par l’affirmation de la volonté des communautés Kichwas implantées à l’étranger de maintenir vivantes leurs traditions et leurs relations avec leur région d’origine face au risque de déculturation.

On sent se profiler en filigrane l’idéologie tiers-mondiste et éthniciste actuellement adoptée par plusieurs gouvernements andins de gauche, de l‘Equateur à la Bolivie. Tout cela est d’ailleurs dit sans agressivité, mais on aurait apprécié que les auteurs expriment de manière aussi explicite leur reconnaissance aux pays occidentaux pour avoir largement accueilli les commerçants équatoriens et leurs produits, leur offrant ainsi un débouché indispensable à leur développement – d’autant que le film fut suivi d’une exposition-vente très réussie.

Fabrice Hatem

(Vu au festival Filmar en America latina, à Genève, le lundi 26 novembre 2012)
www.filmar.com

 

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