El despues : tango pour le présent et pour le futur

Editeur : La Salida n°44, juin à septembre 2005

Auteur : Hugo De Vries

El despues : tango pour le présent et pour le futur, Un entretien avec Alejandro Schwarz

salida44 despues En novembre dernier, j’étais à Paris pour assister à un des concerts du quintet El Despuès à La Casa del Tango. Cinquante places, une atmosphère informelle, beaucoup d’habitués et un spectacle qui fut une vraie source d’inspiration. El Despuès signifie littéralement « l’après ». Après Piazzolla ? Après Buenos Aires ? En fait, le nouveau groupe d’Alejandro Schwarz et Victor Villena est à la recherche de nouvelles formes d’expression, tout en restant enraciné dans l’héritage du tango classique. Son répertoire est largement constitué de compositions de Schwarz qui offrent une belle synthèse entre innovation et tradition.

Quel est votre vision de l’évolution du tango ?

A.Schwarz : Il est important pour une musique vivante que des compositeurs et des poètes développent de nouvelles voies. Mais nous devons nous appuyer sur le style propre de cette musique et non puiser dans des influences extérieures. Le renouveau ne viendra pas de la pop, du jazz ou de l’électro, mais de musiciens qui connaissent le langage du tango et sont capables, à l’intérieur de celui-ci, d’innover.

Qu’est-ce que Paris pour vous ?

A.S. : Je me suis souvent demandé s’il est possible de prolonger la tradition du tango à Paris. La réponse est ambivalente. Ici, je ne suis harcelé par des critiques mesquins, alors qu’à Buenos Aires, celui qui s’éloigne des sentiers battus est démoli. Mais le contact avec l’atmosphère musicale de B.A. et ses excellents artistes me manque.

Peut-on envisager la naissance d’un tango européen ?

A.S. : Le tango, comme toute musique, a une dimension universelle. En même temps, il émane d’une culture particulière, celle du Rio de la Plata à laquelle il est intimement lié. Si l’on veut vraiment comprendre le tango, on doit aller à Buenos Aires, continuer à écouter du tango argentin. Je ne crois pas vraiment en un tango européen. Mais en même temps, il existe en Europe des signes d’intérêt forts et très encourageants, comme l’activité du conservatoire de Rotterdam. Et avec la présence de musiciens de la dimension de Beytelmann et Villena, il existe un énorme potentiel pour le développement du tango en Europe.

Quels sont selon vous les grands musiciens d’aujourd’hui ?

A.S. : Dino Saluzzi est pour moi un des plus grands musiciens d’Argentine. Mais son style très personnel ne peut servir de base pour d’autres créateurs. Quant à Beytelmann, c’est mon compositeur et interprète favori. Comme Piazzolla, il utilise des éléments d’improvisation, des influences du classique et du jazz, mais avec des résultats différents et qui vont plus loin. Il ne fait pas une musique commerciale et ne se contente pas simplement de quelque chose parce que cela marche, ce que l’on ne peut pas toujours dire de Piazzolla. Il commence à être reconnu en Argentine, où il influence de nombreux musiciens .

Hugo de Vries

Les musiciens du quintet El despues

Alejandro Schwarz (1969), guitare, compositions et arrangements

De formation classique, il a également joué du jazz du folklore. Il a été l’élève de Anibal Arias. Après un début de carrière prometteur en Argentine, au sein notamment de groupe El Arranque, il est arrivé en France il y a trois ans. Il y est rapidement devenu l’un des pivots de la scène du tango à Paris. Pendant les concerts, Schwarz ne se manifeste pas comme le leader du groupe dont il est pourtant l’inspirateur. Il joue de manière très intériorisée, notamment pendant ses solos.

Victor Villena (1979), bandonéon

Villena a été l’élève Juan José Mosalini, qui lui a ensuite demandé de venir en Europe pour remplacer son fils Juanjo dans son grand orchestre.. Il est vite devenu un musicien très demandé en Europe et a notamment fait partie du trio Beytelmann/Tormo/Villena. Malgré sa jeunesse – à peine 25 ans – il peut atteindre dans ses meilleurs moments la finesse de jeu de Mosalini Son style s’inspire à la fois du tango des années quarante et de la musique contemporaine, comme le groupe Gotan project avec lequel il a collaboré. Selon lui, Paris, avec son ouverture aux innovations, donne davantage de possibilités d’épanouissement aux musiciens que l’Argentine, où la vie est difficile.

Ivo de Greef (1976), piano

Après l’obtention d’un diplôme au Conservatoire de Bruxelles, il s’est produit en Angleterre au sein notamment du Nosferatu New Music Ensemble. Depuis un an, il habite à Paris et suit l’enseignement de Mosalini et Beytelmann. Dans El Despuès, il fait entendre des solos qui swinguent, et donnent au groupe un cachet et original.

Cyril Garac (1970) violon

Il a joué dans de nombreux ensembles classiques, de jazz, et de tango et collabore depuis longtemps avec Schwarz et Villena. Plutôt calme pendant les spectacles, il propose cependant une interprétation assurée, supérieure, directe.

Bernard Lanaspèze (1963), contrebasse

Il s’est intéressé à de nombreux domaines : comédie musicale, opéra pour enfants (centre d’éveil artistique), musique de chambre (concerto pour quatre contrebasses de Tomas Gubitsch), salsa, samba, jazz et rock.

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